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DOSSIER

Reportage : L’art de l’Afrique du Sud totalement à l’ouest

le 16 mai 2017 à 18h05

Incendiaires, revendicatifs, hors de contrôle, absolument fabuleux : du Cap à Johannesburg, Beaux Arts est parti à la rencontre des artistes sud-africains à l’honneur d’une très vaste exposition à la Fondation Vuitton, certains d’entre eux figurant même dans la double manifestation « Afriques Capitales », programmée simultanément à Lille et à Paris. Décollage immédiat.

David Koloane
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David Koloane

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© Thenjiwe Niki Nkosi

Mercredi 22 février ; rendez-vous à la galerie Goodman pour rencontrer David Koloane. Créée en 1966 par Linda Goodman (sans lien de parenté avec la New-Yorkaise Marian Goodman), c’est la galerie historique d’Afrique du Sud qui, en dépit des lois sur l’apartheid et de nombreuses pressions, a exposé dès sa création nombre d’artistes noirs et blancs en lutte contre la ségrégation. Grand, dégageant force et sérénité avec un visage dont les belles rides racontent mille histoires et combats, David Koloane est, à 77 ans, une figure tutélaire. Dans l’exposition collective « Être là », il dévoilera son premier film d’animation, The Takeower (« la prise de contrôle »), évoquant un fait divers tragique : une femme dévorée par une meute de chiens. Utilisant le même crayonné rapide, flou et nerveux que dans ses dessins, c’est un poème visuel fascinant. La figure du chien, récurrente dans son travail, est à la fois la métaphore de l’oppression des Noirs par les Blancs et l’image de la division du pays. Enseignant et activiste, David Koloane est aussi à l’origine de la première galerie de Johannesburg fondée par des Noirs, ainsi que d’espaces de création.

William Kentridge dans son atelier à Johannesburg
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William Kentridge dans son atelier à Johannesburg, 2017

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© Stella Olivier

On rejoint ensuite l’atelier de « la » star sud-africaine : William Kentridge. Située dans l’un des quartiers les plus verts et les plus sécurisés de Joburg, sa maison, contemporaine et très lumineuse, est le lieu de travail, où il s’active avec une petite dizaine d’assistants. Né dans cette ville en 1955, Kentridge développe depuis la fin des années 1980 une œuvre protéiforme, fortement influencée par le dadaïsme et le cinéma de Méliès.

William Kentridge dans son atelier à Johannesburg
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William Kentridge dans son atelier à Johannesburg

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© Fondation Louis Vuitton

Il est célèbre pour ses films d’animation, réalisés à partir de ses dessins au fusain. Avec des gestes de danseur, un regard perçant et rieur, il nous explique le contenu de l’installation vidéo monumentale Notes Towards a Model Opera, datant de 2015 et qu’il présentera à la fondation Vuitton. Sur trois écrans, surgissent de véritables collages visuels, associant librement les opéras de la révolution culturelle chinoise à l’art martial d’Afrique du Sud ou encore à des mouvements de foule dans les manifestations. La bande-son mêle des airs lyriques à des chants révolutionnaires et à des percussions rappelant aussi bien la samba que la fanfare. Méditation jouissive et envoûtante, cette pièce est une ode au mouvement, au corps et à la danse. Un moment de beauté en suspension, qui retombe dès que l’on évoque les récentes manifestations d’étudiants noirs à l’université du Cap : ces derniers ont détruit quelques semaines auparavant des œuvres d’artistes blancs datant de l’apartheid. Ces violences, apparues en 2015, inquiètent la communauté artistique, particulièrement David Goldblatt…

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