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François Pompon en 2 minutes

François Pompon (1855–1933) en bref

Sculpteur animalier majeur de l’art moderne, François Pompon ne s’est révélé au grand public que sur le tard grâce à l’exposition de l’Ours Blanc en 1922. Auparavant, il fut connu pour avoir été l’un des meilleurs praticiens d’Auguste Rodin et de plusieurs grands noms de la sculpture française. Artiste indépendant, plus proche de Constantin Brancusi que d’Antoine-Louis Barye, Pompon l’animalier est en quête de la forme pure. Son bestiaire, véritable arche de Noé, est composé d’animaux au profil infini, lisse et poli, formé d’animaux sauvages, exotiques et domestiques. Un mythe le présente comme un « sculpteur paysan », un homme rustique. Mais ce cliché n’est-il pas en contradiction avec la modernité de son œuvre ?

Francois Pompon tenant un pigeon
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Francois Pompon tenant un pigeon

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Courtesy Sladmore

Il a dit

« C’est le mouvement qui détermine la forme. »

La vie de François Pompon

Une jeunesse en Côte-d’Or

François Pompon naît à Saulieu en 1855. Son père, Alban Pompon, est compagnon du devoir, menuisier-ébéniste. Alban transmet son savoir-faire à ses deux fils, François et son frère jumeau Hector, dès leur plus jeune âge. Le goût de Pompon pour la représentation animalière se manifeste dès sa jeunesse, en observant un scarabée mais aussi certains décors animaliers sur les chapiteaux romans de l’église Saint-Andoche. Mais il doit d’abord se former à un métier. En 1873, Pompon obtient une bourse et part étudier à Dijon. Il travaille la journée chez un marbrier et s’instruit en assistant aux cours du soir à l’École des beaux-arts. Il passe des concours dans la section de sculpture, et obtient un premier prix en 1874.

L’arrivée de Pompon à Paris

En 1875, Pompon gagne Paris. Il s’inscrit aux cours du soir de la Petite École (l’École des arts décoratifs) auprès de l’animalier Pierre Louis Rouillard. Pour subvenir à ses besoins, il travaille comme tailleur de marbre et de pierre dans une entreprise funéraire proche du cimetière du Montparnasse et comme ornemaniste sur des chantiers d’architecture. Parallèlement, il sculpte des sujets symbolistes et les expose au Salon dès 1879. Le jeune homme espère se faire remarquer et se voit récompenser en 1888 d’une médaille de troisième classe pour Cosette, une figure inspirée du célèbre roman de Victor Hugo Les Misérables (1862).

Un ancrage à Montparnasse

L’artiste choisit de s’établir en 1877 dans le quartier de Montparnasse, accueillant pour les sculpteurs. La vie y est presque campagnarde. Pompon y demeure toute sa vie, dans un modeste atelier situé 3 rue Campagne-Première. L’artiste mène une vie simple aux côtés de son épouse Berthe Vilain, ouvrière repasseuse-blanchisseuse. La mort de celle-ci, en 1921, sera un vrai drame pour le sculpteur. Profondément cultivé, Pompon aime recevoir dans son atelier des visiteurs de tous les milieux : artistes, écrivains, hommes et femmes du monde.

Pompon chez Rodin

Les grands sculpteurs du XIXe siècle ont besoin de praticiens pour assurer les opérations de moulage, de taille, de mises au point. François Pompon débute ce métier de l’ombre pour Jean Dampt en 1885. Sa dextérité et sa sensibilité le rendent célèbre dans ce milieu. Demandé par Antonin Mercié en 1888, il travaille notamment pour Alexandre Falguière, René de Saint-Marceaux et surtout Auguste Rodin. En 1890, il intègre son atelier, véritable fourmilière, tout en continuant à travailler pour d’autres sculpteurs, dont Camille Claudel et Sarah Bernhardt. Travaillant sans relâche et exécutant des tâches exigeantes, Pompon y tient une place particulière, si bien que le maître ne tarde pas à lui confier la direction de l’atelier. Son activité consiste alors à superviser tous les travaux de l’atelier (les manœuvres, gâcheurs, gypsiers, mouleurs, praticiens) mais porte aussi sur la partie financière de transcription des comptes et de paiement des marbres. C’est là qu’il croise Antoine Bourdelle et Jules Desbois.

Artiste animalier au jardin des Plantes

Pompon commence à s’afficher comme animalier en 1906 en exposant une Poule cayenne en bronze au Salon des artistes français, remettant à la mode la sculpture animalière. Son œuvre est contemporaine d’une nouvelle génération d’animaliers tels Rembrandt Bugatti, Édouard-Marcel Sandoz et Jane Poupelet. L’artiste travaille au jardin des Plantes, comme Antoine-Louis Barye en son temps. Il entame son travail par des études dessinées, des esquisses, des ébauches en argile ou en plâtre réalisées sur le vif devant les bêtes. Il utilise une petite boîte qui lui sert de sellette portative. Sa présence est si fréquente qu’il tisse des liens avec ses modèles : le reconnaissant, la hyène vient frotter son échine contre les barreaux.

L’esthétique moderne de Pompon

Pompon n’est pas un artiste scientifique ou naturaliste. Il se démarque totalement de ses prédécesseurs, les grands sculpteurs animaliers du XIXe siècle (Barye, Pierre-Jules Mêne, Pierre Louis Rouillard). Son œuvre repose sur la recherche de l’essence de la forme, comme Constantin Brancusi, Barbara Hepworth ou Jacob Epstein. Le détail et la dramaturgie sont exclus, et l’artiste exprime un désir de clarté, d’intemporalité, d’absolu. À l’instar de ces modernes du début du XXe siècle, Pompon pratique la taille directe de la pierre, mais il est surtout un modeleur hors pair. Aux côtés de Aristide Maillol, Jane Poupelet et Antoine Bourdelle, l’artiste appartient à cette génération en quête de rigueur architecturale, d’une relecture classique passant par les voies de l’archaïsme ou du primitivisme. Le contour est dicté par la recherche expressive du mouvement.

La reconnaissance de François Pompon

En 1919, sa Tourterelle en pierre entre au musée du Luxembourg, suite à un achat de l’État après une exposition monographique à la galerie Hébrard – une étape importante dans sa carrière. Le Salon d’Automne de 1922 révèle l’exceptionnel Ours Blanc au grand public. Pompon devient immédiatement très célèbre et se trouve sollicité par la manufacture de Sèvres pour éditer certaines de ses œuvres en céramique. Durant les années 1920 et 1930, le sculpteur sexagénaire expose à travers le monde, se rapproche aussi des arts décoratifs et devient une figure de référence dans les Salons réservés à l’art animalier, en particulier le groupe des Douze qu’il fonde en 1931. Il est décoré de la Légion d’honneur en 1932. À sa mort, en 1933, il lègue son œuvre (quelque 300 pièces) à l’État.

Ses œuvres clés

François Pompon, Ours blanc
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François Pompon, Ours blanc, Entre 1923 et 1933

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Statue en pierre • 163 × 251 × 90 cm • Coll. The Metropolitan Museum of Art, New York

Ours blanc, entre 1923 et 1933

Révélé en plâtre au Salon d’Automne de 1922, ce modèle très célèbre est exécuté en pierre par le praticien de Pompon, Jean Joachim. Cette œuvre est une icône de la sculpture moderne. Figurative et épurée, elle incarne l’aboutissement de l’esthétique animalière de Pompon. Son caractère synthétique est d’autant plus frappant que l’ours est monumental. Entre mouvement et immobilité, l’animal est saisi dans son intégrité physique. Un exemplaire en pierre de Lens se trouve au jardin Darcy à Dijon, en hommage à l’enfant du pays. Une importante collection d’œuvre de Pompon se trouve d’ailleurs au musée des Beaux-Arts de Dijon, tandis qu’un petit musée à son nom a ouvert à Saulieu, sa ville natale, dans les années 1930.

François Pompon, Panthère noire
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François Pompon, Panthère noire, 1925

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Statuette en bronze • 14,5 × 5,5 × 37,5 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • © GrandPalais Rmn

Panthère noire, 1925

D’une grande popularité, les fauves incarnent le mystère et la grâce. La Panthère noire de Pompon apparaît comme une ombre insaisissable, telle la descendante de la déesse Bastet du panthéon de l’Égypte ancienne. À l’instar des modernes de son temps, Pompon est intéressé par l’Égypte. La Panthère noire est une œuvre silencieuse, « en marche sur ses pattes épaisses et muettes » comme l’a si bien écrit Colette qui admirait l’œuvre de Pompon. Lorsque l’artiste réalise cette sculpture, le motif de la panthère noire connaît une grande popularité à l’occasion de la publication en 1919 du Livre de la Jungle de Rudyard Kipling illustré par Paul Jouve.

François Pompon, Le Grand cerf
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François Pompon, Le Grand cerf, 1929

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Bronze • 260 × 56,5 × 136 cm • Coll. musée de l’Art et de l’Industrie André Diligent – la Piscine, Roubaix

Grand cerf, 1929

Majestueux, le Grand Cerf est saisi par Pompon en plein arrêt, comme à l’écoute d’un bruit. Le sculpteur trouve son modèle et son sujet au jardin des Plantes. La musique d’un régiment a fait dresser l’animal et Pompon le fixe dans ce moment superbe d’attention. Sa posture puissante, ses bois symétriques, font de lui le roi des forêts. Le tirage en bronze du Grand Cerf est réalisé à la demande de Pompon en 1929. Grâce à une fonte posthume, ce modèle entra au château de Chambord, à la suite d’un achat par Hubert de Givenchy qui le légua au domaine.

Par • le 6 mai 2024
Retrouvez dans l’Encyclo : François Pompon

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