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À Ostende, une exposition dédiée aux natures mortes d’Ensor révèle une facette méconnue du peintre

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Bas les masques : à Ostende, le peintre James Ensor révèle une facette méconnue de son art. Le Mu.ZEE consacre une exposition à ses natures mortes, et leur redonne toute leur place dans l’histoire de l’art en convoquant une quarantaine d’artistes belges des XIXe et XXe siècles.
James Ensor, Rozen (Roses)
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James Ensor, Rozen (Roses), 1892

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© Koninklijke Musea Voor Schone Kunsten Van België, Brussel. Photo J. Geleyns

Son simple nom évoque immédiatement des images de tableaux habités par des masques grimaçants et colorés… Le peintre James Ensor est en effet davantage connu pour ses visages inquiétants que pour ses natures mortes. Pourtant, ce pan négligé de sa carrière, qui représente un quart de son œuvre, est au cœur de l’exposition « Rose, Rose, Rose à mes yeux » au Mu.ZEE d’Ostende.

Pour le 75e anniversaire de la mort d’Ensor, la ville qui l’a vu naître en 1860, et où il a résidé et créé, lui rend hommage à travers de nombreuses célébrations. C’est l’occasion de découvrir d’autres facettes du travail de l’artiste, comme ce goût prononcé pour la nature morte. L’exposition présente une cinquantaine de ses tableaux et dessins, confrontés aux natures mortes d’une quarantaine d’artistes belges qui l’ont précédé, ont été ses contemporains ou ses héritiers.

James Ensor, Rode Kool En Groen Wijsglas (Chou Rouge Et Verre De Vin Vert)
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James Ensor, Rode Kool En Groen Wijsglas (Chou Rouge Et Verre De Vin Vert), 1925

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Privéverzameling © Photo Vincent Everarts

Le genre de la nature morte, florissant au XVIIe siècle, a peu à peu perdu de sa charge symbolique. Au XIXe siècle, les crânes des vanités ont laissé place à des bouquets de fleurs, plus décoratifs et correspondant davantage au goût de la clientèle bourgeoise qui achète ces tableaux pour orner ses intérieurs. Aussi, même s’il se vend très bien, le genre n’intéresse plus les critiques, ni les musées, promettant aux artistes qui s’y spécialisent l’indifférence de la postérité.

Des tableaux de « fleuristes » méprisés

C’est à ces peintres belges que le début de l’exposition rend hommage : leurs œuvres, très décoratives et de facture classique, sont pourtant d’une grande virtuosité. C’est l’occasion pour les commissaires de présenter des perles d’artistes tombés dans l’oubli, comme Jean-Baptiste Robie ou David de Noter, qui mêlent natures mortes et scènes de genre.

À gauche : Jean-Baptiste Robie, “Herfstrozen” ; À droite : David de Noter, “L’atelier de Frans Snijders”
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À gauche : Jean-Baptiste Robie, “Herfstrozen” ; À droite : David de Noter, “L’atelier de Frans Snijders”

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© Koninklijke Musea Voor Schone Kunsten Van België, Brussel. Photo J. Geleyns et © Museum Hof van Busleyden, Malines

L’exposition fait aussi la part belle aux créatrices de la fin du XIXe siècle : exclues de l’Académie et plus largement de l’espace public, les femmes peintres se sont souvent épanouies dans le genre de la nature morte. Un critique sexiste de l’époque assène d’ailleurs avec mépris : « Ceux qui pratiquent ce genre faible et creux sont pour la plupart (bien entendu) de riches demoiselles qui apprennent ce truc en même temps que la danse et le piano ».

Considérées par leurs contemporains comme d’éternelles amatrices, elles ont ensuite été effacées des livres d’histoire de l’art : aussi, fidèle à son souhait de mieux valoriser les créatrices, le Mu.ZEE – qui a consacré l’an dernier une superbe exposition monographique à l’impressionniste Anna Boch – présente des toiles des méconnues Alice Ronner, Berthe Art ou encore Louise de Hem.

Des natures plus si mortes

La nature morte, un genre propice à l’innovation ?

Parce qu’il vient de ce milieu académique, James Ensor a d’abord peint des natures mortes dans cette facture plutôt classique et décorative. Puis, comme dans tous les registres qu’il touche (portrait, paysage, scène historique…), le peintre belge renouvelle en profondeur le genre. Son style se fait de plus en plus libre, flou, expressif ; ses couleurs sont toujours plus lumineuses. Il anime ses natures plus si mortes en leur ajoutant des masques qui observent les objets, puis en basculant à la fin de sa carrière dans des toiles oniriques où les choses cohabitent avec des nymphes virevoltantes.

James Ensor, Chinoiserieën (Chinoiseries)
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James Ensor, Chinoiserieën (Chinoiseries), 1907

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Museum Dhondt Dhaenens, Deurle. Photo : Cedric Verhelst

La nature morte, un genre propice à l’innovation ? Ce paradoxe est au cœur du propos de l’exposition : en dépit de son aura conventionnelle et démodée, la nature morte devient le terrain privilégié des expérimentations formelles et plastiques des peintres avant-gardistes. Car ses ingrédients, vus et revus, sont particulièrement adaptés aux recettes innovantes, l’attention se portant davantage sur la manière de représenter que sur le sujet lui-même.

D’Ensor à Magritte, la nature morte comme laboratoire

Les innovations d’Ensor sont confrontées aux recherches d’autres artistes de son temps, notamment celles de son contemporain Léon Spilliaert. Encore plus expérimental, ce dernier isole les objets et n’hésite pas à les représenter en gros plan, ou sous des angles inhabituels. L’exposition se prolonge avec des œuvres d’artistes modernistes : là encore sujette à toutes les expérimentations, la nature morte se fait cubiste avec Marthe Donas ou surréaliste avec René Magritte.

Marthe Donas, Kubistisch Stilleven
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Marthe Donas, Kubistisch Stilleven, 1917

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Photo : Hugo Maertens © SABAM Belgium 2023

Ce chemin à travers plusieurs décennies d’évolutions de la nature morte positionne Ensor en passeur de relais, entre la peinture académique du XIXe siècle et les expérimentations les plus expressionnistes du début du XXe siècle. Quant au beau titre de l’exposition, il est tiré d’un discours d’Ensor, « Rose, Rose, Rose » étant à la fois le nom d’une femme, d’une fleur et d’une couleur. Autant de facettes, en écho à celles de cet artiste touche-à-tout et pluridisciplinaire, de ce « peintre des masques » qui ne saurait être réduit à ce seul surnom.

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Rose, Rose, Rose à mes yeux. James Ensor et la nature morte en Belgique de 1830 à 1930

Du 16 décembre 2023 au 14 avril 2024

www.muzee.be

Retrouvez dans l’Encyclo : Impressionnisme James Ensor

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