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Olafur Eliasson, Viewing machine, 2001-2003
Helsinki Biennial, Vallisaari Island • Photo HAM / Helsinki Biennial / Maija Toivanen
Pour commencer, il faudra prendre un bateau. Le trajet n’est pas très long, mais il suffit pour se déconnecter de l’agitation de la ville, sentir le vent, se pencher par-dessus le bastingage, s’étourdir dans l’écume, et enfin arriver sur l’île Vallisaari. C’est ici, sur ce morceau de terre touffu et verdoyant, que l’aventure de la Biennale d’Helsinki a commencé il y a quatre ans.
Anciennement occupée par les militaires, l’île n’a pas été choisie par hasard : sa biodiversité est extraordinaire, et elle porte un peu de l’histoire de la Finlande, intégrée au royaume de Suède du XIIIe au début du XIXe siècles, puis occupée par les Russes de 1808 à 1917. Désormais, c’est la nature qui s’empare petit à petit de ses fortifications et ses anciennes réserves de minutions, et redevient souveraine.
Unique lieu de la première édition avant de se voir compléter, en 2023, du Helsinki Art Museum (HAM) et, en 2025, du parc de l’Esplanade, l’île s’arpente entièrement à pied, et révèle une expérience absolue de l’art en pleine nature. Pour accueillir les visiteurs, une forêt de sapins de l’artiste finlandaise Pia Sirén fait office d’entrée monumentale.
Pia Sirén, Under Cover, 2025
Helsinki Biennial, Vallisaari Island • Photo HAM / Helsinki Biennial / Maija Toivanen
Plutôt que de bois et d’épines, les arbres sont faits de grandes bâches plastique suspendues sur des échafaudages, et suggèrent une transition en douceur entre l’espace de la ville tout juste quitté, avec ses matériaux artificiels et sa fonctionnalité, et la nature grandiose qui nous attend.
nabbteeri, a suitable host, 2025
Helsinki Biennial, Vallisaari Island • Photo HAM / Helsinki Biennial / Sonja Hyytiäinen
Grandiose, certes, mais pas inhabitée, on l’a dit, puisque de nombreuses constructions subsistent : sur l’une d’entre elles, une ancienne école encore marquée par l’intervention de la peintre Katharina Grosse lors de la dernière édition, le collectif nabbteeri est intervenu en parasite.
Les artistes ont glané des milliers de branches mortes pour recouvrir entièrement le bâtiment. Inhabitable, inapprochable même, celui-ci semble avoir été capturé par la nature, englouti par sa force… Rappelant une expression bien connue : « La nature reprend ses droits. »
Nomeda & Gediminas Urbonas, Futurity island, 2018–2025
Helsinki Biennial, Vallisaari Island • Courtesy Blackwood Gallery, Mississauga / Photo HAM / Helsinki Biennial / Maija Toivanen
Cela sera sans doute aussi le cas pour l’installation monumentale de Nomeda & Gediminas Urbonas, composée de dizaines d’impressionnants tuyaux d’évacuation, anciennement utilisés pour assécher les sols et qui reprennent ici la forme des abris des larves d’hydropsyche. Si les visiteurs peuvent s’y asseoir et y discuter (des cours s’y sont tenus), l’idée des artistes – également chercheurs et éducateurs – est surtout d’offrir la structure aux insectes, qui peuvent la coloniser, l’habiter, entendre leurs chants amplifiés.
À deux pas de là, un petit bâtiment abrite un abécédaire de Katie Holten, dont chaque lettre désigne une plante trouvée sur l’île. Modeste, cette installation touche pourtant au cœur, car elle propose un apprentissage de la lecture (donc de la connaissance) à partir de la nature – mieux, de fleurs et de plantes communes, qui peuplent l’île sans qu’on leur prête nécessairement une grande attention.
Katie Holten, Learning To Be Better Lovers (Forest School), 2025
Helsinki Biennial, Vallisaari Island • Photo HAM / Helsinki Biennial / Maija Toivanen
Autre œuvre modeste, la collection infime de Kristiina Koskentola qui aligne, comme des trésors, des choses minuscules, des petits bouts de rien. Tous lui ont été offerts par des corbeaux qu’elle prend soin de nourrir dans un jardin proche de chez elle…
En se baladant sur l’île, toutes sortes d’impressions surgissent – visuelles, tactiles, mais aussi odorantes. Raimo Saarinen a ainsi dissimulé dans les bosquets une œuvre invisible, composée de trois senteurs de plante différentes (lavande, eucalyptus, jasmin). Saisi par l’odeur, le visiteur s’arrête, regarde autour de lui ; et observe, sans y trouver d’œuvre, la nature foisonnante. Avant de reprendre le bateau pour Helsinki, une Viewing Machine d’Olafur Eliasson incite à placer la tête dans une sculpture mobile et miroitante, pour observer l’horizon diffracté.
Une fois revenu en ville, la nature convoquée par les artistes apparaît mise en scène, amplifiée, exagérée. C’est, dans le parc de l’Esplanade, un arbre sculpté minutieusement par Giuseppe Penone, portant entre ses branches une sphère parfaitement ronde, comme si la Lune s’était posée sur la Terre. C’est aussi, au sein du HAM, une fleur géante et exubérante signée Yayoi Kusama, artificielle et brillante comme un bonbon.
Giuseppe Penone, Luce e Ombra, 2014
Helsinki Biennial, Esplanade Park • Courtesy Marian Goodman Gallery, Paris-New York / Photo HAM / Helsinki Biennial / Sonja Hyytiäinen / © Adagp, Paris 2025
Plus loin, on s’arrête devant les étranges et émouvants lapins de bronze doré aux oreilles élancées de Theresa Traore Dahlberg, inspirés par les contes de sa grand-mère… Finalement, c’est peut-être là, dès ce folklore de l’enfance, que se niche notre lien si tendre à la nature. Dont il s’agit, une fois parvenu à l’âge adulte, de prendre soin.
Biennale d'Helsinki 2025
Du 8 juin au 21 septembre 2025
Plus d’informations sur le site de la Biennale d’Helsinki
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