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Barbara Chase Riboud avec “La Musica Josephine Red/Black”, 2021
Exposition Cité de la musique, 2024 • © Grace Roselli
« Je ferais n’importe quoi pour ne pas être rangée sous un stéréotype. » Née en 1939 à Philadelphie, Barbara Chase-Riboud a cassé bien des codes en devenant l’artiste de toutes les premières fois. L’union de huit musées parisiens (le Louvre, Orsay, Guimet, le quai Branly, la Philharmonie, le palais de la Porte-Dorée, le Palais de Tokyo et le Centre Pompidou) autour d’une seule et même exposition monographique ? L’événement est inédit !
C’est elle aussi qui a été la plus jeune artiste (15 ans) à intégrer la collection du MoMA. C’est elle, encore, la première artiste femme vivante à avoir été honorée d’une rétrospective au Metropolitan Museum de New York, en 1999. On le comprend en lisant le grand entretien mené avec elle par le curateur Guillaume Désanges, dans le cadre du prix d’honneur AWARE qu’elle a reçu en 2021 : l’artiste est brillante, pionnière.
« Il fallait célébrer Barbara Chase-Riboud à Paris, et montrer les différentes relations qu’elle a avec la ville et ses institutions. »
Donatien Grau
Multiple, aussi. En parallèle de sa pratique de la sculpture (mais jamais en même temps, explique-t-elle), Barbara Chase-Riboud écrit des poèmes et des ouvrages de fiction. En 1979, poussée par son éditrice Toni Morrison, elle publie un roman, La Virginienne (1981), autour de la liaison entre le président américain Thomas Jefferson et Sally Hemings, une femme noire asservie. Un livre qui, malgré l’énorme scandale engendré, se vendra à un million d’exemplaires !
Barbara Chase Riboud, Les Nageurs, vers 1972. Exposition musée d’Orsay, Paris
Aluminium et soie • 300 × 300 × 12 cm • Coll. Centre National Des Arts Plastiques et Time Wom • © Barbara Chase Riboud / Cnap
Pourtant, son travail demeure mal connu en France, qui ne l’a pas exposé depuis 1974 (au musée d’Art moderne de Paris), alors qu’elle y a emménagé en 1961. Récemment, on l’aura pourtant vu à la Pulitzer Arts Foundation dans le Missouri, au MoMA face à Giacometti, à la Serpentine Gallery de Londres… « Il fallait la célébrer ici, appuie Donatien Grau, co-commissaire de l’exposition. Et montrer les différentes relations qu’elle a avec Paris et ses institutions. » Il est aussi question, nous précise Erin Jenoa Gilbert, co-commissaire du projet, d’évoquer toutes les facettes de ses recherches, en offrant un aperçu de son travail de poétesse, mais aussi en présentant au musée Guimet ses œuvres aux côtés des photographies de son ex-mari, le célèbre Marc Riboud (1923–2016).
On pourrait parler de sa vie rocambolesque, elle qui multiplia les voyages, en Chine ou en Égypte par exemple, où sa découverte de l’art antique fut un choc inoubliable. Hors norme, son parcours a été celui d’une femme sérieuse et appliquée, électrisée par certaines rencontres amicales et intellectuelles, comme celle de James Baldwin, avec lequel Riboud la photographia en train de danser. On pourrait également évoquer l’arrivée de ses fils, actée par une pause de neuf ans dans sa carrière. Ou sa relation passionnante avec sa mère, qui a donné lieu à l’édition des lettres qu’elle lui a envoyées de 1957 à 1991 (J’ai toujours su, éditions du Seuil, 2024)…
Barbara Chase Riboud, Zanzibar Gold, 1974 –1975
Exposition Palais de la Porte Dorée, 2024 • © Anne Volery / Palais de la Porte Dorée
Mais il faut surtout aborder sa pratique si singulière de la sculpture. Monumentale et délicate à la fois, car l’artiste aime à marier le bronze et la soie (Zanzibar Gold, 1974–75, présentée au palais de la Porte-Dorée). Alliance étonnante, quoique toujours puissamment séduisante, de formes abstraites, qui ont l’art d’évoquer des sensations familières tout en s’échappant toujours (Time Womb Jacqueline, 1970, au musée d’Orsay). Éminemment politique aussi, car elle met en lumière des figures telles que Joséphine Baker (La Musica Josephine, Black/Red, 2021, à la Philharmonie) ou Cléopâtre (Cleopatra’s Bed, 1997, au musée du Louvre), même si elle affirme ne pas vouloir rester cantonnée à l’étiquette de l’art dit « politique », ni « rester dans l’art contestataire, qui est un art interprété par l’oppresseur ».
La personnalité est complexe, l’œuvre époustouflante de maîtrise. Une belle rencontre, donc, entre le public français et Barbara Chase-Riboud. Enfin !
Barbara Chase-Riboud. Quand un nœud est dénoué, un dieu est libéré
Palais de Tokyo
Du 17 octobre 2024 au 5 janvier 2025
Adresse : 13, avenue du Président Wilson • 75116 Paris
Billetterie Beaux Arts présentée par Come to Paris.
À voir aussi
Aux musées du Louvre, d’Orsay, Guimet, quai Branly, au Centre Pompidou, au palais de la Porte-Dorée, à la Philharmonie
À lire :
Entretien avec Barbara Chase-Riboud
Par Guillaume Désanges
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