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LODÈVE

Jean-Francis Auburtin, une palette de rêve sortie de l’oubli

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Publié le , mis à jour le
Ses paysages aux tons bleutés, vert tendre et orange pâle semblent sortir d’un rêve. Inspiré par l’impressionnisme, l’école de Pont-Aven et le symbolisme, Jean-Francis Auburtin (1866–1930) est injustement tombé dans l’oubli. Au musée de Lodève, une belle rétrospective riche d’une centaine d’œuvres remet en lumière ce peintre inclassable aux coloris exceptionnels…
Jean-Francis Auburtin, Pins Maritimes, Porquerolles
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Jean-Francis Auburtin, Pins Maritimes, Porquerolles

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Huile sur toile • 114,5 X 162,2 cm • Coll. Musée de L'Oise, Beauvais, MUDO • © Hervé Lewandowski

Pour beaucoup, Auburtin reste un illustre inconnu. Mais dès la première salle, l’injustice de cet oubli éclate au grand jour. Accroché à une cimaise d’un jaune vibrant, un paysage sans date, Pins maritimes, Porquerolles, y happe tous les regards. Jaillissant en bouquet, des pins élancés se découpent nettement sur un fond irradié de lumière – une mer irisée, quasiment blanche sous le soleil du Sud. On songerait presque à un théâtre d’ombres, si les silhouettes sombres des arbres et de la végétation ne se paraient pas d’exquises lueurs mordorées. Sur les troncs, l’artiste a créé de subtils effets de matière pour retranscrire la texture de l’écorce…

Toute la délicatesse du peintre est là, dans cette composition graphique aux contrastes japonisants. Comme souvent chez Auburtin, cette huile sur toile ressemble à s’y méprendre à un pastel. Tout comme ses gouaches sur papier gris et grumeleux, dit « papier chiffon », que l’artiste rend douces et poudreuses en jouant avec les irrégularités du support. Ces effets surprenants, dont lui seul a le secret, se retrouvent de salle en salle, au fur et à mesure que se déploie une palette unique composée de tons bleutés, orange pâle et vert tendre.

Jean-Francis Auburtin, Banyuls
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Jean-Francis Auburtin, Banyuls, 1897

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Aquarelle et encre de Chine sur papier • 45,3 × 31 cm • Coll. particulière • © François Doury

Mais comment ce coloriste exceptionnel a-t-il pu tomber dans l’oubli ? « Parce qu’il est trop difficile à classer » avance Ivonne Papin-Drastik, conservateur en chef du patrimoine et directrice du musée de Lodève. Car tout en répondant à des commandes académiques pour de grands décors officiels – d’un fond marin pour l’amphithéâtre de zoologie de la Sorbonne à la salle des colonnes du Conseil d’État – qui lui ont valu la Légion d’honneur en 1912, ce Parisien de naissance passé par les Beaux-Arts était, en parallèle, un peintre de chevalet inspiré par l’impressionnisme, l’école de Pont-Aven et le symbolisme. Le grand écart !

En 1894, Auburtin découvre l’île de Porquerolles dans le sud de la France. Ébloui par ses maquis d’arbousiers et de bruyères, ses pinèdes et ses falaises dominant une eau scintillante, il se met à explorer les calanques en parcourant les chemins de douaniers avec son chevalet, un tabouret pliant et de grandes toiles chargées dans une brouette. Au cours de ses expérimentations, le peintre exalte les couleurs et les contrastes au point d’apparaître, avec ses rochers orange tranchant sur une mer bleu vif (Rochers fauves à Porquerolles, 1895), comme un précurseur du fauvisme !

Jean-Francis Auburtin, Belle-Île en-mer, Goulphar
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Jean-Francis Auburtin, Belle-Île en-mer, Goulphar, vers 1895–1896

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Gouache sur carton • 51 × 67,5 cm • Coll. Musée de Pont-Aven • © Laurent Bruneau

Dans les Pyrénées, muni d’un bâton de pèlerin, il part observer les aigles qu’il peint en gros plan comme les maîtres de l’ukiyo-e.

En Normandie et en Bretagne, ses couleurs s’attendrissent. Très inspiré par l’art japonais qu’il collectionne, Auburtin produit des aquarelles agrémentées de lignes pures à l’encre de Chine, ainsi que des gouaches aux cadrages audacieux, proches des estampes d’Hokusai et d’Hiroshige. Dans les Pyrénées, muni d’un bâton de pèlerin, il part observer les aigles qu’il peint en gros plan comme les maîtres de l’ukiyo-e, et fait du pic de Béhorléguy (Pays basque), son mont Fuji. En guise de signature, il superpose même ses initiales pour composer un monogramme évoquant un torii japonais ! Cette influence nippone, le peintre la partage avec le père de l’impressionnisme, Claude Monet, dont il suit les traces en peignant les falaises d’Étretat et les aiguilles de Port-Coton à Belle-Île. Même lieu, même composition resserrée sur les formes étranges des rochers, même traitement agité de l’écume… Leur parenté crève le papier.

Jean-Francis Auburtin, L’Aiguille d’Étretat, ciel rouge
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Jean-Francis Auburtin, L’Aiguille d’Étretat, ciel rouge, vers 1898-1900

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gouache sur papier • 50,5 X 66,6 cm • Coll. particulière • © François Doury

L’artiste se met à peindre des paysages symbolistes peuplés de figures féminines éthérées, naïades ou sirènes aux longs cheveux.

Dans les années 1900, ce fils d’architecte se fait construire une maison à Varengeville-sur-Mer, en Normandie, où il se lie avec le riche amateur d’art Guillaume Mallet. Ce dernier lui achète ses œuvres et le reçoit, avec tous les plus grands artistes et écrivains de son temps, dans son manoir de style Arts and Crafts, perché au bord des falaises blanches de la Côte d’Albâtre, au sein du superbe domaine du Bois du Moutier et ses jardins préraphaélites. Un cadre idéal pour rêver… Au contact de Mallet, amateur de Wagner et de légendes nordiques, l’artiste se met à peindre des paysages symbolistes peuplés de figures féminines éthérées, naïades ou sirènes aux longs cheveux, soufflant dans des conques ou barbotant avec des cygnes. Des œuvres pour lesquelles il fait poser de jeunes danseuses, modèles du sculpteur Auguste Rodin. Et dont certaines – comme Chants sur l’eau (1912), sorti des réserves du Petit Palais, ou Centaure (1911) – ne craignent pas le kitsch !

Jean-Francis Auburtin, Le Matin (Calanque de Porquerolles)
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Jean-Francis Auburtin, Le Matin (Calanque de Porquerolles), 1894

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Huile sur toile • 113 X 162 cm • Coll. particulière • © Gérard Dufrene

Encadrés par des arbres ou des silhouettes de rochers qu’il a réellement observés dans la nature, mais dont il exagère les formes pour un effet dramatique, ces paysages arcadiens évoquent des décors de théâtre. « Il y a constamment chez lui la volonté de mélanger le réel avec autre chose », précise la directrice du musée. Mais, contrairement aux peintres symbolistes tels que Gustave Moreau, « Auburtin ne s’intéresse pas à la mythologie. Seulement à l’idée d’une nature pure et vierge, hors du temps, loin de la civilisation ». Tournant le dos à la révolution industrielle et aux bouleversements politiques de son époque, le peintre reste dans sa bulle, seul dans la nature. Jusqu’à son inhumation dans le cimetière marin de Varengeville-sur-Mer, lui qui avait trouvé dans l’eau la source de ses rêves…

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Jean-Francis Auburtin. Un âge d’or

Du 25 septembre 2021 au 27 mars 2022

www.museedelodeve.fr

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