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DOSSIER

Quand l’art nous reconnecte avec la nature

le 5 juillet 2022 à 17h07

C’est une tendance de fond : à l’heure de la grande angoisse écologique, les artistes nous invitent à repenser et à réenchanter notre place au sein du vivant. Comme le rêve d’une ère nouvelle, qui nous rapprocherait du végétal, de l’animal et du cosmos. Beaux Arts a rencontré les plus chamaniques de ces artistes.

Nous sommes au pied du mur, arrivés au bout de l’anthropocène, l’ère de la civilisation industrielle et du système capitaliste, obligés de changer nos façons de faire, au risque de disparaître de la surface de la Terre comme le répétait, avant son décès en août 2020, le philosophe Bernard Stiegler, l’un des rares à avoir fait de la cause écologique son combat. Cette réinvention du monde, la recherche de solutions concrètes pour sortir de l’anthropocène est au cœur de la création contemporaine.

Bianca Bondi, Instable trésor, temple simple à Aphrodite
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Bianca Bondi, Instable trésor, temple simple à Aphrodite, 2022

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Miroir mon beau miroir, que restera-t-il de notre quotidien demain ? Fragment d’un monde disparu, vestige qu’un archéologue du futur pourrait découvrir, cette vanité de Bianca Bondi se fait métaphore d’un futur où la nature aurait repris ses droits.

© Photo Cyril Boixel. © Adagp, Paris, 2022

Fabien Léaustic, La Terre est-elle ronde ?
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Fabien Léaustic, La Terre est-elle ronde ?, 2019

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Surfant entre art et science, il repousse les limites de la connaissance et explore les processus de fabrication et d’évolution de la matière dans des installations comme La Terre est-elle ronde ?, boue de forage dégoulinant d’une perforation murale.
« Je ne considère pas que j’utilise la matière mais que je collabore avec elle pour en sonder les ambivalences et les propriétés. L’organisation interne à la matière nous pousse à l’admiration et au respect. Pour la Terre est-elle ronde ?, j’ai travaillé l’argile bentonite utilisée pour le forage. Cette matière biosourcée, sorte de lubrifiant naturel, qui nous renvoie à la fois à la sculpture et au début de l’histoire de l’art, permet aussi à l’homme d’exploiter la nature, elle est ambiguë. J’aime l’idée qu’elle soit présentée dans l’exposition « Novacène », où il est question du monde d’après. Le parcours nous en parle avec une énergie positive dans une dimension perceptive directe. On se berce d’utopie mais on voit bien que celle-ci est nécessaire pour avancer. L’art doit être expérimental pour moi : il ne sert pas mais est indispensable, il est le réceptacle de la pensée et de l’imagination. »

© Fabien Léaustic / Photo Juan Cruz Ibanez. © Adagp, Paris, 2022

C’est dans ce contexte que l’artiste argentin Tomás Saraceno a imaginé son projet Aérocène, consistant à s’envoler vers de nouveaux horizons à bord d’une montgolfière aérosolaire. N’utilisant aucune énergie fossile, ni hélium, ni hydrogène, elle est capable de s’élever dans les airs grâce à l’écart de température entre l’intérieur et l’extérieur du ballon. Suscitant l’engouement d’artistes, de géographes, d’ingénieurs et de philosophes, elle a généré des dizaines de déclinaisons dans le ciel. On se souvient particulièrement de celle survolant des régions polluées d’Argentine, rendues arides par l’extraction du lithium, et qui avait été conçue avec les communautés locales, flanquée de ce message : « L’eau et la vie ont plus de valeur que le lithium. » Ironie du sort, cet élément chimique est utilisé dans la fabrication des batteries de voitures électriques et hybrides…

Otobong Nkanga, Alterscapes Stories: Uprooting the Past
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Otobong Nkanga, Alterscapes Stories: Uprooting the Past, 2006-2016

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À gauche, un paysage naturel formé par une éruption volcanique ; au centre, une géante qui arrache du sol un monument ancien ; à droite, un quartier d’affaires construit sans tenir compte du site, menacé par une éruption qui pourrait bien tout détruire pour recommencer un cycle. Dans ce triptyque, l’artiste évoque l’effacement du passé, les modifications que l’homme fait subir au paysage au présent et les conséquences sur un possible avenir.

Courtesy Otobong Nkanga et Galerie In Situ-Fabienne Leclerc, Romainville

« L’art écologique ne peut se résumer au seul retour à la nature mais implique aussi de prendre en compte les moyens d’agir »

Inspiré du dernier livre du scientifique climatologue britannique, aujourd’hui centenaire, James Lovelock, qui prône une relation positive entre l’homme et l’environnement grâce à la technologie, l’exposition « Novacène », conçue à Lille par Alice Audouin et Jean-Max Colard, aborde largement la question des énergies nouvelles et du recours à la technologie pour sortir de la crise environnementale. « Est-ce que l’énergie solaire a quelque chose d’intrinsèque, va-t-elle toucher les individus et nous rendre plus ouverts? », interroge non sans malice Alice Audouin, face à l’installation de l’artiste et compositeur Haroon Mirza, dont les sculptures cinétiques explorent la quête technologique de l’énergie. Et de préciser: « L’art écologique ne peut se résumer au seul retour à la nature mais implique aussi de prendre en compte les moyens d’agir, techniques et énergétiques. »

Lucy + Jorge Orta, Antartica Flag
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Lucy + Jorge Orta, Antartica Flag, 2007–2020

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Depuis plus de quarante ans, le couple a fait sienne la cause de l’écologie et de la survie de la planète.
Leur œuvre a été saluée par les Nations unies en 2007 qui leur ont remis le Green Leaf Award for Sculpture. « Nous travaillons depuis quarante- cinq ans à une utopie fondatrice. Celles des années 1960–1970 se sont avérées très frustrantes, désastreuses. Or une utopie a du sens à partir du moment où on peut la mettre en pratique. Avec notre projet Antarctica, réalisé avec des scientifiques, nous avons fondé un village provisoire fait de tentes et abris dans les conditions extrêmes de la péninsule Antarctique. Cette expérience métaphorique nous permettait de dire : « Regardez on peut le faire ! » Dans notre travail, nous cherchons à amener le spectateur à y croire, à générer en lui des motivations pour qu’il devienne acteur et envisage des solutions concrètes ; à l’image de notre bateau exposé actuellement à Lille, résultat d’expériences scientifiques destinées à rendre toute eau potable. Cette idée de filtre correspond bien au travail de l’artiste, qui s’efface pour montrer que, oui, c’est possible. »

© Lucy + Jorge Orta. © Adagp, Paris, 2022

Embrasser des troncs d’arbres vibrant au contact humain dans une installation signée Anna Komarova, assister à un éboulement de terre ou suivre les expériences laborantines sur l’ADN de Fabien Léaustic, se glisser dans la peau d’archéologues du futur découvrant le Canis Novacenus, créature hybride du duo Art Orienté Objet, goûter à l’eau recyclée de Lucy + Jorge Orta à bord de leur bateau expérimental… Pensée comme un « lieu d’exploration, de rêve et d’union », l’exposition « Novacène » entend bien « donner une impulsion plus optimiste à l’ère post-carbone », soulignent les commissaires, celle d’une écologie positive où il redevient possible de « croire et espérer à l’heure de la dernière chance pour un futur viable ».

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Lille aux trésors green

Le printemps est arrivé avec une volée de propositions abordant les questions environnementales. À commencer par la 6e édition de Lille3000, baptisée Utopia, organisée dans toute la ville, et dont voici quatre temps forts :

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La Forêt Magique

Du 13 mai 2022 au 19 septembre 2022

pba.lille.fr

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Novacène

Du 14 mai 2022 au 2 octobre 2022

utopia.lille3000.com

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Les Vivants – Fondation Cartier pour l’art contemporain

Du 14 mai 2022 au 2 octobre 2022

utopia.lille3000.com

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Le Serpent cosmique

Du 14 mai 2022 au 2 octobre 2022

utopia.lille3000.com

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À voir également

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Mimèsis. Un design vivant

Du 11 juin 2022 au 6 février 2023
400 œuvres de 90 créateurs autour de l’évolution de la nature dans le design, du biomorphisme moderne au biomimétisme, de la biofabrication
à la recréation du vivant...

www.centrepompidou-metz.fr

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Tisser la nature

Du 1 juillet 2022 au 18 septembre 2022
Balade au milieu de chefs-d’œuvre de la tapisserie dont les motifs sont des éléments d’ordre végétal
ou animal.

www.cite-tapisserie.fr

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Graines, l’exposition !

Du 18 juin 2022 au 4 septembre 2022
Une plongée dans le monde secret des graines, sauvages ou cultivées, merveilles de formes et de couleurs avec des œuvres inédites de Thierry Ardouin, Duy Anh Nhan, Fabrice Hyber et Jade Tang.

www.104.fr

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Injustice environnementale. Alternatives autochtones

Du 24 septembre 2021 au 21 août 2022
Une réflexion autour de l’éthique du soin et de la réparation dans le cadre de la stratégie d’exposition du musée et sa volonté d’établir des liens avec des peuples autochtones et communautés locales.

www.ville-ge.ch

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Retrouvez l'intégralité de notre dossier dans le numéro 457-458

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