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C’est la tradition annuelle de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris : après chaque remise de diplôme, une exposition est organisée pour dévoiler les projets félicités par le jury composé de commissaires et d’artistes : des peintures, sculptures, installations et vidéos qui témoignent de cinq années d’études artistiques. Sur presque une centaine d’élèves, 28 ont été sélectionnés pour exposer.
Le titre de cette édition : « Des lignes de désir », expression utilisée par les urbanistes pour désigner ces sentiers que les piétons ou cyclistes tracent par leur passage fréquent. « L’idée est de regarder les trajectoires collectives et individuelles des artistes comme l’on observe des chemins tracés dans un paysage », nous confie la commissaire Émilie Villez, soucieuse de célébrer ces profils si variés.
L’œuvre de Marc Lohner lors de l’exposition « Félicités 2023 », 2024
Photo Aurélien Mole
Des instruments de musique faits de troncs d’arbre géants : c’est le projet fou et absolument poétique de Marc Lohner qui, avec son compère Thomas Lefevre, a envoûté l’entrée de l’École des beaux-arts en jouant un morceau le jour du vernissage. Au départ, le jeune artiste voulait « construire un bateau ». Une fois arrivé sur l’île d’Oléron avec ses amis, « c’est en voyant les arbres morts, grignotés par le sel et les grandes marées, le bois échoué et les formes qu’il suggérait que nous avons eu une autre idée. » Celle des instruments donc, des troncs assemblés sur lesquels ont été tendues de longues cordes – telles d’imposantes harpes organiques.
Peinture de Yanma Fofana lors de l’exposition « Félicités 2023 », 2024
Photo Aurélien Mole
Elle peint toujours des portraits de famille ou des autoportraits. Des scènes intimes dont « on sent la vulnérabilité du personnage lorsqu’il regarde l’objectif ou la caméra. C’est lié aux poses, aux regards, je crois qu’on sent la confiance entre le modèle et moi », explique-t-elle, sereine et confiante. À l’École des beaux-arts, elle expose une toute nouvelle toile de deux mètres – un zoom sur une photographie de son neveu, nourrisson habillé par sa sœur. On y retrouve ce filtre violet, sa signature, qui lui a été inspirée lors d’un séjour d’échange à Los Angeles – la couleur de la mélancolie, estime-t-elle.
Sculpture de Nina Jayasuriya lors de l’exposition « Félicités 2023 », 2024
Photo Aurélien Mole
Des santiags nonchalamment posées au sol, des tongs et claquettes, un canapé piqué de bâtons d’encens… En se rapprochant de très près, on devine enfin que les chaussures dispersées et l’interrupteur sur le mur sont des œuvres en céramique. « Les anecdotes de ma grand-mère espagnole, les décorations des tuk-tuks sri lankais ou le vieux compteur électrique de mon appartement parisien sont autant d’éléments qui coexistent dans ma pratique et nourrissent mon imaginaire », confie Nina Jayasuriya, vivant et travaillant entre la France et le Sri Lanka. Elle a fait de la grande nef du Palais des beaux-arts un étrange salon à visiter, multiculturel.
Vidéo de Joséphine Berthou lors de l’exposition « Félicités 2023 », 2024
Photo Aurélien Mole
« En Argentine, un de mes colocataires avait eu un entretien d’embauche en tant que modérateur pour Facebook », se souvient la jeune vidéaste de l’atelier de Clément Cogitore, passée par la Haute école d’art et de design de Genève. Intriguée par ce métier, souvent bénévole et transitoire qui consiste à alimenter un forum sur un site internet, un jeu vidéo, une communauté ou une discussion en ligne, Joséphine Berthou met en scène dans un court-métrage une modératrice qui parfois « chante ce qu’elle n’arrive pas à dire », déboussolée par la société contemporaine. Une œuvre critique, qui interroge autant qu’elle fait sourire.
Installation de Thomas Besset lors de l’exposition « Félicités 2023 », 2024
Photo Aurélien Mole
Observez-la quelques minutes, le temps de vous habituer à son esthétique et, surtout, le temps de la voir s’activer et jouer une partition sonore. Le sculpteur Thomas Besset a exploré le travail du métal à l’École Olivier de Serres avant d’étudier aux Beaux-Arts, mais c’est grâce aux élastomères qu’il a pu « créer des pavillons de sifflets, semblables à nos cavités buccales et nasales », fasciné par les sons produits par nos cordes vocales. Si son œuvre-machine pourrait faire penser à un piano jouant seul, elle ressemble davantage à un nouveau corps d’où jaillissent des fils de cuivre comme des vaisseaux sanguins. Un corps dont on découvrirait la mécanique et les rouages, les sons, la voix… Captivant.
Des lignes de désir - Exposition Félicités 2023
Du 24 janvier 2024 au 17 mars 2024
Beaux-arts de Paris • 13 Quai Malaquais • 75006 Paris
www.beauxartsparis.fr
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