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SCULPTURE

Au musée d’Art moderne de Paris, se révèle le grand sculpteur suisse Hans Josephsohn

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Publié le , mis à jour le
Jusqu’au 16 février 2025, le musée d’Art moderne de Paris présente la première rétrospective en France du sculpteur suisse Hans Josephsohn (1920–2012). Parce qu’il a toujours fasciné les artistes, même avant son succès tardif à 80 ans, le commissariat a été confié au célèbre peintre allemand Albert Oehlen, l’un de ses plus grands admirateurs. Le résultat est d’une puissance rare.
Vue de l’exposition “Josephsohn vu par Albert Oehlen” au MAM Paris
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Vue de l’exposition “Josephsohn vu par Albert Oehlen” au MAM Paris, 2024

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© Pierre Antoine / MAM Paris

Un parcours ouvert, blanc immaculé, baigné d’une lumière zénithale. Rien d’original pour une exposition d’art moderne, certes, mais sans doute le meilleur moyen de rendre hommage aux œuvres magistrales de Hans Josephsohn : beaucoup de figures féminines, debout, assises, allongées, de grandes silhouettes qui imposent une halte, un silence.

Faites de plâtre appliqué à la spatule, elles vibrent à l’œil, leur chair comme modelée, verticales et solennelles à la manière des statues funéraires égyptiennes. « Je ne voulais rien d’extrême dans la scénographie, parce que les œuvres parlent déjà d’elles-mêmes », nous confie le peintre Albert Oehlen, aidé au commissariat par Jessica Castex. « Je ne suis pas un expert mais j’ai mon point de vue », confie celui qui voulait éviter la narration, prouver la fraîcheur et la modernité de ce travail méconnu en France.

Vue de l’exposition « Josephsohn vu par Albert Oehlen » au MAM Paris
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Vue de l’exposition « Josephsohn vu par Albert Oehlen » au MAM Paris, 2024

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© Pierre Antoine / MAM Paris

Le contexte historique est donc évoqué sans lyrisme. Et pourtant… Hans Josephsohn naît en 1920, dans l’actuelle Kaliningrad russe – alors province allemande de la Prusse orientale – au sein d’une famille juive, menacée bientôt par le nazisme et ses persécutions. Empêché d’entrer en école d’art, il obtient une bourse artistique à Florence en 1938, mais dès l’automne, la promulgation des lois raciales l’oblige à quitter l’Italie.

La sculpture comme « pays d’origine »

Hans Josephsohn dans son atelier
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Hans Josephsohn dans son atelier, 2004

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© Katalin Deér, KesselhausJosephsohn

Direction la Suisse, Genève puis Zurich. Déraciné, il ne reverra jamais ses parents, tués dans les camps, et sera lui-même retenu temporairement dans un camp de réfugiés. Avec la sculpture comme « pays d’origine » selon ses termes, il est rapidement accueilli dans l’atelier du sculpteur suisse Otto Müller (1905–1993) puis, en 1943, s’installe dans son propre atelier. C’est au cours de cette année qu’il rencontre le modèle Mirjam Abeles, sa future épouse.

« Chaque fois que je voyais un modèle mince, svelte et très belle, j’avais l’irrésistible envie de la réduire à l’extrême, ou de la transformer de telle manière qu’il ne reste plus que le noyau de cette chose. » Transcender la beauté, capter l’essentialité de son modèle, telle est son intention première. Styliser, simplifier. À la fin de la guerre, il voyage à Londres, passe au British Museum où il s’émerveille devant l’art égyptien et assyrien, en recopie même des bas-reliefs. En rentrant, il épure et allonge encore ses figures, fusionne les pieds et le socle à la manière des statues égyptiennes.

Atelier de Hans Josephsohn
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Atelier de Hans Josephsohn, 2006

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© Katalin Deér, Kesselhaus Josephsohn

Parfois comparé à Alberto Giacometti (1901–1966), il partage avec lui le désir de restituer une présence, d’ériger des apparitions. Comme celle, inoubliable, de ce géant au dos courbé – l’une des seules figures masculines du parcours – dont le modèle est un ouvrier qui tirait souvent un chariot de linge devant l’atelier de l’artiste…

Des figures magnétiques

On s’arrêtera aussi devant un nu couché, celui de Ruth Jacob, jeune modèle qui deviendra la compagne du sculpteur, puis face aux études de têtes [ill. en Une] – posées sur des étagères comme dans les réserves du Kesselhaus Josephsohn de Saint-Gall (lieu de conservation en Suisse de ses archives mais aussi fonderie d’art et espace de résidences d’artistes) – qui prouvent le talent du maître.

Vue de l’exposition « Josephsohn vu par Albert Oehlen » au MAM Paris
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Vue de l’exposition « Josephsohn vu par Albert Oehlen » au MAM Paris, 2006

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© Pierre Antoine / MAM Paris

Elles nous préparent à celles de la dernière salle qui flirtent avec l’abstraction : de massifs blocs monolithiques près desquels on joue à déceler un menton, un nez, une bouche. On imagine l’artiste retirer de la matière, en rajouter, hésiter, recommencer, couler le laiton. Pour l’anecdote, l’une de ces têtes provient directement du salon d’Albert Oehlen. C’est là que Cornelius Tittel, rédacteur en chef de Blau International invité par le musée d’Art moderne de Paris, a proposé au peintre d’assurer le commissariat.

Voilà donc comment, 22 ans après sa première grande rétrospective au Stedelijk Museum d’Amsterdam, le sculpteur se dévoile enfin au public français, avec sa magie intacte, l’indéniable magnétisme de ses figures humaines, graves, indéchiffrables. Comme s’il avait appris toute sa vie durant, pétri de ses traumatismes de jeunesse, à sculpter la pesanteur de l’être.

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Josephsohn vu par Albert Oehlen

Du 11 octobre 2024 au 16 février 2025

www.mam.paris.fr

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