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Des pompons de rideau pour parer une veste : Dries Van Noten, automne-hiver 2025-2026, la première collection présentée en mars dernier à l’Opéra de Paris par Julian Klausner pour la maison flamande.
© GoRunway
« Derrière le rideau » était le nom donné par Julian Klausner à sa première collection pour Dries Van Noten, présentée en mars dernier à Paris, riche en textures et en couleurs soyeuses, serties et rebrodées. Ayant choisi le Palais Garnier pour décor, il n’a pas hésité à capitonner son inspiration flamande de manteaux tapisserie, de ceintures à pompons, d’embrasses à glands.
Tout se passe comme si l’Europe, dans sa quête identitaire, allait puiser avec les Arts décoratifs à la source de sa propre histoire. On explore désormais le grenier des splendeurs. Même la chaise s’invite dans les défilés : la Bruxelloise Marie Adam Leenaerdt – qui a créé sa marque en 2022 – avait choisi une galerie de mobilier vintage pour faire asseoir ses invités et leur présenter des robes découpées dans des nappes anciennes : « Avec la mode, on a perdu le sens du temps, qui perdure dans le mobilier, le design. »
Dans une sorte de mise en demeure, l’upcycling retrouve donc le chemin de la maison. Loin des convulsions politiques, l’art de vivre et celui de recevoir reviennent au goût du jour. « Les commencements de l’architecture coïncident avec ceux du textile », affirmait déjà l’architecte allemand Gottfried Semper dans Der Stil (1860).
En 1910, le couturier Paul Poiret et le peintre Raoul Dufy créaient un atelier d’impression de tissu, La Petite Usine : c’est là que l’artiste dessinait les motifs et gravait les bois utiles à l’impression. Deux ans plus tard, il signait un contrat avec le tisseur lyonnais Bianchini Férier : « Que d’échos cette période passionnante de ma vie ne réveille-t-elle pas en moi ! Grâce à Poiret et à Bianchini Férier, j’ai pu réaliser cette relation de l’art et de la décoration, surtout montrer que la décoration et la peinture se désaltèrent à la même source. »
L’heure est désormais aux inventaires : « Comment les archives d’hier influencent-elles nos choix de design de demain ? », se demande le styliste Alphonse Maitrepierre, avec sa collection « Future Memory ». Découpes laser florales sur brocarts d’ameublement des années 1920, jacquards usés et tailladés témoignent de ces explorations domestiques.
Dans un jeu d’écho, les stylisations ornementales se multiplient, mettant à l’honneur le mobilier d’artistes et de designers édité en pièce unique ou en série limitée. Le savoir-faire artisanal est mis en avant par les ferronniers, tapissiers, ébénistes ; les exercices de style se multiplient, des sculptures de cuivre crochetées comme de la dentelle de la plasticienne Marta Blanc aux chaises « Arlequin » de Richard Peduzzi, tendues de velours de soie.
C’est chez Féau Boiseries (1875) – la plus importante collection privée au monde de panneaux, boiseries, panneaux anciens et décors – que le marchand Invisible Collection a choisi de présenter « le Banc sans fin » d’Elliott Barnes (avec son assise en cuir plissé), la table d’appoint « Rhino » de Laura Demichelis (dont la texture imite la peau de l’animal), le généreux fauteuil « Monte » de Garcé & Dimofski (moussu comme la toison d’un mouton).
On y parle d’un « retour à la matérialité ». À la galerie Karsten Greve, les photographies de Robert Polidari explorent dans une splendeur intimiste les travaux de rénovation du château de Versailles. L’objectif devient pinceau de lumière ; les corniches, les motifs, les portières de damas et les tentures polychromes semblent surgis d’un tableau.
L’automne prochain, le centième anniversaire de l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes, qui s’était tenue à Paris, sera l’occasion de réaffirmer davantage ces liens. Déjà, en janvier dernier, Véronique Nichanian, directrice des collections masculines d’Hermès, proposait un vestiaire fait pour être « habité », et chez Lanvin, Peter Copping renouait avec la grande tradition insufflée par Jeanne Lanvin. C’est avec elle, en autres, que la haute couture, jusque-là souvent considérée comme une industrie, s’est notamment imposée comme un art.
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