Reportage : L’art de l’Afrique du Sud totalement à l’ouest
Reportage : L’art de l’Afrique du Sud totalement à l’ouest
Incendiaires, revendicatifs, hors de contrôle, absolument fabuleux : du Cap à Johannesburg, Beaux Arts est parti à la rencontre des artistes sud-africains à l’honneur d’une très vaste exposition à la Fondation Vuitton, certains d’entre eux figurant même dans la double manifestation « Afriques Capitales », programmée simultanément à Lille et à Paris. Décollage immédiat.
Épisode 3
Quels sont les artistes émergents qui intéressent les collectionneurs étrangers ?
Jody Brand, Say Her Name : Queezy, 2016
Épreuve numérique • 150 × 250 cm • © Jody Brand
Fondée au Cap en 2003 par Michael Stevenson et présente depuis 2008 à Johannesburg, la galerie Stevenson défend des artistes majeurs de la scène sud-africaine, tel Nicholas Hlobo – dont les sculptures inspirées de rites chamaniques font partie de la collection Vuitton. Elle représente également des artistes étrangers – même si les collectionneurs locaux s’y montrent peu sensibles –, parmi lesquels le Camerounais Barthélémy Toguo ou le Suisse Thomas Hirschhorn. Ses espaces sont aussi vastes et bien aménagés que ceux des grandes galeries new-yorkaises. Une ampleur et une double implantation qui surprennent, au vu du marché de l’art sud-africain. Le directeur de la galerie, Joost Bosland, le reconnaît sans détour : 80 % de son chiffre d’affaires se réalise à l’international. Quels sont les artistes émergents intéressant les collectionneurs et critiques d’art étrangers ? Il me confirme que ce sont avant tout des artistes noirs dont le travail a une connotation politique.
« Le marché de l’art international cherche ici des stéréotypes : il faut être noir et avoir développé un travail politique. »
Zander Blom
Plus tard, Zander Blom, rencontré à la galerie Stevenson, ira jusqu’à me dire qu’il y a une forme de racisme en Afrique du Sud à l’égard des artistes blancs de sa génération. Ce fils d’Afrikaners, né à Pretoria en 1982 et vivant au Cap, se désole que ses peintures abstraites trouvent peu preneur auprès des étrangers : « Le marché de l’art international cherche ici des stéréotypes : il faut être noir et avoir développé un travail politique. » Les choix de la fondation Vuitton ne semblent pas échapper à ce schéma. Autre artiste de la galerie, Jody Brand, née en 1989, fera le voyage à Paris : ses photographies grand format, de la série Say Her Name, subliment le corps de femmes noires et de personnalités queer.
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