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Le Caravage, Sainte Catherine d’Alexandrie, 1598-1599
Huile sur toile • 173 × 133 cm • Coll. Museo Thyssen-Bornemisza, Madrid
Dans la Ville éternelle, le sujet est sur toutes les lèvres : l’exposition Caravage est exceptionnelle et se joue à guichets fermés jusqu’au 6 juillet. Mais elle est tellement mal éclairée que la fête en est un peu ternie. Impossible, en effet, de dire le contraire ; la « Mostra Caravaggio 2025 », soutenue par une communication tonitruante, souffre d’une terrifiante mise en lumière qui, assortie à la horde de visiteurs défilant en continu, rend difficile la contemplation des 24 tableaux réunis, tous de la main du maître, Michelangelo Merisi dit Caravage (1571–1610).
Rendant hommage à la toute première grande exposition organisée par Roberto Longhi au Palazzo Reale de Milan en 1951, qui fit date dans les études caravagesques en proposant une première reconstitution du corpus du bad boy de la peinture du XVIIe siècle, la manifestation – orchestrée par Thomas Clement Salomon, le directeur de la galerie nationale d’Art ancien – palais Barberini, Francesca Cappelletti de la galerie Borghèse et l’universitaire Maria Cristina Terzaghi – relève de l’exploit et tient ses promesses, avec un propos minimaliste : quatre salles, un déroulé simplement chronologique, et une confrontation de tableaux destinée à éclairer les spécialistes.
Le Caravage, Narcisse, 1593
Huile sur toile • 113,3 × 94 cm • Coll. Gallerie Nazionali di Arte Antica, Palazzo Barberini, Rome • © Gallerie Nazionali di Arte Antica, Roma (MiC) -Bibliotheca Hertziana, Istituto Max Planck per la storia dell’arte / Enrico Fontolan
Les œuvres proviennent d’Italie, des collections royales anglaises, des États-Unis (beaucoup), rien en revanche de Russie (pour cause de guerre) ni de France (où les Caravage seraient plus fragiles qu’ailleurs pour voyager). En 2010, L’Annonciation du musée des Beaux-Arts de Nancy avait été prêtée pour un précédent organisé aux écuries du Quirinal, qui comptait exactement le même nombre de tableau. Qu’importe. Le curieux pourra continuer à étancher sa soif de Caravage en arpentant les églises romaines (de Saint-Louis-des-Français à Santa-Maria-del-Popolo) ou encore en cheminant jusqu’à la galerie Doria-Pamphilj ou la galerie Borghèse qui, prêteuse, a tout de même conservé trois tableaux chez elle, dont son émouvante Madone des palefreniers.
Le palais Barberini, icône du baroque romain et donc cadre idoine de l’exposition, peut aussi se targuer de faire revenir en ses murs quelques tableaux des anciennes collections de l’illustre famille qui le fit construire : ainsi des Tricheurs (aujourd’hui au Kimbell Art Museum de Fort Worth), Musiciens (Metropolitan de New York) et de la Sainte Catherine d’Alexandrie (Musée national Thyssen-Bornemisza de Madrid). Mais aussi et surtout du portrait récemment redécouvert de Maffeo Barberini (1568–1644) qui deviendra pape en 1623 sous le nom d’Urbain VIII. Cette œuvre de jeunesse de Caravage, qui peignit très peu de portraits de commande, fut publiée dès 1963 par Roberto Longhi mais peu montrée au public (elle appartient à une collection florentine).
Le Caravage, À gauche, « Les Tricheurs », 1595. À droite, « Les Musiciens », vers 1597
Huiles sur toile • 94,2 x 130,9 cm / 92,1 x 118,4 cm • Coll. Kimbell Art Museum, Fort Worth. Coll. The Metropolitan Museum of Art, New York • © Art Resource / Scala presse
Accrochée en regard d’un autre portrait de Maffeo (collection Corsini), plus discuté celui-ci, la peinture, d’une très grande sobriété, irradie par le magnétisme et la gestuelle de celui qui n’était encore que clerc de la Chambre apostolique et semble, par son autorité naturelle, déjà prédit à un brillant avenir. Parmi les autres moments forts de l’accrochage, on appréciera de voir côte à côte Le Jeune Bacchus malade (galerie Borghèse), littéralement vert de dépravation, contrastant vigoureusement avec la vitalité du Garçon pelant un fruit, dit « Mondafrutto », symbole d’éphémère jeunesse. Il existe une dizaine de versions de ce magnifique tableau, ici celle du roi d’Angleterre, considérée comme la plus ancienne copie d’un original perdu, que le grand spécialiste italien Gianni Papi annonçait dernièrement avoir redécouvert dans une collection nord-européenne. À suivre.
Le Caravage, À gauche, « Le Jeune Bacchus malade » vers 1595. À droite, « Garçon pelant un fruit », 1592–1993
Huiles sur toile • 67 × 53 cm / 74,6 × 61,4 cm • Coll. Galleria Borghese, Rome. Coll. The Royal Collection Trust, Londres • Photo M. Coen
Avec les Musiciens, féerie juvénile de luthistes, et Narcisse (lui aussi débattu), cette première salle, réunissant des peintures réalisées alors que Caravage n’avait qu’une vingtaine d’années, est une ode à la jeunesse masculine. Le prêt de la première version de la Conversion de saint Paul, avec son éblouissant coup de lumière, peint vers 1604 pour Santa-Maria-del-Popolo (aux mauvaises dimensions d’où une seconde version), constitue lui aussi un événement tant il est d’ordinaire conservé jalousement par la princesse Nicoletta Odescalchi.
Plus loin, relevant avec autorité le défi de leur foi, dominent les figures féminines, dans lesquelles on retrouve l’image récurrente de la séduisante courtisane Fillide Melandroni. Après une belle série de saint Jean-Baptiste, témoignant de la capacité du peintre à se renouveler constamment à partir d’un sujet identique, le clou du spectacle est le dernier tableau du maître entré au catalogue.
Le Caravage, À gauche, « La Flagellation du Christ », 1607-1608. À droite, « Ecce Homo », 1606-1609
Huiles sur toile • 286 × 213 cm • Coll. Museo nazionale di Capodimonte, Naples. Coll. particulière • © Icon Trust
Redécouvert en Espagne en 2021, lors d’une vente publique où il était présenté avec une mise à prix dérisoire, avant d’être retiré à la demande de l’État espagnol, il avait alors largement alimenté la chronique. Une fois restauré, il fut exposé en 2024 au Prado à Madrid, avant d’être acquis de gré à gré par un collectionneur britannique résident espagnol.
Sa présentation à Rome, aux côtés de la grande et tragique Flagellation du Christ du Capodimonte de Naples, vise à en clarifier le statut. La peinture de moyen format, qui semble très documentée, figure un Ecce Homo humilié par des bourreaux qui paraissent le marchander, dans un cadrage presque photographique. D’aucuns estiment que le tableau manquerait de dramaturgie… L’avenir dira, ou pas, s’il est confirmé.
Caravaggio 2025
Du 7 mars 2025 au 6 juillet 2025
Palais Barberini • 13 Via delle Quattro Fontane • 00184 Roma
barberinicorsini.org
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