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Historienne de l’art avec une formation d’urbaniste, Amandine Nana est curatrice au Palais de Tokyo depuis 2023, mais aussi autrice, poète et chercheuse.
© William Daupin. Estate Moki Cherry. Tous droits réservés. / Photo Moderna Museet, Stockholm.
Apprendre à flamboyer, voilà un sacré programme ! Comment avez-vous imaginé cette exposition qui nous invite à inventer collectivement de nouvelles formes de joie ?
Ma précédente exposition, « Tituba », cherchait à apaiser les âmes. J’aimerais que « Joie collective » inspire l’espoir et nous donne des outils pour penser la résilience par la joie, pour retisser des liens entre nous. J’ai envie d’une exposition qui soit joyeuse dans les formes, pop et colorée, mais qui soit aussi un lieu de transformation sociale. C’est un vrai risque de faire une exposition sur la joie dans une période pas vraiment joyeuse, nous faisons donc tout pour éviter cet écueil qui consisterait à tomber dans le divertissement.
Ma première inspiration, c’est la comédie musicale, avec l’idée de prendre la scène et d’y grandir. Je voulais aussi repartir de l’expérience de l’enfance, de l’idée de construire ensemble, dans le jeu. Cette exposition est un défi pour moi, car c’est la première fois que je me vois offrir, en tant que curatrice, un si vaste espace. Mais je suis très heureuse car elle me permet de travailler avec des artistes qui m’ont aidée à me voir dans l’art contemporain ; si je n’avais pas rencontré leurs travaux quand j’étais lycéenne, je ne serais pas là. Je pense notamment à Lorraine O’Grady, hélas décédée en décembre dernier.
« Quand on met des dispositifs participatifs au cœur d’une exposition, clairement on ne sait jamais ce qui va se passer. »
Quelle place donnez-vous au visiteur dans cette utopie collective ?
La question de l’agora publique, de la participation du visiteur, est au cœur du projet, avec plusieurs scènes à investir, sans jamais aller jusqu’au total amusement qui sacrifierait les œuvres.
Plusieurs soirées « Comedy club » sont organisées, avec un programme de stand-up et un micro ouvert. Une autre scène invite le visiteur à y prendre place, avec quelques instructions qui incitent à une parole bienveillante. Quand on met des dispositifs participatifs au cœur d’une exposition, clairement on ne sait jamais ce qui va se passer. Mais avec notre éducation à la française, ma principale crainte, c’est que personne n’ose monter sur scène !
Moki Cherry, Malkauns Raga, 1973
© William Daupin. Estate Moki Cherry. Tous droits réservés. / Photo Moderna Museet, Stockholm.
Au-delà de ces moments de célébration, l’exposition vous semble-t-elle aussi un outil pour construire dans le monde réel ?
Il m’apparaît essentiel que ce projet dépasse le Palais, qu’il réussisse à créer de nouvelles communautés. C’est pourquoi nous insistons pour soutenir des talents extérieurs au centre d’art, en tentant de créer des rhizomes qui nous échappent. Nous invitons notamment une association féministe qui lutte pour le droit des femmes musulmanes, et nous travaillons avec des groupes venus de Corbeil-Essonnes, autour d’ateliers explorant différentes façons de construire la joie collective.
Pour une autre association, les Cousines de Montreuil, l’exposition sera l’occasion de construire des objets dont ils ont besoin pour leur activité. Cette part invisible du projet est aussi importante. L’institution doit réussir à déborder à l’extérieur, avoir un impact en dehors de ses murs. Finalement, toute exposition n’est-elle pas un prétexte à se réunir et à partager des moments de sociabilité ?
Joie Collective. Apprendre à flamboyer !
Du 21 février 2025 au 11 mai 2025
Palais de Tokyo • 13, avenue du Président Wilson • 75116 Paris
www.palaisdetokyo.com
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