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Montauban

Bourdelle raconté par ses objets dans une émouvante expo

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Publié le , mis à jour le
Il n’y a pas qu’à Paris, où l’on vient de rouvrir son musée, qu’Antoine Bourdelle a la cote ! Le sculpteur est mis à l’honneur dans le musée qu’il partage avec Ingres, dans sa ville natale de Montauban. La « mémoire des objets » est questionnée, pour déceler ce que les reliques intimes de l’artiste racontent de son rapport à la création et au monde, ainsi que de la trace qu’il voulait laisser. Beaux Arts vous guide dans cette exposition originale.
Albert Harlingue, Antoine Bourdelle à côté de son “Autoportrait” dans l’atelier (détail)
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Albert Harlingue, Antoine Bourdelle à côté de son “Autoportrait” dans l’atelier (détail), vers 1908

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Épreuve gélatino-argentique • 17,9 × 12,9 cm • Coll. musée Bourdelle, Paris • © Paris Musées / Musée Bourdelle

Ce petit coffret a alimenté tant de mystère. Découvert dans le socle du Monument aux combattants de Montauban lors de son déplacement en 1969, on spéculait sur les lettres compromettantes pour le gratin local qu’il devait renfermer, à moins qu’il ne contienne un trésor !

Toute la légende d’Antoine Bourdelle renfermée dans une cassette rouillée. Duchamp comme Perec ont souligné l’aura acquise par les objets, les « choses » au XXe siècle… Le sculpteur montalbanais n’échappe pas à la règle.

Cassette contenant des objets ayant appartenu à Antoine Bourdelle, découverte à l’intérieur du Monument aux combattants et serviteurs du Tarn-et-Garonne
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Cassette contenant des objets ayant appartenu à Antoine Bourdelle, découverte à l’intérieur du Monument aux combattants et serviteurs du Tarn-et-Garonne, 1870–1871

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Fer • 8 × 14,6 × 12 cm • Coll. musée Ingres Bourdelle, Montauban • © Musée Ingres Bourdelle / Photo Marc Jeanneteau

« Tout est parti de la découverte de quantité d’objets modestes et sans valeur lors d’un récolement du musée Bourdelle à Paris en 2020. Cléopâtre et Rhodia [l’épouse et la fille du sculpteur] les avaient pourtant conservés et le seul fait qu’ils soient arrivés jusqu’à nous est signifiant. » C’est la genèse de l’exposition « Bourdelle, la mémoire des objets », telle que présentée par Florence Viguier-Dutheil, directrice du musée Ingres Bourdelle et l’une des commissaires : « Les objets qu’on garde ne sont jamais neutres et la recherche a consisté à tisser un fil vers l’œuvre de l’artiste. » Un thème d’exposition qui n’est pas neutre non plus, dans un musée conçu à l’origine sur le fonds d’atelier de l’autre artiste vedette, recelant aussi des objets forts tels que le fameux violon d’Ingres

Un artiste attaché à ses racines

Les attributs du sculpteur nous renseignent sur son être au monde. Bourdelle choisissait soigneusement ses tenues pour incarner l’artiste ouvrier, travaillant dans un costume bleu pastel en velours côtelé, qui nous est parvenu élimé, sale, délavé, portant les stigmates du travail manuel. Alors qu’avec l’âge il gagne en embonpoint, Bourdelle adopte une nouvelle tunique blanche qu’il dessine lui-même et qui lui donne des allures de sage. C’est dans ce bleu puis dans ce blanc qu’il figure sur ses portraits, notamment cet attendrissant Autoportrait en aquarelle qu’il dédie « À Poucette », sa fille Rhodia, d’une étrange familiarité avec le Petit Prince, que Saint-Exupéry ne devait dessiner seulement une vingtaine d’années plus tard…

À gauche, “Ensemble bleu horizon” d’Antoine Bourdelle du “Au Bon Marché” (magasins). À droite, “Autoportrait couronné d’une étoile” par Antoine Bourdelle (1922)
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À gauche, “Ensemble bleu horizon” d’Antoine Bourdelle du “Au Bon Marché” (magasins). À droite, “Autoportrait couronné d’une étoile” par Antoine Bourdelle (1922)

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Velours côtelé / Plume et encre noire, aquarelle sur papier • ensemble : 163 x 76,5 cm • Coll. Paris-Musées / Don de Mme Veuve Bourdelle, 1954 • © Paris-Musées / © Montauban, musée Ingres Bourdelle - photo Marc Jeanneteau

Cette sensibilité d’artisan, Bourdelle la tient de ses racines : avant Falguière et Rodin, son premier maître fut son père ébéniste, dont il reprend le prénom Antoine à sa mort en 1906 (le sculpteur s’appelait en réalité Émile-Antoine). Il conserve dans son atelier de la rue du Maine l’établi que son père avait amené en rejoignant son fils à Paris, comme ses réalisations : ainsi, c’est dans l’inconfortable fauteuil « néogothique » que Bourdelle fait poser Marcelo de Alvear, nouveau président de l’Argentine en 1922.

Anonyme, Syrinx du grand-père chevrier d’Antoine Bourdelle
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Anonyme, Syrinx du grand-père chevrier d’Antoine Bourdelle, non daté

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Bois • 9,2 × 6,8 × 0,8 cm • Coll. musée Bourdelle, Paris • © Paris Musées / Musée Bourdelle

Un attachement aux racines fondamental pour celui qui affirme sculpter « en langue d’oc », cultivant son accent et chantant les airs occitans à sa fille derrière son harmonium, de sa voix de baryton. Bourdelle ne clame pas seulement être fils d’ébéniste : il est aussi petit-fils de chevrier, conservant la syrinx, sifflet de bois que le grand-père utilisait pour mener les troupeaux. Le sculpteur suit ses pas en menant la vie pastorale dans les alpages en 1908, au cours d’un été où il se prend d’amitié sincère pour un bélier à propos duquel il avouera sur son lit de mort que son plus grand regret est de n’avoir pas pu le sauver de l’abattage. Cet ancrage à la terre le ramenait-il à une forme d’âge d’or ? Serait-il une caution de sincérité pour celui qui dispute à Maillol la plus fine compréhension de l’art grec ?

De précieux témoignages

Les objets, ce sont aussi plus simplement les outils : ceux de la taille et du modelage, avec lesquels l’artiste aime se mettre en scène dans son combat avec la matière, à moins qu’il ne la prête aux mains d’une jeune élève grecque qui devait devenir sa femme, Cléopâtre Sevastos, dans une statuette de 1906. La palette d’aquarelle et le meuble à pastels sont aussi là pour témoigner de l’attrait du sculpteur pour la couleur, tandis que l’appareil rétractable rappelle les essais de Bourdelle dans la photographie autour de 1900, loin d’être anecdotiques.

La collection de Bourdelle n’a pas l’ampleur de celle de Rodin, mais les moulages de marbres d’Olympie et la prééminence de l’art médiéval dans ce même fonds de moulage trahit son goût de l’art roman, autre signe d’ancrage à son Quercy natal. En outre, Bourdelle avait commandé des empreintes de sculptures de la cathédrale de Reims, et notamment une épreuve du David qui a disparu pendant la guerre : cet aspect de la collection conserve un intérêt mémoriel majeur.

Les outils et objets d'Antoine Bourdelle, À gauche, “Maillet et ensemble d’outils pour la taille”. À droite, “Appareil photo rétractable”
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Les outils et objets d'Antoine Bourdelle, À gauche, “Maillet et ensemble d’outils pour la taille”. À droite, “Appareil photo rétractable”

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Bois, métal, tissu / Bois, métal, verre et cuir • diverses dimensions / 32 × 26 × 11,6 cm ; profondeur ouvert : 51,2 cm • Coll. musée Bourdelle, Paris • © Paris Musées - Musée Bourdelle

C’est dans la mort que les objets acquièrent le plus d’aura, demeurant comme traces de l’ultime présence de l’artiste. En témoignent ces statuettes que des mains fatiguées exécutèrent dans le jardin du fondeur et ami Rudier au Vésinet durant l’été 1929 – le sculpteur meurt le 1er octobre de la même année. Une main toujours vive, encore alerte, saisie sur le vif quelques semaines avant le décès de Bourdelle, en un plâtre dont un tirage fut assemblé par Cléopâtre au masque mortuaire de l’artiste, dans un émouvant reliquaire.

Quant à la petite cassette contenue dans le monument, son histoire ne s’arrête pas là ! En 1969, les meilleurs spécialistes de l’effraction sont mobilisés afin de venir à bout de la serrure rouillée pour révéler qu’aucun brûlot n’y reposait, ce qui est de nouveau confirmé en 2023 alors que le musée Ingres Bourdelle et sa directrice ont de nouveau fait ouvrir la boîte… Celle-ci ne contient finalement que huit pièces et médailles dont la seule valeur est… sentimentale.

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Bourdelle, la mémoire des objets

Du 8 juillet 2023 au 12 novembre 2023

museeingresbourdelle.com

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L’exposition voyagera ensuite à Paris, du 3 avril 2024 au 18 août 2024.
Musée Bourdelle, 18, rue Antoine Bourdelle, 75015 Paris
bourdelle.paris.fr

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Le musée Ingres Bourdelle - Montauban

Installé dans le palais épiscopal de Montauban, l’ancien musée Ingres conservant le fonds d’atelier de l’icône locale est devenu le musée Ingres Bourdelle depuis sa réouverture en 2019. Un musée qui vaut le détour pour les personnes découvrant la région, qui y trouveront, à travers le parcours clair et la médiation soignée, de quoi nourrir leur connaissance de l’art des XIXe et XXe siècles.

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Anne et Patrick Poirier, Un miroir du monde

Du 8 juillet 2023 au 15 mai 2024
Le célèbre couple d’artistes investit les niveaux inférieurs avec les collections archéologiques par une série d’installations mêlant extraits littéraires en lettres de néon, corbeaux empaillés, verre brisé et vitrines insolites pour parler d’anthropocène et de fin du monde, dans une atmosphère aussi pesante qu’hypnotisante.

museeingresbourdelle.com

Retrouvez dans l’Encyclo : Antoine Bourdelle

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