L’exposition imaginaire de Jean de Loisy : « Avec si peu » (Éloge de l’art frugal)
L’exposition imaginaire de Jean de Loisy : « Avec si peu » (Éloge de l’art frugal)
Une exposition imaginaire ? Impossible loin de mes livres, de mes amis, des artistes, confiné ! Fabrice Bousteau insiste, il faut savoir « faire avec rien », sinon à quoi auraient servi toutes ces années de passion ? Et les artistes qui nous fascinent, mus par l’impulsion créative, improvisent souvent avec ce qu’ils ont sous la main : Picasso, avec un clou et un peu de fil de fer, Jean Arp, à l’aide de quelques papiers déchirés tombés au hasard… Alors, essayons !
« L’inconsistance n’est pas l’insignifiance » Marcel Duchamp
Gino De Dominicis, Tentativo di far formare dei quadrati invece che dei cerchi attorno ad un sasso che cade nell’acqua, 1969
Extrait vidéo • © Gino De Dominicis
Voici le visiteur pénétrant dans la dernière salle de l’exposition. Après avoir affronté le peu, le frugal, le simple, l’engagé, et avoir deviné que ces œuvres faites avec guère de moyens avaient un pouvoir émotionnel aussi fort que les installations immersives, même si elles sont moins douées pour le spectacle. Maintenant, le voici confronté à des œuvres immatérielles. De la pure pensée, dont l’effet est parfois retenu par une photographie ou une vidéo, bien que ce ne soit pas ce support le sujet.
Visuel pour l’affiche de l’exposition « Ready-mades et éditions de et sur Marcel Duchamp » à la galerie Givaudan, à Paris, 1967
Une volute de fumée soufflée par Duchamp, même : on reconnaît la main de l’anartiste et son goût immodéré des cigares.
Lithographie offset en orange et gris • 69,5 × 48 cm • Coll. particulière / © Photo Christie’s Images / Bridgeman Images
En face, une vidéo noir et blanc nous montre Gino De Dominicis de dos. Nous sommes en 1969 et il a recommencé cet exercice pendant trois ans. Il lance calmement, avec de longs intervalles une pierre dans l’eau qui ride la surface en cercles concentriques. Il essaie de transformer par sa pensée d’artiste ces cercles en carré et cette obstination nous donne une idée patiente de l’éternité. Calme aussi, attendant tout autant le temps long de l’intériorisation souriante, la fumée du cigare de Marcel Duchamp sur l’affiche qu’il conçut lui-même pour la galerie Claude Givaudan en 1967.
James Lee Byars, The Perfect Smile, 1964
Perfectionniste de la perfection, James Lee Byars cherchait celle-ci en toute chose, dans une larme, un livre ou un baiser. Et jusque dans son propre sourire, ultime énigme d’un prestidigitateur et serviteur fidèle du sublime.
Performance • Photo Lothar Schnepf
Enfin, pour nous accompagner en sortant, juste un sourire, le sourire de celui qui recherchait avec humour et solennité la perfection en toute chose, parfait baiser, parfaite lettre d’amour et donc pour quitter l’exposition, le sourire parfait de James Lee Byars.
Sortons !
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Résoudre le problème de la quadrature du cercle en lançant des cailloux dans l’eau? C’est possible, croit Gino De Dominicis qui, pendant quelques années, se pliera à cet exercice dans l’espoir de voir apparaître des carrés à la surface de l’eau.