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À gauche, “Femme lisant” d’Henri Matisse (1922). À droite, “Nu de profil” de Pierre Bonnard (vers 1917)
Huile et crayon sur toile / Huile sur toile • 73 x 60 cm / 103 x 52,5 cm • Coll. des Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles / musée Bonnard, Le Cannet • © Succession H. Matisse / Photo J. Geneyns / © Musée Bonnard / Photo Yves Inchierman
« Pierre Bonnard est-il un grand peintre ? », s’interroge dans un article publié en 1947 dans Cahiers d’Art le critique d’art Christian Zervos. « Oui ! Je certifie que Pierre Bonnard est un grand peintre pour aujourd’hui et sûrement pour l’avenir », annote à la main Henri Matisse, dans la marge d’un exemplaire de la vénérable revue, un an après la mort du nabi. Ce message vient droit du cœur, et pour cause : le maître du fauvisme vouait à ce dernier une profonde admiration ; une estime réciproque qui, 40 années durant, fit le sel de leur amitié, aujourd’hui au cœur d’une riche exposition à la fondation Maeght.
Si différents et pourtant si proches… Nés à deux ans d’écart, Henri Matisse (en 1869) et Pierre Bonnard (en 1867) ont mené leur carrière en parallèle, fréquentant les mêmes cercles. S’ils ne se sont rencontrés qu’en de rares occasions, tantôt à Paris, à Nice ou au Cannet, les peintres ont en revanche échangé de nombreuses lettres, dont la première qui nous soit parvenue est cette carte postale d’Amsterdam que Matisse adresse à Bonnard en inscrivant au verso : « Vive la peinture ! ».
Le parcours foisonnant de l’exposition ne cherche pas à opérer de comparaison entre les deux maîtres de la peinture, mais plutôt des rapprochements.
Tout commence chez Bernheim-Jeune à l’aube du XXe siècle. Bonnard y expose depuis près de trois ans lorsque Matisse y signe son premier contrat en 1911. Très vite, les artistes font connaissance et s’achètent mutuellement : Henri Matisse acquiert La Soirée au salon (1907), Pierre Bonnard la Fenêtre ouverte (1911). À la fondation, un autre personnage s’immisce dans cette belle histoire d’amitié : Aimé Maeght, qui rencontre d’abord Bonnard en 1936 à Cannes avant que celui-ci ne le mette ensuite en relation avec Matisse en 1943.
À gauche, « Le Buisson » d’Henri Matisse (1951). À droite, « L’amandier en fleurs » de Pierre Bonnard (1946)
Encre et gouache sur papier / Huile sur toile • 149 × 149 cm / 54,5 × 37,5 cm • Coll. Adrien Maeght, Saint-Paul-de-Vence / Centre Pompidou,MNAM-CCI, Paris • © Succession H. Matisse / Dist. RMN-Grand Palais – presse / Photo Centre Pompidou, MNAM-CCI
Riche de 300 œuvres, pour beaucoup issues de collections privées, le parcours foisonnant de l’exposition ne cherche pas à opérer de comparaison entre les deux maîtres de la peinture, mais plutôt des rapprochements, tantôt d’ordre biographiques, tantôt esthétiques. Les coïncidences sont parfois troublantes, à commencer par leur entrée en peinture, un choix de carrière aux antipodes de la voie qui leur semblait toute tracée : lorsque Bonnard, alors jeune avocat, prête serment, Matisse débute la même année sa carrière de clerc d’avoué… Ils se retrouveront par la suite sur les bancs de l’Académie Julian, en 1887 pour le premier et 1891 pour le second.
Un autre de leur grand point commun : tous deux sont bien entendu éblouis par la lumière du sud de la France. Pour Matisse, la révélation a lieu en 1898 en Corse, ce pays où « tout brille, tout est couleur, tout est lumière ». Bonnard effectue quant à lui un premier voyage dans le sud en 1904, entre Saint-Tropez et Monaco, puis achète près de 20 ans plus tard une maison au Cannet. Bien que radicalement différente, leur approche picturale exalte l’une et l’autre la douceur de vivre et l’harmonie colorée des paysages méditerranéens.
Pierre Bonnard, L’Été, 1917
Huile sur toile • 260 × 340 cm • Coll. Fondation Maeght • © Archives Fondation Maeght / Photo Claude Germain
Goût immodéré pour la couleur, mais aussi la nature, les corps dansants ou encore les expérimentations graphiques (Bonnard s’est essayé à l’art de l’affiche quand Matisse a réalisé une quinzaine d’ouvrages illustrés)… Les points de rencontre, au fil du parcours, se révèlent nombreux. L’un des plus évidents demeure sans doute la place prépondérante qu’occupe le modèle féminin dans leur œuvre respective, bien que leur approche, là encore, diffère. Bonnard, très tôt, ne peint presque exclusivement que sa femme Marthe, qu’il saisit à la dérobée, lorsqu’elle est affairée à sa toilette ou qu’elle apparaît nue, quasiment évanescente, à travers l’embrasure d’une porte.
Matisse, de son côté, affirme : « Mes modèles, figures humaines, ne sont jamais des figurantes dans un intérieur. » Contrairement à son ami, il se plante face à son modèle immobile et réalise de nombreux croquis au fusain, avant qu’il ne se « décide pour lui fixer la pose qui correspond le plus à son naturel […] ». Le secret de la longévité de leur amitié ? Sans doute, justement, leurs nombreuses différences, dont ils ont nourri chacun leur peinture. Matisse et Bonnard, le fauve et le nabi, amis pour la vie !
Amitiés, Bonnard-Matisse
Du 29 juillet 2024 au 6 octobre 2024
Fondation Maeght • 623 Chemin des Gardettes • 06570 Saint-Paul-de-Vence
www.fondation-maeght.com
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