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L’exposition imaginaire de Jean de Loisy : « Avec si peu » (Éloge de l’art frugal)

le 31 mai 2020 à 20h05

Une exposition imaginaire ? Impossible loin de mes livres, de mes amis, des artistes, confiné ! Fabrice Bousteau insiste, il faut savoir « faire avec rien », sinon à quoi auraient servi toutes ces années de passion ? Et les artistes qui nous fascinent, mus par l’impulsion créative, improvisent souvent avec ce qu’ils ont sous la main : Picasso, avec un clou et un peu de fil de fer, Jean Arp, à l’aide de quelques papiers déchirés tombés au hasard… Alors, essayons !

David Hammons pendant sa performance « Blizz-aard ball Sale »
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David Hammons pendant sa performance « Blizz-aard ball Sale », 1983

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Incognito au milieu d’autres vendeurs de rue à Cooper Square, à New York, Hammons ajouta un peu d’absurdité à notre désir de consommation en tentant d’écouler des boules de neige…

Photographie couleur

Voici le visiteur, après la salle consacrée à la poésie absurde de nos vies, devant un ensemble qui paraît relever du même ordre mais qui est plus politique, plus engagé. Pour exprimer cet engagement peut-on faire plus juste que David Hammons, un geste éphémère et simple, un autoportrait dans la rue qui endosse la situation des humbles et des délaissés. Comment faire avec moins que les quelques boules de neige soigneusement alignées par diamètre et posées sur un tapis, un jour glacé, près d’un marchand de fripe ? Cette image est devenue le résumé de toute son œuvre et de ses doutes à l’égard de tout commerce : on ne vend jamais que du vent.

Vie d’artiste, vie de prince, vie de chien, écrivait Jan Vercruysse dans un célèbre triptyque. Souvent difficile de sourire lucidement, comme tente de le faire Jacques Lizène, l’autoproclamé « petit-maître liégeois de la seconde moitié du XXe siècle ». Cent quarante-quatre autoportraits dans une rue sinistrement banale et, sous la photo noir et blanc, ce titre, tapé a la machine : Une tentative de sourire, mais l’on sait le vécu quotidien de la plupart des gens.

Ana Mendieta, Untitled (Glass on Face)
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Ana Mendieta, Untitled (Glass on Face), 1972

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Ana Mendieta étudie encore la peinture à l’université de l’Iowa quand elle réalise cette série. Le visage pressé contre une plaque de Plexiglas, elle suggère avec une grande économie de moyens la vulnérabilité du corps féminin, s’écrasant comme de la terre glaise sur un mur invisible. Elle mourra treize ans plus tard, d’une chute de son immeuble à New York, à l’âge de 36 ans.

Série de six photographies • © The Estate of Ana Mendieta Collection, LLC / Courtesy Galerie Lelong & Co., Paris, New York

Juste en face des autoportraits de Jacques Lizène, celui d’Ana Mendieta. Visage abîmé, déformé par une plaque de verre, elle qui a souvent montré son corps violenté, ensanglanté, évoque dans la série Facial Variation Cosmeic l’oppression faite aux femmes confrontées aux limites blessantes que la société leur impose.

Subodh Gupta, Subodh Gupta
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Subodh Gupta, Subodh Gupta, 1999

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Réalisée à Modinagar, en Inde, cette performance interroge notre rapport à la pureté, selon notre culture et nos croyances (et notre âge sans doute !) : suis-je souillé ou purifié si je me recouvre d’excréments de vache ? Tout dépend de notre façon de considérer et la vache (sacrée en Inde) et l’homme.

Performance réalisée dans le cadre d’un workshop de l’association Khoj • Courtesy Subodh Gupta et Galleria Continua, San Giminiano-Beijing

De tout cela, comment se purifier ? s’interroge l’artiste indien Subodh Gupta dans une vidéo-performance iconique de 1999, où on le voit couvert d’excréments de vache – sacrée en Inde – et donc purifié par ceux-ci, puis on le retrouve sous la douche, retrouvant sa propreté initiale d’humain, débarrassé des rituels et des croyances. Quand est-il pur ? Au début ou à la fin de la performance ? Enfin un masque et une mappemonde suffisent à dire l’état des choses comme le fit avec éloquence et économie de moyens Gloria Friedmann en 2018, devinant alors à peu près exactement ce qui nous arrive.

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