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DOSSIER

Quand l’art nous reconnecte avec la nature

le 5 juillet 2022 à 17h07

C’est une tendance de fond : à l’heure de la grande angoisse écologique, les artistes nous invitent à repenser et à réenchanter notre place au sein du vivant. Comme le rêve d’une ère nouvelle, qui nous rapprocherait du végétal, de l’animal et du cosmos. Beaux Arts a rencontré les plus chamaniques de ces artistes.

C’est une tendance de fond : à l’heure de la grande angoisse écologique, les artistes nous invitent à repenser et à réenchanter notre place au sein du vivant. Comme le rêve d’une ère nouvelle, qui nous rapprocherait du végétal, de l’animal et du cosmos. Beaux Arts a rencontré les plus chamaniques de ces artistes.

En faisant tomber une pluie de larmes en verre soufflé à l’orée des espaces d’exposition du Palais de Tokyo, Yhonnie Scarce offre la vision magique d’un nuage gracile suspendu dans les airs. Mais ne vous fiez pas à son charme envoûtant. L’installation de l’artiste australienne d’origine aborigène n’a rien d’un rêve éveillé. Ces jolies gouttelettes inversées évoquent en réalité des ignames, légumes de sa terre natale violentée par des essais nucléaires si puissants qu’à certains endroits ils changèrent le sol en verre, causant des désastres écologiques irréversibles.

Yhonnie Scarce, Cloud Chamber
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Yhonnie Scarce, Cloud Chamber, 2020

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D’origine aborigène, Yhonnie Scarce s’intéresse dans ce nuage de verre soufflé à la cristallisation du sable à la suite des essais nucléaires effectués par le Royaume-Uni dans le désert australien entre 1956 et 1963. À la fois fragile et solide, elle fait ici du verre un matériau résilient.

© Photo Andrew Curtis

Il nous reste dix ans pour agir.

Lorsque nous découvrons l’œuvre et l’ensemble des artistes venus au Palais de Tokyo « Réclamer la terre », la France s’apprête, le 5 mai, à atteindre son « jour du dépassement », soit la date à partir de laquelle le pays a épuisé ses ressources naturelles pour l’année – à l’échelle mondiale, le couperet tombe fin juillet –, tandis que le dernier rapport du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) remis en avril est sans appel : il nous reste dix ans pour agir. L’urgence climatique s’est imposée à nous à grands coups de pluies acides, d’inondations, d’incendies à l’échelle d’un continent, de catastrophes nucléaires et sanitaires.

Les artistes, eux, se sont emparés du problème sans attendre, abordant la question dès la naissance de l’écologie politique, dans les années 1960, jusqu’à constituer au début des années 2000 un véritable mouvement, analyse Alice Audouin, présidente d’Art of Change 21, l’association qu’elle a fondée dans le sillage de la COP 21 (conférence internationale sur le climat), unissant art contemporain et enjeux environnementaux. « Il m’a longtemps été reproché d’utiliser l’art pour servir la cause écologique, mais il ne s’agit pas d’une quelconque récupération. Il est logique que les artistes soient en prise directe avec leur époque. Beaucoup de thèmes qui les intéressent, la géographie d’un territoire, les luttes sociales, celles des minorités, les ramènent à la question environnementale. Les jeunes générations sont très impliquées et le phénomène a pris une telle ampleur qu’on peut parler de mouvement, même s’il n’a pas encore trouvé son nom. »

Claire Morgan, Mourning for Real
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Claire Morgan, Mourning for Real, 2021

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Pour réaliser ces sculptures minutieuses, l’artiste taxidermiste britannique marche de longues heures dans la forêt où elle récupère des dépouilles d’oiseaux ou de mammifères, les sauvant de l’oubli pour en faire des héros de fables aussi poétiques que tragiques.

© Claire Morgan/PhotoJohnMcKenzie

L’écrivaine et urbaniste Nathalie Blanc avait proposé le terme « écoplastie », quand l’historien de l’art Paul Ardenne suggérait celui d’« anthropocènart », en référence à l’anthropocène, l’ère géologique actuelle où les activités humaines modifient les écosystèmes. Ce mouvement aurait éclos il y a plus d’un demi-siècle, motivé par les aspirations hippies au retour à la nature et l’engagement de personnalités visionnaires, dont Rachel Carson qui dénonça dès 1962 dans son livre Printemps silencieux (éd. Wildproject) les ravages des pesticides. On en perçoit les premiers signes dans les œuvres grandeur nature du land art et la poésie du recyclage de l’arte povera, les performances de Gina Pane, qui s’allonge sur le dos, bras en croix à même ce sol en jachère qu’elle entend protéger, ou de Walter De Maria, qui en 1968 remplit de terre brute toute une galerie munichoise.

Julian Charrière, We Are All Astronautes
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Julian Charrière, We Are All Astronautes, 2013

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Pour l’une de ses premières installations
– des globes terrestres spectraux frottés au papier de verre –, l’élève d’Olafur Eliasson annonce ses explorations à venir, autour du paysage et des cartographies qu’il reste à envisager… ou à brouiller, sinon effacer.

© Julian Charrière / Photo Jens Ziehe. © Adagp, Paris, 2022

Les années 1980 sont marquées par des projets aux grandes ambitions, à l’image du champ de blé qu’Ágnes Dénes fait pousser puis récolter en plein New York, ou de Joseph Beuys qui plante des milliers de chênes à Kassel, en Allemagne, alors que les zones forestières du pays sont meurtries par son industrie chimique. Le mouvement s’emballe, porté par des stars du marché tel Elafur Eliasson, qui alerte sur la fonte des glaciers en installant au cœur de l’espace public des blocs de glace qui fondent à vue d’œil. Les artistes recyclent, sèment des forêts, font entendre les chants des espèces disparues, proposent des solutions alternatives collaboratives, dessinant les contours de ce monde nouveau tant espéré.

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