Musée des ursulines - Mâcon

Gabriel Loppé, le premier peintre alpiniste de l’histoire révélé à Mâcon

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Publié le , mis à jour le
Grimper aux cimes des Alpes pour peindre le panorama en contrebas : telle fut l’obsession de Gabriel Loppé (1825–1913), artiste peu connu du grand public malgré une productivité remarquable. Au musée des Ursulines de Mâcon, son parcours exceptionnel se dévoile en une centaine de tableaux et clichés photographiques.
Gabriel Loppé, Les sœurs Eccles sur le Riffelalp devant le Cervin
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Gabriel Loppé, Les sœurs Eccles sur le Riffelalp devant le Cervin, 1889

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Huile sur carton • 48 x 37 cm • Coll. particulière • © Pascal Tournaire

Il y a bien eu une rétrospective de deux ans, achevée en 2024 au fort de Bard, dans la vallée d’Aoste, mais elle n’a pas permis au public français de découvrir pleinement Gabriel Loppé. C’est désormais à Mâcon, non loin des paysages qu’il arpentait, que l’on peut admirer les toiles vertigineuses réunies par sa descendante Anne Friang grâce à une dizaine de collectionneurs privés.

Il est question ici d’un outsider, d’un explorateur de l’extrême. Son sens inégalé de la lumière, sa touche vive et éclatante auraient pu faire de lui un impressionniste – mais il n’a pas cherché à rejoindre le mouvement. Sa particularité ? Au Paris mondain, il préférait les mers de glaces ; au tumulte des salons, les pics envahis par la brume, bravant le froid mordant pour peindre une nature indomptable.

Des esquisses réalisées dans le froid

François Vuagnat, Gabriel Loppé
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François Vuagnat, Gabriel Loppé, vers 1865

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Photographie • Coll. particulière • © Amis de Gabriel Loppé

Né en 1825 à Montpellier, Gabriel Loppé passe une partie de son enfance à Paris avant de rejoindre ses parents à Embrun, dans les Hautes-Alpes. L’air pur de la montagne le mène ensuite à Annecy, où il se marie et commence à vendre des dessins d’illustration.

Rapidement, il est l’un des premiers de son entourage à aller peindre sur le motif (directement dans le paysage) aux alentours du lac et dans les régions alpines. Alors que la texture de neige effraie les plus aguerris, lui en fera sa spécialité. De l’Oberland bernois à la vallée d’Aoste, il rapporte des esquisses exécutées en moins d’une heure dans le froid, les mains nues.

Gabriel Loppé, Cabane des Grands Mulets
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Gabriel Loppé, Cabane des Grands Mulets, 1863

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Mine de plomb et gouache blanche sur papier • 58 × 47 cm • Coll. Amis du Vieux Chamonix • © Pascal Tournaire

Ces études à l’huile sur carton lui permettent ensuite de construire des toiles monumentales dans son atelier de Genève. En 1861, il réalise sa première ascension du mont Blanc. La révélation est telle qu’il séjournera l’année suivante neuf jours d’affilée au refuge des Grands Mulets, à plus de 3 000 mètres d’altitude, rien que pour y observer les variations de lumière. Un précurseur.

Le spectacle des paysages alpins

Bientôt, les sommets suisses et italiens n’ont plus de secrets pour lui. Premier membre étranger reçu à l’Alpine Club de Londres en 1864, il porte les couleurs de la France de l’autre côté de la Manche, où il expose régulièrement. C’est par ce biais qu’il rencontre sa seconde épouse (la première meurt brutalement en 1874), Elizabeth Eccles, elle aussi éprise d’alpinisme. S’installant à Paris, il poursuit ses ascensions depuis Chamonix durant les étés : effectuant entre 50 et 60 kilomètres de marche par jour, se déplaçant toujours à l’aide d’un guide, il cherche à capturer le bleu saphir des crevasses profondes, les arêtes tranchantes de la roche et les effets de brume.

Gabriel Loppé, Étude de glacier
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Gabriel Loppé, Étude de glacier, 1873

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Huile sur carton • 60 × 46 cm • Coll. particulière • © Pascal Tournaire

Il faut dire que là-haut, le coucher de soleil offre une palette de teintes exceptionnelles. Pic inondé de rose, abîmes bleutés, lunes surgissant au-dessus des nuages… Loppé saisit avec un étonnant réalisme toute la poésie de ces échappées belles que les photographes n’ont pas encore capturées. Au fil des toiles cependant, sa touche s’épaissit, sûre et aguerrie – « s’impressionnise », pourrait-on dire. Parfois, comme des taches pour donner l’échelle de ces spectaculaires roches, quelques petits personnages se devinent, une cordée. L’immensité les avalerait presque.

De l’Écosse à la Méditerranée en passant par Paris et Londres

En 1861, il réalise sa première ascension du mont Blanc avant de séjourner l’année suivante au refuge des Grands Mulets, rien que pour y observer les variations de lumière.

Pourtant, le peintre alpiniste ne se cantonne pas aux Alpes ; et c’est aussi ce que nous raconte cette exposition. Si le parcours présente en majorité des toiles de montagne accompagnées de son matériel d’alpiniste d’époque, d’autres explorations s’y dévoilent : en Écosse, sur la spectaculaire île de Skye, les effets atmosphériques des lochs l’enchantent ; en Méditerranée, ce sont les reflets du soleil sur l’eau, argentés comme la neige.

Gabriel Loppé, Nice, soleil couchant
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Gabriel Loppé, Nice, soleil couchant

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Huile sur carton • 60 × 45 cm • Coll. particulière • © Pascal Tournaire

Fasciné par la modernité comme pouvaient l’être un Claude Monet ou un Gustave Caillebotte – brossant les effets du smog londonien et des vapeurs parisiennes –, il ne cesse de poursuivre sa quête d’altitude. Aussi peint-il du haut de la cathédrale Saint-Paul et de la tour Eiffel, les vues plongeantes, comme au bord d’une falaise, avec leurs ciels immenses et chargés.

La tour Eiffel frappée par la foudre

Gabriel Loppé, La tour Eiffel foudroyée pendant un orage, effet pris à 9 heures 20 minutes du soir le 2 juin 1902 sur le balcon de l’appartement situé au 5e étage 14 Avenue du Trocadéro Paris
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Gabriel Loppé, La tour Eiffel foudroyée pendant un orage, effet pris à 9 heures 20 minutes du soir le 2 juin 1902 sur le balcon de l’appartement situé au 5e étage 14 Avenue du Trocadéro Paris

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Photographie • Coll. particulière • © Amis de Gabriel Loppé

Dernière étape : la photographie. Cet intérêt survenu sur le tard, à 60 ans passés, lui permettra (enfin !) d’intégrer les collections du musée d’Orsay, grâce à un cliché insolite de la Dame de fer frappée trois fois par la foudre en juin 1902. Un sommet bien plus urbain qui, cette fois-ci, ne nécessita ni crampons ni piolets.

La peinture reste néanmoins le cœur de sa pratique artistique, avec une production connue de 450 toiles, et une estimation bien plus large selon Anne Friang – entre 800 et 1000. Son aïeul n’a malheureusement pas tenu de carnet de ventes, bien trop occupé jusqu’à sa mort, en 1913, à éprouver le paysage montagneux, s’en imprégner, s’en émouvoir surtout.

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Gabriel Loppé, peintre voyageur en quête de modernité

Du 20 juin 2025 au 4 janvier 2026

www.macon.fr

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