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Orléans

La redécouverte rocambolesque du David et Goliath de Guido Reni au cœur d’une exposition à Orléans

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Publié le , mis à jour le
Ce n’est pas un hasard si le musée des Beaux-Arts d’Orléans consacre actuellement une exposition à la question de l’original et de la copie dans l’atelier du peintre baroque italien Guido Reni (1575–1642). Car il s’agit pour l’établissement de souligner la récente montée en grade d’un tableau de ses collections : longtemps pris pour une simple copie, son saisissant David contemplant la tête de Goliath s’est avéré être l’original. Retour sur l’histoire de cette redécouverte !
Guido Reni, David tenant la tête de Goliath (détail)
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Guido Reni, David tenant la tête de Goliath (détail)

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Huile sur toile • 228 x 163 cm • Coll. musée des Beaux-Arts, Orléans • © Orléans, musée des Beaux-Arts

Le musée orléanais ne s’en cache pas : s’il faut attendre l’avant-dernière salle du parcours pour le voir, son David contemplant la tête de Goliath (début du XVIIe siècle) est à la fois la star et la raison d’être de sa nouvelle exposition consacrée à l’atelier de Guido Reni – un talentueux peintre bolonais inspiré par le maniérisme de Michel-Ange et les clairs-obscurs de Caravage à partir de son arrivée à Rome en 1601…

Dans ce tableau saisissant et contrasté illustrant un célèbre épisode de la Bible, la grâce du personnage et les couleurs vives de sa tenue tranchent avec la violence et l’horreur du sujet. Coiffé d’un petit chapeau rouge piqué d’une plume jaune vif qui lui donne l’air d’un acteur de théâtre, son corps nu drapé dans une fourrure à doublure bleue, un jeune homme prend élégamment la pose, accoudé à un pilier. Mangé par un effet de clair-obscur, son regard pensif est absorbé par un spectacle glaçant : une immense tête coupée sanguinolente, posée sur un muret en pierre et qu’il tient par les cheveux.

« Avec cette composition, Guido Reni a révolutionné l’iconographie de David et Goliath. »

Corentin Dury

Ce joli garçon n’est autre que David, fils de berger et futur roi d’Israël. L’énorme tête est celle du géant Goliath, héros des Philistins – ancien peuple du Proche-Orient. Le front de ce dernier est troué : la trace de la pierre projetée par David avec la fronde qu’il tient dans sa main droite. Le jeune homme l’a ensuite achevé en le décapitant avec son épée, posée au sol en bas à droite.

Le peintre le plus célèbre d’Italie au XVIIe siècle

Guido Reni, David tenant la tête de Goliath
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Guido Reni, David tenant la tête de Goliath

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Huile sur toile • 228 × 163 cm • Coll. musée des Beaux-Arts, Orléans • © Orléans, musée des Beaux-Arts

« Avec cette composition, Guido Reni a révolutionné l’iconographie de David et Goliath, souligne le commissaire de l’exposition, Corentin Dury. Durant tout le XVIe siècle, on représentait David en train de décapiter le géant. Chez Reni, David devient une figure contemplative, qui médite face à la tête coupée ». Un peu comme Hamlet tenant le crâne de Yorick dans la célèbre pièce de Shakespeare !

« Le point de départ de l’exposition était la restauration de ce tableau et sa redécouverte en tant qu’original », explique le commissaire. Une révélation de taille pour Orléans, car Guido Reni, surnommé « il divino » (« le divin »), était de son vivant le peintre le plus célèbre d’Italie et le mieux payé d’Europe, auteur d’œuvres splendides comme Saint Sébastien (1619), conservé au musée du Prado, Atalante et Hippomène (1622–1625), au musée Capodimonte à Naples, et L’Enlèvement d’Hélène (1631) exposé au Louvre.

La directrice du musée, Olivia Voisin, n’en revient toujours pas de cette « histoire rocambolesque ». Contrairement à un tableau très similaire conservé au Louvre, daté du début du XVIIe siècle, issu de la collection de Louis XIV et reconnu depuis toujours comme un original de Guido Reni, celui d’Orléans était considéré comme une « copie d’atelier ». Ce, malgré sa grande qualité et une provenance prestigieuse : la collection du marquis de La Vrillière, secrétaire d’État sous Louis XIII. Le pensant moins précieux, l’État l’avait donc sans regret mis en dépôt à Orléans en 1872, puis donné à la Ville en 2007.

Une production d’œuvres en série

Mais en 2016, à l’occasion du chantier de rénovation du musée, la directrice et son équipe ont l’occasion de scruter l’œuvre d’un peu plus près, sous un autre éclairage. Plus que jamais, l’œuvre paraît bien trop belle pour n’être qu’une copie. Se pourrait-il qu’on se soit trompé depuis 150 ans ? Quelques jours plus tard, l’historien de l’art Lorenzo Pericolo leur confirme qu’il soupçonne lui aussi un original.

Pour en avoir le cœur net, il faut restaurer la toile, dont la lecture est brouillée par d’importants repeints, l’épaississement des vernis et l’usure du temps. Problème : le musée ne possède pas les 40 000 euros nécessaires. La restauratrice Cinzia Pasquali, cofondatrice de l’atelier Arcanes, propose alors d’intervenir gratuitement, « en mécénat de compétences ». Arrivée dans ses locaux parisiens en 2018, l’œuvre y reste plus d’un an.

Guido Reni, David tenant la tête de Goliath
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Guido Reni, David tenant la tête de Goliath

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Photographie sous infrarouges permettant de rendre visible les repentirs et un dessin préparatoire • © Orléans, musée des Beaux-Arts / Arcanes

« L’idée, très ancrée au XXe siècle, qu’il n’y a qu’un seul original et plusieurs copies, ne correspond pas à la réalité du XVIIe siècle. »

Corentin Dury

La révélation dépasse les espérances du musée. Une fois les repeints retirés, le tableau se montre sous un autre jour. Mais surtout, la réflectographie infrarouge dévoile que l’œuvre comporte de nombreux repentirs, notamment sur les mains, les pieds et le bras de David. Ces traces des tâtonnements et changements d’idée importants de l’artiste sont la preuve que le tableau est non seulement un original, mais aussi le premier peint par l’artiste : l’œuvre précède toutes les autres versions dérivées, dont celle du musée des Offices à Florence (déclassé depuis quelques années comme une copie) et celle du Louvre.

« Les images infrarouges du tableau du Louvre ne laissent voir aucun changement dans la composition. Cela ne veut pas dire que ce n’est pas un Reni. Cela suggère simplement que Reni aurait d’abord expérimenté avec le tableau d’Orléans, avant de peindre celui du Louvre », explique le commissaire Corentin Dury. « L’idée, très ancrée au XXe siècle, qu’il n’y a qu’un seul original et plusieurs copies, ne correspond pas à la réalité du XVIIe siècle, précise-t-il. L’atelier de Reni réunissait plus de 200 collaborateurs, c’était une véritable firme qui s’adaptait à la demande. Une composition inventée par Guido Reni n’était quasiment jamais produite en un seul exemplaire. Il peut y avoir pour une même composition plusieurs originaux du maître, ainsi que des copies auxquelles il a participé ».

De nombreuses différences entre les versions du Louvre et d’Orléans

Mais au Louvre, cette découverte orléanaise est source de « crispations », regrette le commissaire. À tel point que le musée parisien, sans pour autant nier les conclusions des experts, a refusé de prêter son David et Goliath pour l’exposition d’Orléans, et préféré l’inclure dans la nouvelle Galerie du Temps du Louvre-Lens, inaugurée au même moment. Lors d’un tour dans cette dernière, avec sous les yeux des photographies du tableau d’Orléans, un petit « jeu des 7 différences » révèle d’abord que le travail sur la plume jaune et sur la fourrure et son revers bleu est plus fin et détaillé dans la version d’Orléans que dans celle du Louvre, exécutée d’une main plus rapide.

« David tenant la tête de Goliath » de Guido Reni. À gauche la version conservée au Louvre, Paris. À droite, celle conservée au musée des Beaux-arts d’Orléans
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« David tenant la tête de Goliath » de Guido Reni. À gauche la version conservée au Louvre, Paris. À droite, celle conservée au musée des Beaux-arts d’Orléans, 1604–1606

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Huiles sur toile • 237 × 137 cm / 228 × 163 cm

Mais surtout, la tête de Goliath est plus frappante dans la version orléanaise : sa position, tournée vers David et non vers l’arrière et l’extérieur du tableau, lui donne davantage de volume et de présence, tandis que ses couleurs (contrairement au teint cireux, cadavérique, presque en grisaille, de celle du Louvre) donnent l’illusion qu’elle est encore vivante et la dotent d’une sensualité troublante. Comme endormi la bouche ouverte, ce Goliath porte en lui une douceur émouvante qui contraste avec sa massivité et sa mort violente.

Le tableau du Louvre n’en reste pas moins superbe. « Les relectures d’autres œuvres ne sont pas le signe d’une dépréciation du chef-d’œuvre conservé au musée du Louvre. Elles permettent au contraire de mieux comprendre le travail du peintre », précise le cartel d’Orléans. Une réponse élégante aux « crispations » parisiennes…

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Dans l’atelier de Guido Reni

Du 30 novembre 2024 au 25 mars 2025

www.museescentre.com

Retrouvez dans l’Encyclo : Guido Reni

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