Détail de la couverture de l’ouvrage “Divins Joyaux. À la recherche de la beauté” par Kazumi Arikawa et Diana Scarisbrick
© Albion Art Jewellery Institute / Flammarion
Il est des rencontres qui vous changent un homme. Advenue il y a 40 ans, celle entre le Japonais Kazumi Arikawa et le bijou est des plus éclatantes. En 1982, Kazumi Arikawa tient avec sa sœur le commerce de revente de bijoux de sa mère. Mais le trentenaire, très spirituel, ne rêve pas de joyaux.
D’ailleurs, à 72 ans aujourd’hui, ce philosophe a beau être l’homme possédant la plus importante collection au monde de bijoux historiques, il n’en porte toujours pas. Si ce n’est un petit talisman en jade acheté dans un temple bouddhiste, à Nara. Chaque matin, il le passe autour de son cou en récitant des prières. Sa valeur ? 5 dollars.
Portrait de Kazumi Arikawa
Photo Louis Teran
Avant de devenir le « numéro un » du bijou historique, Kazumi Arikawa a, comme Bouddha, eu d’autres vies. Jeune, il songe à devenir moine et étudie les textes sacrés. La beauté lui apparaît alors comme une vérité : « Un sutra décrivant le paradis comme un monde étincelant de pierres précieuses va profondément me marquer », se remémore-t-il. S’ouvre une nouvelle voie pour le sage apprenti en crise : « Dans l’obscurité, j’ai décidé de me tourner vers la lumière. » Un jour que Kazumi Arikawa parcourt les salles d’un musée londonien lui vient l’épiphanie : un diadème du grand orfèvre russe Pierre-Karl Fabergé (1846–1920), en diamants et en émail guilloché bleu pâle, le touche en plein cœur.
Ainsi s’est éveillée l’étourdissante collection Albion Art. En « pèlerin de la beauté », selon sa propre expression, Kazumi Arikawa a réuni, en un peu plus de 40 ans, quelque 800 pièces issues de différentes cultures et civilisations, des merveilles allant de l’Antiquité jusqu’au milieu du XXe siècle. Le passionné agit au coup de foudre, comme animé d’un syndrome de Stendhal chronique : « Soit quelque chose fait trembler mon cœur, soit il ne le fait pas. »
Filippo Chiappe, Diadème de la comtesse Raggio, vers 1909
Platine, diamants • 7,9 × 14 cm • Coll. particulière • © Albion Art Jewellery Institute / Photo Nils Herrmann, de Divins Joyaux, Flammarion
Pour quelques jours seulement, un public chanceux pourra admirer dans le grand salon de l’hôtel de Mercy-Argenteau de l’École des Arts Joailliers, un échantillon précieux de vingt pièces sélectionnées dans cette fabuleuse collection conservée à Tokyo. Sitôt mis en ligne, les créneaux de visite se sont arrachés. Cette exposition éphémère accompagne la sortie de Divins Joyaux, à la recherche de la beauté. Édité par Flammarion, ce beau livre recense 250 joyaux issus de la collection Albion Art, ainsi que des chefs-d’œuvre passés des mains d’Arikawa à d’autres propriétaires, notamment de spectaculaires diadèmes désormais dans la collection des musées du Qatar.
À gauche, la « broche-camée à l’effigie de Napoléon 1er » par Nicola Morelli (début du XIXe siècle). À droite, la « bague-intaille au portrait de Frédéric III, empereur du Saint-Empire » (vers 1440–1452)
Or, argent, diamants, agate / Or, saphir • 4,8 × 3,65 cm / Bague : 2,8 × 2,5 cm ; intaille : 1,9 × 1,6 cm • Coll. particulière • © Albion Art Jewellery Institute / Photo Nils Herrmann, de Divins Joyaux, Flammarion
Ces diadèmes bénéficient d’une attention particulière d’Arikawa, tout comme les pierres précieuses gravées et les camées, qu’il considère comme des sculptures miniatures. Celui à l’effigie de Napoléon Ier, trônant dans une vitrine de l’École des Arts Joailliers, est tout « habillé » de diamants, de sa couronne de laurier à son drapé. Il s’agit d’un cadeau diplomatique dans la plus pure tradition de l’Empire, offert au duc de Bassano (1763–1839), ministre-secrétaire d’État du régime napoléonien de 1799 à 1815, lequel considérait ce camé comme son bien le plus précieux. Plus incroyable encore est la bague-intaille au portrait de Frédéric III, empereur du Saint-Empire : c’est la seule bague à l’effigie du monarque à être parvenue jusqu’à nous.
Si, au contraire, rien n’a filtré de la propriétaire du collier « Giardinetti » datant du milieu du XVIIIe siècle, ses pierres de couleurs ont conservé un éclat naturaliste de la plus belle eau. La flore s’épanouit encore avec une divine maestria sur un diadème-peigne « Branches de saule » de René Lalique (1860–1945), de 1903.
À gauche, le collier « Giardinetti » (milieu XVIIIe siècle) ; Au centre, le diadème-peigne « Branches de saule » par René Lalique (vers 1903). À droite, la broche « Ballerine » de Van Cleef & Arpels (vers 1951)
r, diamants, rubis, émeraudes, améthystes / Or, émail, corne, nacre, topazes / Platine, diamants, saphir • 36,8 cm de long / 16,5 × 19,7 cm / 7 × 5,5 cm • Coll. particulière • © Albion Art Jewellery Institute / Photo Tsuneharu Doi et Nils Herrmann de Divins Joyaux, Flammarion
L’œil passe de merveille en merveille, filant jusqu’à cette « Ballerine » de 1951, l’une des signatures de Van Cleef & Arpels, symbole intemporel de grâce et de féminité. Balayant toutes les époques, depuis la Renaissance, et les styles, chaque pièce de cette collection privée est un chef-d’œuvre de beauté. À contempler désormais pour l’éternité dans un livre, en attendant l’ouverture d’un musée qui rassemblerait tous ces trésors. Partager la beauté est le joyau ultime que voudrait s’offrir Kazumi Arikawa.
À lire
Divins Joyaux. À la recherche de la beauté
De Kazumi Arikawa, fondateur et président de la collection Albion Art, et Diana Scarisbrick, historienne du bijou
Flammarion, 520 pages, 95 €
"Divins Joyaux. À la recherche de la beauté"
Exposition exceptionnelle du 19 au 26 septembre 2024
Ouverte du mardi au dimanche de 10h15 à 19h15
Nocturnes le jeudi 26 septembre jusqu’à 20h45
École des Arts Joailliers - Grands Boulevards
16 Boulevard Montmartre, Hotel de Mercy-Argenteau • 75009 Paris
www.lecolevancleefarpels.com
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique