Reportage : L’art de l’Afrique du Sud totalement à l’ouest
Reportage : L’art de l’Afrique du Sud totalement à l’ouest
Incendiaires, revendicatifs, hors de contrôle, absolument fabuleux : du Cap à Johannesburg, Beaux Arts est parti à la rencontre des artistes sud-africains à l’honneur d’une très vaste exposition à la Fondation Vuitton, certains d’entre eux figurant même dans la double manifestation « Afriques Capitales », programmée simultanément à Lille et à Paris. Décollage immédiat.
Épisode 6
Chez David Goldblatt, une révolution n’est-elle pas en train de naître ?
David Goldblatt, The dethroning of Cecil John Rhodes, after the throwing of human faeces on the statue and the agreement of the University to the demands of students for its removal, The University of Cape Town, 9 April 2015
© David Goldblatt
Sa maison est à son image, modeste et chaleureuse. Depuis cinq décennies, David Goldblatt photographie la vie quotidienne de ses concitoyens, mais aussi les espaces construits ou naturels. Fortement investi dans la vie culturelle de son pays, il a créé en 1989 le Market Photo Workshop à Johannesburg pour former des générations d’artistes à la photographie. Lui qui n’utilisait que le noir et blanc pendant l’apartheid avait symboliquement décidé de passer à la couleur pour célébrer l’avénement de la démocratie. Las, depuis 2012, il est revenu au noir et blanc, légitimé selon lui par le désenchantement profond de la société face à la corruption et aux inégalités sociales : « Comment dire la colère avec de la couleur ? » Avec un ton grave, l’homme de 87 ans nous annonce qu’il a décidé de retirer la totalité du fonds photographique qu’il avait offert à l’université du Cap, estimant que la destruction d’œuvres quelques jours auparavant par des étudiants était inacceptable et mettait en danger sa donation. Ces violences font suite à un mouvement né en mars 2015 : Rhodes Must Fall. Chumani Maxwele, un jeune activiste opposant au président Jacob Zuma, a déversé un seau d’excréments sur la statue de Cecil John Rhodes (1853–1902), ancien Premier ministre de la colonie du Cap, enrichi par le commerce du diamant et incarnation même de l’oppression. L’événement a déclenché sur le campus où le monument était implanté, puis dans tout le pays, de gigantesques manifestations. Au point qu’un mois plus tard, la statue a été déposée.
Plus de vingt-cinq ans après la fin de l’apartheid, les étudiants noirs se disent victimes de ségrégation économique, tant ils sont défavorisés socialement et culturellement.
Un moment fort que David Goldblatt a photographié et qui fait partie d’une série intitulée Students Protest, exposée à la fondation Vuitton. En février 2016, toujours dans l’université du Cap, des étudiants ont décroché des œuvres avant de les brûler dans un « feu de joie », appelant à faire de même pour toute œuvre d’artiste blanc lié à la colonisation ou à l’apartheid, comme pour tout portrait représentant un Blanc « colonial ». Depuis, des actions similaires ne cessent de se produire. Plus de vingt-cinq ans après la fin de l’apartheid, les étudiants noirs se disent victimes de ségrégation économique, tant ils sont défavorisés socialement et culturellement – rappelons que la majorité des enseignants sont blancs et que les programmes n’incluent toujours pas l’étude approfondie de la culture africaine. Au point que beaucoup de Sud-Africains s’inquiètent d’une possible révolution, qui embraserait le pays tout entier. La pauvreté grandissante, la corruption généralisée du parti au pouvoir (l’ANC) et l’insuffisance des réformes politiques pourraient bien constituer le terrain d’un brasier explosif.
Afriques Capitales - Vers le cap de Bonne-Espérance
Du 6 avril 2017 au 3 septembre 2017
Gare Saint-Sauveur • 17, boulevard Jean-Baptiste Lebas • 59800 Lille
www.lille3000.eu
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