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MUSÉE DE LODÈVE

À Lodève, l’art aux frontières de l’invisible avec Paul Klee et Hans Reichel

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Au musée de Lodève, l’exposition « Rendre visible » fait dialoguer les œuvres de Paul Klee et Hans Reichel avec celles, contemporaines, de Julien Discrit et d’Anne-Charlotte Finel. Un parcours en forme de méditation sur la nature et ses imperceptibles métamorphoses.
Hans Reichel, Composition lueur bleu-jaune et soleil rougeoyant
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Hans Reichel, Composition lueur bleu-jaune et soleil rougeoyant, 1939

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Aquarelle sur papier • © Jean-Louis Losi © Estate of Jean Schimek / Courtesy Galerie Jeanne Bucher Jaeger, Paris Lisbonne

Comment rendre visible ce qui ne l’est pas ? Révéler aux yeux du monde ce qui ne peut, à première vue, être appréhendé par le regard ? Cette quête à la fois esthétique et poétique anime l’œuvre de Paul Klee (1879–1940) et de Hans Reichel (1892–1958). Le premier est un monument de l’art du XXe siècle, peintre visionnaire et théoricien éclairé. Le second fait en revanche partie de ces artistes jusqu’ici boudés par la postérité mais que de beaux événements, à l’image d’une récente monographie à la maison Caillebotte, ont permis de remettre en lumière.

Tous deux sont réunis par le musée de Lodève, dans une exposition pleine de poésie qui entend faire dialoguer leurs œuvres avec celles, contemporaines, de Julien Discrit (né en 1978) et d’Anne-Charlotte Finel (née en 1986). Un habile jeu de correspondances qui défie le temps, et au beau milieu duquel s’invitent aussi quelques fossiles piochés parmi la fabuleuse collection de l’institution héraultaise, qui conserve 1 600 spécimens.

Deux amis réunis

Paul Klee, Villas florentines
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Paul Klee, Villas florentines, 1926

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Huile sur carton • Coll. Centre Pompidou, Paris, Musée national d’art moderne – Centre de création industrielle • © Centre Pompidou, MNAM-CCI, GrandPalaisRmn / Bertrand Prévost

Jamais Paul Klee et Hans Reichel n’avaient partagé les cimaises d’une même exposition. Étonnant, tant leurs œuvres respectives semblent se répondre dans une forme d’écho. Surprenant aussi, compte tenu des liens qui ont uni les deux artistes tout au long de leur vie. Klee et Reichel se rencontrent en effet en 1917, alors qu’ils occupent chacun un atelier dans un château en ruine des faubourgs de Munich.

Voisins, ils deviennent rapidement amis. Si bien qu’à plusieurs reprises Reichel n’hésite pas à rendre visite à Klee lorsque celui-ci rejoint le Bauhaus comme professeur. Ce dernier, plus âgé de treize ans, décède en 1940 en Suisse. Mais les liens de Reichel avec la famille de son ami perdurent, comme lorsque définitivement installé en France, il est interné dans le camp de Gurs en raison de ses origines allemandes. Il correspond alors avec la veuve de Klee, qui lui fait notamment parvenir de l’argent.

Une passion pour la nature à travers les époques

Hans Reichel, Parade de poissons n°9
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Hans Reichel, Parade de poissons n°9, 1929

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Aquarelle sur papier • © Jean-Louis Losi © Estate of Jean Schimek / Courtesy Galerie Jeanne Bucher Jaeger, Paris Lisbonne

Si Klee et Reichel se plaisent tous deux à sonder des mondes invisibles, qu’ils peignent sans relâche à l’huile ou encore à l’aquarelle, leur approche diffère. Autodidacte, Reichel rejette, contrairement à son ami, la théorie et les carcans académiques du Bauhaus pour s’accomplir dans des univers imaginaires et oniriques peuplés de poissons, d’oiseaux, d’escargots ou encore d’araignées… Une faune envoûtante aux couleurs hypnotiques, qui semble tout droit sortie d’un rêve.

Les deux amis partagent en revanche cette même fascination pour la nature en perpétuelle métamorphose. Passionné de sciences naturelles, Klee possède un herbier, de même qu’une collection de fossiles ramassés à l’occasion de promenades lors desquelles il s’abandonne à la contemplation de son environnement. Il puise dans la nature l’essence même de son art qui ne doit pas imiter le réel mais plutôt le révéler : « L’art ne reproduit pas le visible, il le rend visible », écrit-il en 1920. Cette citation, qui a inspiré le titre de l’exposition, fait aussi écho à une œuvre de Julien Discrit qui inaugure le parcours. « What is not visible is not invisible », rappelle l’artiste, dont le message en lettres capitales phosphorescentes irradie dans l’obscurité.

Anne-Charlotte Finel, Jardins
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Anne-Charlotte Finel, Jardins, 2017

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Vidéo, couleur, son • Coll. Fonds d’art contemporain Paris Collection • © Anne-Charlotte Finel © ADAGP, Paris 2025

Comme Anne-Charlotte Finel, dont les vidéos hypnotiques immergent les visiteurs dans des rêves nimbés d’inquiétante étrangeté, Discrit offre un contrepoint contemporain aux frontières de l’art et de la science. Sans oublier ces vitrines de fossiles, qui gardent l’empreinte de plantes ou, plus émouvant encore, de gouttes de pluie tombées il y a plus de 250 millions d’années. Absolument vertigineux et étourdissant de beauté.

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Rendre visible. Klee, Reichel, Discrit, Finel

Du 19 avril 2025 au 31 août 2025

www.museedelodeve.fr

Retrouvez dans l’Encyclo : Paul Klee

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