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Paris

Le pointilliste engagé Maximilien Luce en pleine lumière au musée de Montmartre

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Publié le , mis à jour le
Le postimpressionniste Maximilien Luce (1858–1941), grand ami de Paul Signac et figure moins célèbre du mouvement divisionniste, est remis en lumière au musée de Montmartre, qui lui consacre sa première rétrospective parisienne depuis 1983. De ses vues montmartroises à celles, très méconnues, de Rolleboise, en passant par Saint-Tropez et ses surprenantes cheminées d’usine du Pays noir, le parcours dévoile la richesse insoupçonnée du parcours de cet artiste attachant et profondément engagé.
Maximilien Luce, Usines près de Charleroi
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Maximilien Luce, Usines près de Charleroi, 1897

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Huile sur bois • 51,2 x 38,5 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • © GrandPalaisRmn (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Pulvérisées en de multiples petits confettis de tons purs, leurs couleurs semblent scintiller à la surface des toiles. Si Georges Seurat (1859–1891) et Paul Signac (1863–1935) sont les figures les plus célèbres du divisionnisme (dit « pointillisme »), Maximilien Luce est, de son côté, moins connu du grand public. Un destin qui s’explique par sa personnalité à part : peu intéressé par les honneurs, et ne suivant que son instinct, l’artiste ne cherchait pas à plaire.

Contrairement aux vues idylliques et chatoyantes des plages du sud que peignent ses amis Signac et Henri-Edmond Cross (1856–1910), ses paysages – qui par ailleurs n’affichent pas un pointillisme strict – sont moins idéalisés, et incorporent souvent des références au monde ouvrier, témoins de son fort engagement politique. Avant les années 1910, Luce vit dans une grande misère car, malgré son réseau, ses œuvres se vendent mal. Pour faire vivre sa famille, il doit travailler comme peintre en bâtiment et réaliser des décors.

Maximilien Luce, Le Port de Saint-Tropez
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Maximilien Luce, Le Port de Saint-Tropez, 1893

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Huile sur toile • 73,7 × 91,4 cm • Collection particulière • © Collection particulière, Fotoatelier Peter Schälchli

Luce a néanmoins peint Saint-Tropez, dont il découvre la lumière irradiante en 1892–1893, invité par son ami Signac. En témoigne, au cœur de l’exposition, une très belle toile : Le Port de Saint-Tropez (1893). Toute mouchetée de rose, de bleu, de vert et d’orangé, celle-ci dépeint les bateaux et leurs voiles blanches amarrés au quai. Devant les façades et baldaquins acidulés, des passants vaquent à leurs occupations sous un soleil radieux, qui projette leurs ombres bleutées sur le sol jaune. Mais cette vue joyeuse n’occulte pas le dur labeur des hommes, rappelé au premier plan par un pêcheur qui nous regarde frontalement, l’air un peu las, les jambes coupées comme par le cadre d’une photographie.

Marqué par les couleurs des impressionnistes

Maximilien Luce, Autoportrait
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Maximilien Luce, Autoportrait, v. 1910

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Huile sur toile • 78,5 × 67 cm • Coll. musée départemental Maurice Denis, Saint-Germain-en-Laye

Né à Paris dans une famille modeste (son père, ex-ouvrier charron, s’est reconverti dans la comptabilité), Maximilien Luce apparaît, sur ses autoportraits, un peu renfrogné derrière ses petites lunettes rondes. Mais l’homme s’avère attachant : malgré sa franchise abrupte, sa loyauté et sa bonté lui permettent de tisser un solide réseau d’amitiés.

À 13 ans, il suit déjà des cours de dessin et de gravure dans des ateliers du soir, puis se forme auprès du peintre Carolus-Duran. Au style de ce dernier, qui use beaucoup du noir, il préférera la lumière et les couleurs des impressionnistes – notamment de Claude Monet, qu’il découvre en 1880. En 1884, le Salon des indépendants est créé : l’artiste, dont les œuvres sont refusées par le Salon officiel, s’y rallie immédiatement et y restera fidèle toute sa vie.

Maximilien Luce, La Toilette
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Maximilien Luce, La Toilette, 1887

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Huile sur toile • 92 × 73 cm • Coll. Association des amis du Petit Palais, Genève • © Association des Amis du Petit Palais, Studio Monique Bernaz, Genève

L’exposition s’ouvre par une toile peinte en 1887 : La Toilette. Si les teintes dominantes sont encore assez terreuses, l’artiste procède déjà par miettes de couleurs, de petites touches de rose et de vert qui insufflent de la magie dans cette chambre d’ouvrier réaliste, où traînent une bouteille de vin vide et une vieille paire de souliers. Exposée au Salon des indépendants, la toile séduit immédiatement le jeune Signac, qui l’achète, scellant leur amitié.

Un artiste engagé qui dépeint le monde ouvrier

Luce représente les habitants de Montmartre, comme à travers la devanture colorée d’une épicerie devant laquelle se croisent ouvriers, ménagères, enfants des rues, bourgeoises et petits chiens.

S’il se rend entre autres en Bourgogne, en Bretagne et à Saint-Tropez, ainsi qu’à Londres, en Belgique et aux Pays-Bas, la ville de Paris occupe la moitié de son œuvre. L’artiste y peint notamment Notre-Dame vue du quai Saint-Michel, avec au premier plan le pont, des bouquinistes et des passants. Depuis son logement du 6 rue Cortot (où il vit pendant plus de douze ans, entre 1888 et 1900, d’abord seul, puis avec sa compagne Ambroisine Bouin, mère de son fils), Luce détaille les toits de Montmartre, sa verdure et les fumées d’usine. À partir de 1896, il représente les habitants du quartier, comme à travers la devanture colorée d’une épicerie devant laquelle se croisent ouvriers, ménagères, enfants des rues, bourgeoises et petits chiens.

Maximillien Luce, Paris vu de Montmartre
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Maximillien Luce, Paris vu de Montmartre, 1887

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Huile sur toile • 54 × 63 cm • Coll. Association des amis du Petit Palais, Genève • © Association des Amis du Petit Palais, Studio Monique Bernaz, Genève

Antimilitariste et anticlérical, Luce défend ardemment l’égalité et la liberté. Le 6 juillet 1894, dans une ambiance électrique suite à l’assassinat du président Sadi Carnot et plusieurs autres attentats, le peintre est arrêté et emprisonné à la prison Mazas durant 42 jours pour avoir hébergé des anarchistes – un épisode traumatisant dont il tire tout un album de dessins, et auquel l’exposition consacre une petite salle.

Un dessin montrant des cadavres de manifestants allongés sur le pavé (réalisé vers 1910 pour commémorer les événements de la Commune dont il avait été témoin enfant) donne un aperçu de ses œuvres radicales réalisées pour la presse, plus politiques et crues que ses peintures, son engagement se mêlant dans ces dernières à ses recherches esthétiques. Une salle consacrée au Paris ouvrier démontre cette dualité. Un grand format prêté par le musée d’Orsay, Les Batteurs de pieux (1903) – des ouvriers héroïques, torse nu en plein effort sur fond d’usines fumantes –, y côtoie des tableaux dépeignant des chantiers parisiens, où l’intérêt de l’artiste pour les jeux de couleurs et de lignes créés par les échafaudages l’emporte sur l’angle social.

Les visiteurs devant « Les Batteurs de pieux » (1903) à l’exposition de Maximilien Luce « L’instinct du paysage » au musée de Montmartre, Paris, 2025
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Les visiteurs devant « Les Batteurs de pieux » (1903) à l’exposition de Maximilien Luce « L’instinct du paysage » au musée de Montmartre, Paris, 2025

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© André Ferreira

L’exposition dévoile plusieurs facettes méconnues de Luce, comme sa réalisation d’objets décoratifs (éventails, coffrets peints, assiettes) et surtout ses étonnantes toiles inspirées du Pays noir, région minière des alentours de Charleroi, en Belgique, dont il tire 33 tableaux qui seront présentés chez le galeriste Paul Durand-Ruel en 1899. Dans une superbe palette violette et orangée, l’artiste brosse, comme dans un théâtre d’ombres, les silhouettes inquiétantes des cheminées d’usine, émettant d’épaisses fumées dans le ciel sombre, et les fours crachant des crépitements de feu – mélange surprenant de glauque et de féerique [ill. en Une].

Ses dernières toiles méconnues enfin exposées

Le parcours se termine par une dernière surprise : certaines des 70 toiles de Luce peintes durant les 20 dernières années de sa vie dans les environs de Rolleboise, un village des Yvelines situé près de Mantes-la-Jolie, qu’il découvre en 1917 et où il acquiert une maison en 1922. Surprenantes elles aussi, ces œuvres délaissent totalement le divisionnisme pour un style plus traditionnel dominé par des variations de verts qui rappellent les paysages de Camille Corot. L’artiste saisit les corps en mouvement, nus ou en maillot de bain, de locaux et de travailleurs venus, grâce aux congés payés fraîchement acquis, s’offrir une baignade en pleine nature.

Jusqu’au bout, le peintre restera engagé. Fin 1940, il démissionne de la présidence de la Société des artistes indépendants, afin de protester contre la politique de discrimination du régime de Vichy à l’égard des artistes juifs. Un dernier coup d’éclat, quelques semaines avant sa mort.

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Maximilien Luce. L’instinct du paysage

Du 21 mars 2025 au 14 septembre 2025

museedemontmartre.fr

Retrouvez dans l’Encyclo : Maximilien Luce Pointillisme
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