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Elle avait envoûté le public parisien de la Monnaie en 2019, la voilà de retour à la fondation Thalie à Bruxelles, pour sa première exposition personnelle en Belgique. Dans cette maison moderniste des années 1920, imaginée par l’architecte Jean Hendricks, les œuvres de Kiki Smith s’épanouissent comme dans un cocon douillet. Le parti pris de l’exposition : ne montrer que des pièces réalisées après les années 2000, période qui, pour cette artiste qui s’est d’abord épanouie dans les milieux underground new-yorkais, marque un tournant dans sa pratique désormais tournée vers le vivant. Sorcière, magicienne, un peu chaman aussi : Kiki Smith est tout cela à la fois. De la matière (bronze, papier, fibres textiles…), qu’elle manie comme un langage universel, elle fait émerger une mythologie féminine singulière qui puise ses références dans les contes de Grimm, les récits bibliques et autres mythes et légendes immémoriales.
On retrouve, dans ses figures rassurantes, auréolées d’une puissance toute spirituelle, l’image protectrice de sainte Geneviève ou de nombreux symboles mystiques, comme extraits de manuscrits médiévaux enluminés (constellations d’étoiles scintillantes, croissants de lune…). Tout est fusion, hybridation, coexistence. Les mondes a priori contraires s’embrassent : l’homme et la nature, le réel et la fiction… L’artiste explore nos vulnérabilités qu’elle rehausse et transcendance de petites touches de feuilles d’or et d’argent. Nos fragilités et nos failles deviennent alors la source d’une force insoupçonnée, comme lorsque le corps vieillissant de l’artiste se mue, sur une grande feuille de papier népalais, en tronc d’arbre fier, souverain. La femme, le végétal et l’animal apparaissent comme la sainte trinité de la cosmogonie de Kiki Smith, qui orchestre ici une puissante méditation sur le vivant et l’univers.
Vue de l’exposition “Kiki Smith, Inner Bodies” à la Fondation Thalie
© DR Fondation Thalie / © Michel Figuet
Kiki Smith. Inner Bodies
Du 13 janvier 2022 au 1 mai 2022
Fondation Thalie • 15 Rue Buchholtz • 1050 Ixelles
www.fondationthalie.org
Elles se dressent face à nous telles de puissantes déesses, intimidantes – voire inquiétantes, diront certains. Et, pourtant, des Présences de Jeanne Vicérial émane une force tranquille, bienveillante, mais aussi une fragilité presque à fleur de peau. Car l’artiste travaille le fil comme une membrane, un tissu né d’une curieuse hybridation entre l’anatomie et le vêtement. Costumière de formation, Jeanne Vicérial est aussi chercheuse au sein de sa Clinique vestimentaire où elle a breveté, en partenariat avec l’École des mines, le « tricotissage ». Cette technique complexe, toujours en perfectionnement, lui permet de donner forme à ses sculptures textiles à l’aide d’un seul et unique fil, qui peut faire plusieurs centaines de kilomètres de long… Pas de coupe, ni de chute : l’approche de l’artiste est aussi soucieuse du corps que de l’environnement. Ses gestes ont la précision de ceux d’une chirurgienne, portés par son imagination qui puise ses références autant dans l’histoire de la mode que du design et bien sûr des sciences. Prêtresses, déesses, druidesses, enchanteresses : à la galerie Templon, toutes ces silhouettes nous convient à une envoûtante cérémonie. Un « défilé de haute sculpture » nous glisse l’artiste, dont on sort ensorcelé.
Vue de de l’exposition “Jeanne Vicérial, Présences” à la Galerie Templon
© Isabelle Arthuis
Jeanne Vicérial. Présences
Du 10 mars 2022 au 23 avril 2022
Galerie Daniel Templon • 13 Rue Veydt • 1060 Saint-Gilles
www.templon.com
Que s’est-il donc passé à la galerie de la Béraudière ? Installée dans ce qui fut autrefois la demeure de l’artiste Charles Michel, elle a d’ordinaire des allures de salon tranquille, avec ses canapés moelleux et ses toiles de maîtres du XXe siècle accrochées aux murs. C’était sans compter l’inénarrable Charles Kaisin, designer belge à l’imaginaire débordant, qui l’an passé avait envahi le Palais de Tokyo confiné de milliers d’origamis. À l’invitation de la galerie, il a imaginé la scénographie de l’exposition « Germaine Richier et la couleur ». Exit les fauteuils et la table basse, nous voici projeté dans un véritable atelier d’artiste avec, au centre de la pièce, un échafaudage couvert de plâtre. C’est donc au milieu de ce qui ressemble à un vaste work in progress qu’est convoqué l’étonnant bestiaire de celle qui fût longtemps surnommée par ses proches « l’ouragane », en clin d’œil à l’une de ses sculptures. L’exposition dévoile un aspect méconnu de l’œuvre de Germaine Richier : son appétit dévorant pour la couleur. Pour se rassasier, l’artiste peint ou émaille ses bronzes, incruste des verres bleus ou rouges, collabore avec ses amis peintres – Maria Helena Viera da Silva d’abord, mais aussi Zao Wou-Ki, Hans Hartung… – qui apposent leur touche sur ses sculptures. Un joyeux capharnaüm habité par des hommes-forêts et autres êtres hybrides qui s’invitent jusque dans le paisible jardin de la galerie, donnant un avant-goût de la grande rétrospective qui sera consacrée à l’artiste au Centre Pompidou. Rendez-vous au printemps 2023 !
Vue de de l’exposition “Germaine Richier et la couleur” à la galerie de la Béraudière, Bruxelles
Courtesy Galerie de la Béraudière, Bruxelles. Scénographie de Charles Kaisin
Germaine Richier et la couleur
Du 20 janvier 2022 au 30 avril 2022
Galerie de la Béraudière • 6 Rue Jacques Jordaens • 1000 Bruxelles
www.delaberaudiere.com
Figure emblématique de la street photography, Helen Levitt a, à travers son objectif, transformé New York en vaste théâtre de l’intime. Un monde sensible dont la fondation A. Stichting donne, le temps d’une exposition, un petit aperçu. D’abord assistante de Walker Evans, Helen Levitt es adepte, comme Henri Cartier-Bresson, du fameux « instant décisif ». Ses images prises sur le vif montrent l’insouciance des enfants de Harlem, les failles du rêve américain mais aussi la poésie du quotidien. Ni documentaire, ni sociale, sa photographie décèle douceur et fantaisie à chaque coin de rue mais aussi sous terre, dans le métro : un regard tendre et complice, un motif, une posture… À partir des années 1950, la photographe se tourne vers la couleur et donne à voir une nouvelle forme d’effervescence, préférant encore la fugacité au spectaculaire. Le regard toujours à hauteur d’homme.
Vue de l’exposition “Helen Levitt, One Two, Three, More”, à la Fondation A Stichting
© Sarah Duby
Helen Levitt. One, Two, Three, More
Du 22 janvier 2022 au 10 avril 2022
Fondation A Stichting • 304 Avenue Van Volxem • 1190 Forest
www.fondationastichting.be
Halte aux idées reçues : non, la chasse aux sorcières n’avait pas cours au Moyen Âge ! Ce n’est qu’à partir du XVIe siècle, en pleine vague humaniste, que nombre de procès mèneront les femmes accusées d’hérésie au bûcher. C’est ce que démontre une petite mais non moins passionnante exposition – ou focus – au sein du KBR Museum, en écho à « Witches », présentée à l’espace Vanderborght et qui a fermé ses portes en janvier dernier. « Sorcière avant la lettre » embarque le visiteur dans une véritable enquête visuelle à travers de somptueux manuscrits, qui mettent en lumière des femmes brillantes, qu’elles soient mécènes, guérisseuses ou sage-femmes, et courageuses, n’hésitant pas à prendre les armes. L’occasion de se replonger dans une iconographie richissime où les sibylles et autres magiciennes tenaient au fil des pages le même rang que les prophètes bibliques, mais aussi de se familiariser avec la plume de Christine de Pizan, considérée comme la première poétesse de langue française, qui n’aura de cesse de défendre la place des femmes dans le monde médiéval. D’ailleurs, saviez-vous que, dès le XIIIe siècle, on a vu apparaître le terme « enlumineresse » ? Une question nous vient alors : parmi les innombrables trésors enluminés du Moyen Âge attribués à des « Maîtres anonymes », combien seraient en fait l’œuvre de « Maîtresses » ?
Vue de l’exposition « Sorcières avant la lettre », au KBR Museum, Bruxelles
© KBR
Sorcières avant la lettre
Du 26 octobre 2021 au 24 avril 2022
KBR Museum • 28 Mont des Arts • 1000 Bruxelles
www.kbr.be
En une : Kiki Smith, Harmonie III (détail), bronze, or, argent et feuille japonaise
Courtesy de l’artiste et Pace Gallery. Photo Melissa Christy, courtesy WallaWalla Foundry
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