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Exposition de Gottfried Honegger à L’EAC de Mouans-Sartoux
© EAC © Adagp, Paris 2025
C’est à lui que l’on doit ce haut lieu de l’abstraction niché dans un écrin de verdure sur la Côte d’Azur, au cœur du château de Mouans-Sartoux. L’Espace de l’art concret, fondé en 1990 par Gottfried Honegger et son épouse Sybil Albers-Barrier, se consacre toujours à ce mouvement de manière vivace grâce à son actuelle directrice, Fabienne Grasser-Fulchéri.
Cette dernière est à l’origine du parcours qui revient sur l’œuvre et la collection de l’artiste zurichois dont on découvre aussi l’engagement. Car derrière les formes géométriques et les aplats de couleurs primaires, se cache une volonté inébranlable de transmission et d’accès à l’art pour tous.
Portrait de Gottfried Honegger, 1954
Photographie en noir et blanc • © Droits réservés
En se déployant sur tous les étages du bâtiment moderne couleur vert pomme, l’exposition va des œuvres de jeunesse de l’artiste jusqu’à ses plus récentes acquisitions, accrochées sur des murs nus sublimés par le paysage verdoyant que dévoilent de grandes baies vitrées.
Gottfried Honegger débute sa carrière en tant que graphiste en Suisse, après des études à l’École des arts appliqués de Zurich. C’est toutefois à Paris, en 1939, qu’il compose ses premiers paysages et quelques portraits de style cubiste. Passionné de peinture, l’artiste se tourne rapidement vers l’abstraction, dont il fait le miel de son œuvre, s’inscrivant dans la lignée des pionniers de l’art concret – Theo van Doesburg, Jean Hélion, Otto Carlsund, Léon Tutundjian et Marcel Wantz –, mouvement artistique qui se veut d’une abstraction et d’une clarté absolues.
Gottfried Honegger, Teilung, 1955
Huile sur toile • 35 × 80 cm • Coll. Centre national des arts plastiques, Paris • © Droits réservés
Se fiant au hasard, le peintre jouait aux dés afin de créer ici et là des lignes géométriques tout juste perceptibles à l’œil nu.
L’artiste suisse Max Bill donne une réelle impulsion au mouvement en 1936, ouvrant la voie, plus tard, à Honegger. Ce dernier, fasciné par l’imagerie scientifique, réalise un mural grandiose au pastel et à la tempera pour la Foire commerciale de Bâle en 1955, dont il ne reste désormais qu’une photographie présentée au début de l’exposition. La fresque est traversée de formes géométriques, mêlant motifs de ruches d’abeilles et arabesques abstraites, caractéristiques de l’art concret.
La palette aussi se restreint. On le remarque dans la série « Teilung » où Honegger se contente de quelques pigments avant de basculer vers un rejet total de la polychromie. Les toiles sont comme grignotées par une teinte neutre jusqu’à être parfois complètement englouties. L’artiste joue avec les textures, laissant deviner les couleurs sous un nouveau pigment.
Gottfried Honegger, Tableau-Relief Z.826, 1979
Collage sur toile et acrylique • 150 × 120 cm • Coll. Centre national des arts plastiques, Paris • © Droits réservés
Honegger adopte en 1970 une monochromie totale, à laquelle il restera fidèle jusque dans ses dernières œuvres. Se fiant au hasard, le peintre jouait aux dés – ceux-ci sont visibles à la fin de l’exposition tout comme sa palette et son tablier imbibés de peinture – afin de créer ici et là des lignes géométriques tout juste perceptibles à l’œil nu, fondues dans une couleur unique : bleu, prune, vert. Ces « Tableaux-reliefs » dialoguent avec les œuvres en papier mâché de l’artiste néerlandais Jan Schoonhoven, dont Honegger était un grand amateur.
Dans les années 2010, l’artiste simplifie jusqu’à la matière, sculptant des cercles et arcs de cercle totalement creux, ramassés en quelques lignes acrobatiques sur le mur. Dans sa quête d’immatérialité Honegger prend ses distances avec le geste, comme en témoigne un ensemble de dix sculptures en aluminium peintes en blanc, dont les formes ne sont jamais les mêmes selon le point de vue. Aux côtés des colonnes vibrantes de l’artiste et amie Aurelie Nemours, elles illuminent la pièce d’un halo blanc éclatant.
Cette lumière, Honegger entend la propager au plus grand nombre. C’est pourquoi il adopte un langage plastique simple, concis, efficace. Des affiches en début d’exposition attestent d’ailleurs de son engagement communiste, comme celle de « La coopération inter-européenne pour un niveau de vie plus élevé ».
Richard Paul Lohse, Vier verbundene Gruppen, 1952/1966
Huile sur toile • 60 × 60 cm • Coll. Centre national des arts plastiques, Paris • © Droits réservés © Adagp, Paris 2025
Avec l’Espace de l’art concret, Honegger cherche à bâtir en 1990 un lieu de création et de transmission, une aventure collective qui place l’art au cœur de la vie. L’artiste allie démarche artistique et sociale, persuadé de la force de l’art face à la résignation et l’adversité. Écœuré par les élites, il crée un royaume du beau où règnent l’abstraction et la simplicité. C’est pourquoi l’artiste jongle entre formes géométriques élémentaires et pigments majoritairement primaires : l’œuvre – le singulier – doit atteindre le collectif – le pluriel. On l’observe dans les compositions galbées des pionniers de l’art concret Max Bill et Richard Paul Lohse, collectionnées par Honegger.
L’exposition se clôt par une myriade de ses citations inscrites au mur, un clin d’œil de la directrice et commissaire à cette manie qu’avait le père fondateur de l’Espace de l’art concret de ponctuer d’aphorismes les salles des expositions qu’il curatait, dont celle-ci : « L’art est une nécessité existentielle ».
Gottfried Honegger. Du singulier au pluriel
Du 29 mars 2025 au 22 février 2026
Espace de l'Art concret • Rue du Château • 06370 Mouans-Sartoux
www.espacedelartconcret.fr
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