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Cézanne face à Renoir : les collections de l’Orangerie voyagent à la fondation Pierre Gianadda

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À Martigny, la fondation Pierre Gianadda frappe fort avec son exposition d’été qui confronte deux titans de l’art moderne : Auguste Renoir et Paul Cézanne. Deux artistes que tout semble opposer mais qui ont pris leurs distances avec l’impressionnisme pour s’intéresser à l’art classique. Visite d’une exposition à la formule un peu trop figée dans le temps…
À gauche, “Jeunes filles au piano” d’Auguste Renoir (vers 1892). À droite, “Madame Cézanne au jardin” de Paul Cézanne (vers 1880)
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À gauche, “Jeunes filles au piano” d’Auguste Renoir (vers 1892). À droite, “Madame Cézanne au jardin” de Paul Cézanne (vers 1880)

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Huile sur toile • 116 x 81 cm / 80 x 63 cm • Coll. musée de l'Orangerie • © RMN-Grand Palais - presse / Photo Franck Raux

Ils succèdent à Modigliani, Picasso, Rodin et Dubuffet sur la rangée de hauts panneaux qui longent l’avenue où se trouve le musée de béton. Le fond noir de l’affiche est placardé d’un titre court en gros caractères blancs. Une charte graphique inchangée depuis l’ouverture du centre d’art suisse en 1978 : pas de doute, nous sommes bien à la fondation Gianadda. Un lieu de caractère, ancré dans son époque et marqué du sceau de son fondateur : le regretté Léonard Gianadda, disparu en décembre dernier.

Auguste Renoir (1841–1919) et Paul Cézanne (1839–1906) ont déjà été mis en avant ici-même, mais séparément. Pourquoi les rassembler aujourd’hui ? Quoi de commun entre le premier, coloriste, peintre de la douceur à la touche brumeuse, et le second, grand synthétiste, à l’épure des formes pionnière du cubisme ?

Des figures de marginaux

« Ce sont les deux grands noms des pères de la peinture figurative moderne, le cœur de la collection Walter-Guillaume qui précèdent Utrillo, Matisse, Derain et Picasso. »

Cécile Girardeau

Tous deux font justement figures de marginaux dans la nébuleuse impressionniste. Plus concrètement, l’argument de départ vient de la principale institution prêteuse de l’exposition : le musée de l’Orangerie. Comme de coutume, Gianadda expose une collection cohérente, celle constituée par Paul Guillaume et son épouse Domenica Walter Guillaume, dans laquelle les deux maîtres ont un rôle clé : « Ce sont les deux grands noms des pères de la peinture figurative moderne, le cœur de la collection Walter-Guillaume [noyau de la collection de l’Orangerie] qui précèdent Utrillo, Matisse, Derain et Picasso », selon Cécile Girardeau, conservatrice à l’Orangerie et commissaire de l’exposition.

À gauche, “Le Poirier d’Angleterre ou Le Verger à Louveciennes” d’Auguste Renoir (vers 1873). À droite, “Paysage au toit rouge ou Le Pin à l’Estaque” de Paul Cézanne (entre 1875 et 1876)
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À gauche, “Le Poirier d’Angleterre ou Le Verger à Louveciennes” d’Auguste Renoir (vers 1873). À droite, “Paysage au toit rouge ou Le Pin à l’Estaque” de Paul Cézanne (entre 1875 et 1876)

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Huile sur toile • 66,5 x 81,5 cm / 73 x 60 cm • Coll. musée de l'Orangerie • © RMN-Grand Palais - presse / Photo Patrice Schmidt ; Hervé Lewandowski

Le parcours se veut chrono-thématique, ce qui fonctionne dans la mesure où les deux peintres ont excellé dans les mêmes genres : le paysage, la nature morte, le portrait et le nu. Dès les paysages des années impressionnistes, deux méthodes opposées se révèlent pourtant. Cézanne traite la nature en volumes simples et efficaces (Paysage au toit rouge ou le Pin à l’Estaque) quand Renoir se plaît à décrire des feuillages foisonnants par une touche en virgules, trop souvent réduite à une émule de Claude Monet (Le Poirier d’Angleterre ou le Verger à Louveciennes). Dans le portrait, Renoir est en quête de l’instant (Jeunes filles au piano) quand Cézanne fixe les traits les plus permanents du modèle pour en dresser le caractère (Madame Cézanne au jardin). Ce contraste est plus frappant encore dans l’intimité, à travers les touchantes représentations des fils des artistes.

La volonté d’un nouveau classicisme

« Cézanne dépeint un corps féminin et masculin construit et charpenté, quand Renoir s’attache aux carnations, à l’intégration du corps de la femme dans la nature. »

Cécile Girardeau

Dans les années 1880, Cézanne et Renoir affirment leur indépendance et, par le nu, veulent inventer chacun un nouveau classicisme en s’inspirant d’Ingres. Pourtant, leurs voies continuent de dévier. « Cézanne dépeint un corps féminin et masculin construit et charpenté, quand Renoir s’attache aux carnations, à l’intégration du corps de la femme dans la nature », décrit Cécile Girardeau. Les deux maîtres veulent réconcilier ligne et coloris, tout en gardant un langage distinct.

À gauche, “Pêches” d’Auguste Renoir (1881). À droite, “Vase paillé, sucrier et pommes” de Paul Cézanne (entre 1890 et 1894)
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À gauche, “Pêches” d’Auguste Renoir (1881). À droite, “Vase paillé, sucrier et pommes” de Paul Cézanne (entre 1890 et 1894)

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Huile sur toile • 38 x 47 cm / 36 x 46 cm • Coll. musée de l'Orangerie • © RMN-Grand Palais - presse / Photo Hervé Lewandowski

Poussée à l’extrême, cette idée amène tout naturellement à une comparaison conclusive des deux anciens avec Picasso, double face-à-face un peu téléphoné dans le cas de Cézanne, utile pour Renoir qui a bien inspiré par ses nus peints et sculptés le Picasso ingresque des années 1920 – tant aimé de Paul Guillaume. Il faut souligner également quelques moments de grâce, quand sont rapprochés deux fragments d’une même toile que Cézanne avait découpée pour en tirer deux natures mortes (Fleurs et fruits et Fleurs dans un vase bleu), et lorsque le pinceau de Renoir excelle à rendre le toucher duveteux de Pêches.

Ouvrir un nouveau chapitre

Pour le public français, l’exposition sera surtout l’occasion de redécouvrir un Renoir avec lequel il est parfois injustement fâché. Le déplacement offre surtout l’opportunité de voir ensemble des œuvres dont beaucoup dorment habituellement dans les réserves des musées parisiens. Est-ce pourtant le meilleur lieu pour réunir ces chefs-d’œuvre ? De l’atrium obscur et imposant privé de lumière naturelle aux sacs en plastique imprimés de la boutique de souvenirs, de la contrainte du parcours circulaire où l’on joue des coudes jusqu’à la cuvée spéciale de vin du Valais en vente au bar, les années passent mais le lieu ne change pas.

Projet porté par Léonard Gianadda et repris par son fils François – comme la fondation –, « Cézanne – Renoir, regards croisés » s’inscrit dans la lignée de ces expositions monographiques d’artistes stars qui s’appuient sur des prêts impressionnants depuis les années 1970. La formule correspond-elle encore à ce qu’on attend d’une exposition en 2024 ? Dans le corridor qui mène au second sous-sol, on respire devant l’hommage rendu au regretté maître des lieux. Une exposition pleine d’humour confronte les prises de vue du photo-reporter qu’il était dans sa jeunesse avec des cases d’albums de Tintin… Une présentation certes sans planche originale, sans prétention, mais pleine d’allant, qui montre peut-être le chemin à suivre pour ouvrir un nouveau chapitre.

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Cézanne – Renoir, regards croisés, chefs-d’œuvre des collections des muses de l’Orangerie et d’Orsay

Du 12 juillet 2024 au 19 novembre 2024

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Voir aussi :

Du 12 juillet au 19 novembre 2024

“Léonard Gianadda sur les traces de Tintin : dialogues d’images autour du monde”

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