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Le néo-impressionnisme en 3 minutes

En bref

Le terme de pointillisme est souvent utilisé pour désigner un mouvement qui se nomme en réalité néo-impressionnisme. Apparu à la fin du XIXe siècle, entre symbolisme et impressionnisme, il est incarné par plusieurs peintres : Georges Seurat, Paul Signac, Henri-Edmond Cross, rejoints brièvement par Camille Pissarro. Art de la couleur raisonnée, parfois qualifié de peinture scientifique, le néo-impressionnisme a misé sur la rationalisation de la peinture impressionniste dont il reprend souvent les thèmes. Son théoricien principal et exégète est l’anarchiste français Félix Fénéon. Par l’usage nouveau des couleurs, le néo-impressionnisme a représenté une étape essentielle dans l’histoire de l’art moderne avant la Grande Guerre.

Paul Signac, Sur l’émail d’un fond rythmique de mesures et d’angles, de tons et de teintes, portrait de M. Félix Fénéon en 1890, opus 217
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Paul Signac, Sur l’émail d’un fond rythmique de mesures et d’angles, de tons et de teintes, portrait de M. Félix Fénéon en 1890, opus 217, 1890

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Huile sur toile • 73.5 × 92.5 cm • Coll. MoMA, New York • © Bayes/Lebrecht/Leemage

Histoire du mouvement

Le mouvement néo-impressionniste a éclos au sein du Salon des Indépendants, fondé en 1884 en concurrence aux salons traditionnels. C’est là que se sont rencontrés Georges Seurat, peintre de tempérament classique formé à l’École des Beaux-arts, et Paul Signac, autodidacte et admirateur de Claude Monet.

En 1883, Seurat est occupé à peindre une toile intitulée Une Baignade à Asnières, qui reprend un thème cher aux impressionnistes : les activités sur les bords de Seine, sur fond de paysage industrialisé. Il commence à cette époque à mettre au point un nouveau langage plastique que l’on nomme divisionnisme. Cette technique est basée sur l’emploi rationnel des couleurs pures, visant à créer un maximum d’harmonie et de luminosité. À cette époque, Seurat n’utilise pas encore le pointillé.

Une Baignade à Asnières est exposé au Salon des Indépendants de 1884. Signac l’admire et les deux artistes se rapprochent, bien que leurs caractères soient totalement opposés. Seurat, surnommé « le notaire », est taciturne quand Signac est sociable et curieux de tout. En 1886, Seurat présente lors de la dernière exposition des impressionnistes et au Salon des Indépendants l’œuvre qui allait devenir le manifeste du nouvel impressionnisme : Un Dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte. Elle est à l’origine de la création du terme « néo-impressionnisme » par le critique d’art Félix Fénéon, qui devient le premier soutien du peintre. Cette fois-ci, le peintre utilise un pointillé fin et méticuleux, et place ses personnages dans une nature revisitée et totalement idéalisée.

Corriger la peinture de plein air grâce à la science, faire évoluer l’impressionnisme, tels étaient les objectifs des peintres qui se sont rattachés au néo-impressionnisme. Pour parvenir à un maximum d’intensité et d’harmonie colorée, ils ont fait usage de découvertes scientifiques, dont celle du mélange optique (Michel-Eugène Chevreul, Charles Blanc, Ogden Rood). Les traités dans ce domaine leur apprennent que les couleurs se recomposent sur la rétine du spectateur : pour obtenir un vert particulièrement intense, mieux vaut juxtaposer de petites taches bleues et jaunes sur une toile que de faire le mélange des couleurs sur la palette. Le pointillé représente leur manière d’appliquer les touches sur la toile, il ne constitue nullement une finalité.

Les néo-impressionnistes utilisent leur méthode dans un but symboliste, cherchant à représenter les lois harmoniques du monde. Seurat et Signac s’intéressent de près aux travaux de Charles Henry (1859–1926), un érudit qui a mis au point une théorie appelée dynamogénie. Elle énonce que les lignes et les couleurs permettent d’exprimer et de générer certains types de sentiments (tristesse, gaieté).

La mort de Seurat en 1891 marque une rupture dans l’histoire du néo-impressionnisme. L’année suivante, Paul Signac et Henri-Edmond Cross (autre adepte) s’établissent dans le Sud de la France et font entrer la lumière méditerranéenne dans la peinture moderne. À partir de 1895, tous deux s’éloignent de l’aspect doctrinal du style de Seurat et utilisent un point plus large et une palette plus lyrique.

Les peintres néo-impressionnistes ont proposé un regard sur la nature moins naturaliste que les impressionnistes. Ils ont fait preuve d’une plus grande capacité d’abstraction, en partie inspirés par le japonisme. En vertu de cela, le néo-impressionnisme est considéré comme une étape essentielle vers l’abstraction que porteront de grands artistes au XXe siècle, tels que Robert Delaunay, Paul Klee et Vassily Kandinsky.

Des œuvres clés

Georges Seurat, Un Dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte
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Georges Seurat, Un Dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte, 1884–1886

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Huile sur toile • 207,6 × 308 cm • Coll. Art Institute of Chicago

Georges Seurat, Un Dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte, 1884–1886

Avec ambition, Seurat renouvelle le sujet impressionniste en peignant une réunion de promeneurs, le dimanche, sur les bords de Seine, dans un format de peinture d’histoire. Le peintre fait un usage méticuleux des teintes complémentaires, en appliquant une technique de point très fin. Jugée tantôt archaïque, tantôt japonisante, cette toile a donné lieu à une fortune critique instantanée. Rejetée par la plupart, elle a cependant été perçue par quelques-uns comme l’œuvre d’un « messie » annonciateur d’un art nouveau, capable de rivaliser avec Paul Gauguin.

Paul Signac, Femmes au puits, Opus 238
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Paul Signac, Femmes au puits, Opus 238, 1892

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Huile sur toile • 195 × 131 cm • Musée d’Orsay, Paris • © Peter Willi / Bridgeman Images

Paul Signac, Femmes au puits, Opus 238, 1892

Premier compagnon de Seurat, Signac souhaitait orchestrer la nature en se détachant de tout naturalisme. S’il admire Monet, l’artiste se montre surtout en phase avec le symbolisme, en cherchant à représenter un monde idéal. Signac était proche des mouvances anarchistes, qui militaient pour un nouvel ordre social. Les tons employés dans cette œuvre sont stridents et s’éloignent du ton local. L’artiste, amoureux de la mer et de la musique, aimaient qualifier ses œuvres d’Opus, comme un compositeur classique.

Henri-Edmond Cross, La Ferme au matin
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Henri-Edmond Cross, La Ferme au matin, 1893

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Huile sur toile • 65 × 92 cm • Coll. Musée des beaux-arts, Nancy

Henri-Edmond Cross, La Ferme au matin, 1893

Cette toile représente des bouilleurs de cru dans une ferme varoise. Les fumerolles dessinent des arabesques décoratives et montrent le souvenir de l’estampe japonaise et de la calligraphie. La vision de Cross est dirigée par la quête d’un nouvel idéal social, qui déconstruit le modèle bourgeois. L’artiste français se montre plus réceptif à l’œuvre de Pierre Puvis de Chavannes que de Monet. Ses œuvres inspireront Henri Matisse dans les années 1900.

Par • le 13 mars 2020

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