Claire Fontaine, P.I.G.S, 2011
© Arte
En 1982, Ágnes Dénes faisait pousser un champ de blé sur une décharge de Manhattan. Ce geste radical, intitulé Champ de blé – Une confrontation, est aujourd’hui considéré comme l’un des actes fondateurs du traitement de l’écologie dans l’art contemporain. Plus de 40 ans plus tard, cette pionnière du land art témoigne dans le documentaire « L’art face à l’urgence climatique », disponible sur Arte, aux côtés de figures majeures comme Olafur Eliasson, Julian Charrière, le duo Claire Fontaine ou encore le regretté Sebastião Salgado, disparu le 23 mai dernier.
Tous poursuivent un même but : inscrire l’écologie au centre de leur pratique artistique. Mais à l’heure où les œuvres font des milliers de kilomètres en avion et où le marché de l’art brasse des millions, cet engagement peut-il vraiment peser face à l’urgence climatique ? Ou ne révèle-t-il pas, malgré lui, les impasses d’un système qu’il prétend bousculer ?
Réalisé par Mathias Fricke, le documentaire suit la journaliste allemande Leonie Sontheimer dans une enquête passionnante sur la place de l’art dans la lutte contre le dérèglement climatique. Si de nombreux artistes s’engagent aujourd’hui pour dénoncer l’inaction politique ou les dommages causés par le capitalisme, leurs œuvres mobilisent des ressources importantes et s’inscrivent dans un marché mondialisé.
Olafur Eliasson, Ice Watch, 2014
© Arte
Le cas d’Olafur Eliasson est symptomatique : en 2015, son installation Ice Watch faisait venir douze blocs de glace du Groenland jusqu’à Paris. Le message était fort, mais le bilan carbone l’était tout aussi : 52 tonnes de CO₂ au compteur.
Pour Johan Holten, directeur de la Kunsthalle de Mannheim, il serait inconcevable de renoncer à faire voyager des œuvres qui sensibilisent à l’urgence écologique.
Au fil des témoignages d’artistes, le documentaire braque aussi les projecteurs sur les institutions culturelles – musées, biennales, foires –, qui tentent également de réduire leur empreinte environnementale. Comment exposer sans polluer ? Comment produire autrement ? Les réponses restent hésitantes, et les positions varient. Ainsi, pour Johan Holten, directeur de la Kunsthalle de Mannheim, il serait inconcevable de renoncer à faire voyager des œuvres qui sensibilisent à l’urgence écologique, même si cela alourdit le bilan carbone d’une exposition.
En convoquant également des scientifiques comme Johan Rockström, directeur de l’Institut de Potsdam pour la recherche sur l’impact climatique, ou Eva Horn, spécialiste de l’anthropocène, le film ouvre une réflexion plus large sur la place des artistes aux côtés des scientifiques dans l’invention de nouveaux imaginaires. À défaut d’offrir des solutions toutes faites, ce documentaire éclaire une scène artistique en pleine remise en question, tiraillée entre désir de changement et contradictions structurelles.
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