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PARIS

À la galerie Hauser & Wirth, le géant de l’art abstrait Frank Bowling célébré dans une première expo parisienne

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Publié le , mis à jour le
À 91 ans, le peintre londonien, figure de l’art abstrait trop peu connue en France, présente ses toiles explosives dans un premier solo show parisien grand format à la galerie Hauser & Wirth.
Vue de l’exposition consacrée à Frank Bowling à la Bourse de Commerce. Ici le collage Skid, mesurant 4,4 mètres de hauteur
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Vue de l’exposition consacrée à Frank Bowling à la Bourse de Commerce. Ici le collage Skid, mesurant 4,4 mètres de hauteur, 2023

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© Frank Bowling / Courtesy Hauser & Wirth, Londres, Paris / Photo Anna Arca

Si la réputation de Frank Bowling n’est plus à faire, ni en Angleterre où, entre autres glorieuses gratifications, il fut fait chevalier à l’occasion de l’anniversaire de la Reine en 2020, ni aux États-Unis où l’une de ses rétrospectives a voyagé de Boston à San Francisco, en France, c’est une tout autre affaire.

C’est en quasi-inconnu (quelques-unes de ses toiles furent tout récemment remarquées dans des shows collectifs à la Bourse de Commerce et à la fondation Louis Vuitton) que l’artiste londonien arrive à Paris où, pour cette première dans la capitale, il a vu les choses en grand, à la mesure de l’espace de la galerie Hauser & Wirth. Les quatre tableaux du rez-de-chaussée ont été faits sur mesure, en calquant les proportions des fenêtres du lieu et en se noyant dans la couleur. Littéralement.

Des toiles abstraites aussi colorées que composites

« Pour Frank Bowling, ces toiles sont d’abord et uniquement les images du travail de peinture et des accidents qui surviennent au cours de la réalisation. »

Car Bowling peint en aspergeant la surface de ses toiles à grand renfort de seaux de peinture. Posé au sol ou dressé à la verticale (la peinture dégouline alors de haut en bas), le support se gorge de couleurs qui forment des rigoles et des flaques. Brossées par l’artiste ou bien séchées au ventilateur, ces premières couches sont suivies d’autres qui viennent compliquer la composition et nuancer la palette. Alors apparaissent des étendues de bleus, de verts, de rouges, de jaunes à la texture aqueuse ou plus grumeleuse mais qui tous font paysages abstraits. Ben Bowling, le fils de l’artiste et directeur de son atelier, se plaît à voir ici des cascades déferlant au cœur de la jungle ou là un désert rocailleux.

Mais il confie aussitôt que Frank, lui, ne livre jamais ses interprétations paysagères : « Pour lui, ces toiles sont d’abord et uniquement les images du travail de peinture et des accidents qui surviennent au cours de la réalisation. » Qui semble ne jamais vouloir s’achever. Car une fois les pigments versés, le support imprégné de couleurs et les motifs tracés, une autre étape survient, celle de la découpe et de la couture. Une toile se charge ainsi de morceaux d’autres toiles. Cousus, agrafés ou marouflés sur elle, ces pans lui confèrent une légère épaisseur et viennent impulser un contre-rythme.

L’idée de ces collages a été soufflée à l’artiste par Matisse et l’une de ses dernières œuvres, l’Escargot (1953), où des feuilles de papiers collées et peintes à la gouache forment une composition en spirale, gaiement colorée. Dans un coin de la galerie Hauser & Wirth, une toile plus petite que les autres fait allusion sans l’ombre d’un doute (elle s’intitule Back to Snail) à ce chef-d’œuvre virevoltant.

De Londres à New York

Né en 1934 dans un petit pays, le Guyana, le seul en Amérique du Sud où l’anglais est la langue officielle, Frank Bowling a toujours voulu être peintre. Il force le destin à 19 ans en décidant de s’installer à Londres. Il y mène de brillantes études au Royal College of Art et expose régulièrement ses tableaux, figurant alors des scènes de la vie moderne interprétées dans des compositions chaotiques.

Dès 1966, vivant désormais à New York, il découvre l’abstraction américaine, Jasper Johns et Barnett Newman, et abandonne la figuration. L’accueil de ses pairs est encourageant et, en 1971, son travail est exposé en majesté au Whitney Museum. Mais, ayant laissé femmes et enfants en Angleterre, il y retourne en 1977. S’ensuivent des années de vaches maigres. Dans les années 1980, la peinture a moins le vent en poupe. Il faut attendre 2012 à la Serpentine Gallery puis 2019 à la Tate Britain pour que ses toiles soient replacées sous les projecteurs.

« Des détritus sur la toile »

Bowling ne cesse d’inventer de nouvelles combinaisons chromatiques, aux teintes mordorées et tropicales, qu’il accompagne, dans son exposition parisienne, de bibelots, de coquillages, de pinceaux et de résidus des emballages de cathéters dont il se perfuse le corps, vaillant certes mais plus si jeune. « J’ai envie de jeter des détritus sur la toile et de les regarder nager avant qu’ils ne se fixent, confie Bowling. Cela me donne l’impression d’avoir une vue d’ensemble sur ce que j’ai traversé dans ma vie. » Une peinture mémorielle.

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Frank Bowling Collage

Du 22 mars 2025 au 24 mai 2025

www.hauserwirth.com

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