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Peintre du monde ouvrier, fortement politisé dans les rangs de l’anarchisme, Maximilien Luce était membre du groupe des néo-impressionnistes réunis autour de Georges Seurat. De la Commune à la Grande Guerre, Luce a livré des images engagées du monde moderne. En tant qu’illustrateur, il était également un contributeur prolixe aux organes de presse anarchistes de son temps.
Paul Signac, Portrait de Maximilien Luce, 1890
Aquarelle et gouache sur papier • 13,9 × 11,7 cm • Minneapolis Institute of Arts • © Bridgeman Images
« M. Maximilien Luce. Un nouveau-venu, un brutal et un loyal au talent fruste et musculeux. » Félix Fénéon
Né à Paris dans un milieu modeste, Maximilien Luce a 13 ans lorsqu’il assiste à la répression des communards. Cet épisode sanglant marque le jeune garçon qui est inscrit à l’École des arts décoratifs. Formé à la gravure, il débute sa carrière d’artiste dans l’illustration de presse mais nourrit en secret le rêve de devenir peintre. En lui fomentent déjà des idées anarchistes.
D’abord attiré par le paysage, Luce appartient au groupe des peintres de Lagny, qui s’intéressent de près au néo-impressionnisme naissant. Cette technique, initiée par Seurat, consiste à faire usage de la division optique et de la touche pointillée pour obtenir un rendu harmonique maximum. Dès 1885, Luce adopte cette manière et il expose en 1887 au Salon des indépendants où se retrouvent les néo-impressionnistes.
L’artiste continue d’affirmer sa fibre militante. Il livre des dessins politiques, notamment pour l’hebdomadaire anarchiste Le Père peinard, et épouse la cause des ouvriers en grève. Luce est même inquiété suite à l’assassinat du président Sadi Carnot en 1894 car reconnu proche de mouvements vivement contestataires (tout comme le critique d’art Félix Fénéon, théoricien du néo-impressionnisme).
Dans sa vie privée, Maximilien Luce a la douleur de perdre un fils en bas âge, Frédéric, né de son union avec Ambroisine Bouin. Il se lance ainsi à corps perdu dans la défense des « gueules noires », ces ouvriers des mines travaillant dans des conditions inhumaines. Les œuvres qui en découlent sont parmi ses chefs-d’œuvre.
Au début du XXe siècle, Luce revient sur son passé et réalise une série de toiles sur le thème de la Commune de Paris, en montrant la tragédie vécue par les communards. Pendant la Grande Guerre, le peintre observe la vie des soldats à Paris et livre une série sur les gares parisiennes. Il se positionne dans les années 1930 comme un artiste engagé pour le pacifisme, jusqu’à sa mort en 1941.
Maximilien Luce, Usines près de Charleroi, 1897
Huile sur bois • 51,2 × 38,5 cm • Musée d’Orsay, Paris • © Patrice Schmidt / Musée d’Orsay dist. RMN-GP
Il s’agit d’une étude pour un tableau représentant le monde de la sidérurgie en Belgique. L’artiste ne fait pas l’apologie de la révolution industrielle, il montre plutôt son caractère effrayant, que renforce la vue nocturne, qu’il affectionnait. L’usine semble cracher du feu, elle apparaît comme un monstre archaïque qui asservit les hommes, ici absents de la toile. Luce reviendra souvent sur les dures conditions de vie des ouvriers et sur l’absence d’humanité du monde industriel moderne.
Maximilien Luce, Les Batteurs de pieux, 1902–1903
Huile sur toile • 13,9 × 11,7 cm • Musée d’Orsay, Paris • © Bridgeman Images
Peint dans l’esprit impressionniste, mais à l’aide d’une touche divisée, ce grand tableau témoigne de l’attention constante de Luce pour le monde ouvrier. Dans un paysage parisien, l’artiste représente le labeur des hommes, occupés à mettre en place un lourd pieu destiné à soutenir la fondation d’un bâtiment. Ils ne sont pas moins de six, la poitrine à nu, les bras tendus dans un effort bestial. Derrière eux, de hautes cheminées d’usine expulsent une lourde fumée, signe de l’activité industrielle sur les rives de la Seine.
Maximilien Luce, Une Rue de Paris en mai 1871 (La Commune), 1903–1905
Huile sur toile • 151 × 225,8 cm • Musée d’Orsay, Paris • © RMN – Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski
Peinte selon la technique impressionniste, cette toile est l’une des plus célèbres du peintre. La palette claire contraste avec la tragédie du sujet : un amas de corps sans vie abandonnés au coin d’une rue de Paris, loin du tumulte. Il s’agit d’un souvenir de la Commune qui a violemment marqué l’esprit de Luce lorsqu’il était adolescent. Un cadavre de femme se trouve parmi les soldats morts, sa présence témoigne de l’atrocité de ces combats qui ont fait tant de victimes parmi les résistants du peuple parisien.
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