En partenariat avec Visitflanders

Willem van Haecht, Le cabinet d’art de Cornelis van der Geest, 1628
Huile sur panneau • 104 × 139 cm • © Maison Rubens, Anvers
Qu’est-ce qui rend une œuvre d’art rare et indispensable ? C’est ce que se demandent depuis 20 ans les membres de la commission responsable de l’application du décret sur les chefs-d’œuvre flamands. Cousin belge de notre loi de protection des trésors nationaux, ce décret inscrit sur une liste les objets mobiliers dont l’importance patrimoniale est jugée exceptionnelle, empêchant ainsi leur sortie du territoire. Mis en place en 2003, ce décret a joué un rôle essentiel dans la protection, la conservation et l’enrichissement des collections flamandes, et a contribué à valoriser ces trésors auprès d’un large public.
Pour fêter les 20 ans du décret, le Museum aan de Stroom (MAS) d’Anvers organise une grande exposition mettant en scène 100 chefs-d’œuvre tirés de cette liste qui en compte plusieurs milliers. La sélection, confient les deux commissaires, a été particulièrement cornélienne… et d’une grande subjectivité. Aussi, plutôt que de concevoir une exposition didactique et chronologique, les commissaires affirment avoir pris pour seul guide l’émotion que suscitent ces œuvres en eux.
Hugo van der Goes, La Mort de la Vierge, vers 1470
Huile sur panneau • 253 × 141 cm • Coll. Musée Groeninge, Bruges • © Musea Brugge / Photo Dominique Provost
Que ce soit le plaisir esthétique, comme celui né d’un drapé sculpté dans le marbre par Lucas Faydherbe, l’admiration, provoquée par l’humanité des visages des apôtres peints par Hugo van der Goes, ou l’émerveillement, tel celui suscité par la forme de certains reliquaires médiévaux… Les deux commissaires assument pleinement cette approche très personnelle qu’ils résument par cette citation de Montaigne : « Parce que c’était lui, parce que c’était moi ».
La sélection est forcément éclectique : l’œuvre la plus ancienne, une pierre gravée du paléolithique, est vieille de 13 000 ans, quand l’une des plus récentes, un nu de Tom Wesselman, n’a que quelques décennies au compteur. Les médiums aussi sont d’une grande variété, des tableaux aux reliquaires d’église, en passant par des meubles précieux, sculptures, cartes, dessins ou globes. Des noms célèbres (Bacon, Jordaens, Michel-Ange, Magritte) côtoient des artistes moins connus et de complets anonymes.
À gauche : Jean-Auguste-Dominique Ingres, Autoportrait (1864–1865) ; au centre : Peter Paul Rubens, Autoportrait (c.1623–1630) ; à droite : James Ensor, Autoportait au chapeau fleuri (1883–1888)
Huile sur toile et huile sur panneau • © Musée Royal des Beaux-Arts Anvers (KMSKA) / © Maison Rubens, Anvers / © Mu.ZEE, Ostende
L’éclectisme est renforcé par les choix d’accrochages, qui regroupent les objets et œuvres d’art en de grands ensembles transchronologiques et transdisciplinaires. De ces rapprochements, parfois inattendus, naissent des comparaisons, des confrontations et des jeux de contrastes – comme ce trio improbable et pourtant évident d’autoportraits d’Ingres, Rubens et Ensor. Une appréhension des œuvres qui n’est malheureusement pas perceptible dans le catalogue, dont la présentation est, pour le coup, purement chronologique.
Catharina van Hemessen, Portrait d’une jeune femme avec son chien, c. 1550
Huile sur panneau • 31.7 × 24.8 cm • Collection de la Communauté Flamande
La force de cette exposition est de rassembler dans un même endroit une centaine d’œuvres habituellement disséminées sur tout le territoire flamand, dans une quarantaine de lieux différents : musées, églises, bibliothèques, collections privées… Il y a certes quelques grands absents, comme le retable de l’Agneau mystique de Gand qui n’a pas pu faire le déplacement, mais dont l’absence est compensée par de multiples trouvailles moins attendues qui émaillent la sélection d’œuvres.
Citons le superbe portrait d’une dame au petit chien par Catharina van Hemessen, un attendrissant ouvrage du XVIe siècle illustré par un spécialiste autoproclamé des baleines, une émouvante broderie carolingienne, un rarissime manuscrit d’Hildegarde van Bingen et un éblouissant autoportrait au carnet bleu de Léon Spilliaert. Des œuvres qui n’ont pas usurpé leurs deux qualificatifs : rares et indispensables.
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