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Grand Est

L’architecture, star de cinéma à la galerie Poirel de Nancy

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Publié le , mis à jour le
Désireuse de faire mieux comprendre au grand public les enjeux de l’architecture (contemporaine, mais pas que !), la Maison de l’architecture de Lorraine a eu l’idée d’une exposition-expérience, qui fait apparaître des décors de cinéma au cœur de la galerie Poirel de Nancy. Un bon point de départ à différentes réflexions.
Extrait du film “Aalto” de Virpi Suutari (2020). On y voit la maison Louis Carré conçue par Alvar Aalto de 1957 à 1960 dans les Yvelines
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Extrait du film “Aalto” de Virpi Suutari (2020). On y voit la maison Louis Carré conçue par Alvar Aalto de 1957 à 1960 dans les Yvelines

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© Salzgeber

Ouvrir une porte minuscule pour changer de monde (Alice au pays des merveilles, Tim Burton, 2010), fuir un dangereux psychopathe par le vasistas d’une salle de bain (Shining, Stanley Kubrick, 1980), remonter un escalier pour, enfin, devenir libre (The Truman Show, Peter Weir, 1998), entendre des corbeaux furieux se précipiter et picorer la porte d’entrée d’une maison plus si protégée (Les Oiseaux, Alfred Hitchcock, 1963), ou, a contrario, jouer avec le battant d’une fenêtre et son reflet pour faire chanter un petit oiseau (Mon oncle, Jacques Tati, 1958)…

En entendant parler de l’exposition « Playtime. L’architecture fait son cinéma », on a aussitôt pensé aux films dont les décors sont les plus impressionnants, comme Metropolis de Fritz Lang (1927) ou Le Roi et l’Oiseau de Paul Grimault (1980). Mais le propos n’est pas là. Il s’agit plutôt de mettre en lumière les éléments les plus simples de toute architecture – une porte, une fenêtre, un escalier… – pour faire comprendre que n’importe quel décor de film, même le plus banal, fait déjà architecture ; nous invitant à réfléchir sur l’espace et son aménagement.

Des décors reconstitués

« On s’est dit qu’on allait fabriquer l’exposition avec des panneaux décors, comme sur un tournage. »

Caroline Leloup

Le parcours consiste donc à passer de décors en décors, « comme au cinéma », nous dit Caroline Leloup, architecte et co-commissaire de l’exposition, pour comprendre l’intérêt cinématographique d’une fenêtre ou d’un escalier. « On déambule librement dans ces espaces. À chacun de faire appel à ses propres références », explique-t-elle, l’exposition ne convoquant (presque) aucune œuvre cinématographique. Seul un petit espace de projection diffuse deux courts-métrages, T’as de beaux escaliers, tu sais d’Agnès Varda (1986) et Ma saudade de Olivier Lopes Barros (2021) ; un studio accueille aussi des ateliers de fabrication de mini-décors de cinéma.

L’exposition « PLAYTIME. L’architecture fait son cinéma » à la Galerie Poirel à Nancy
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L’exposition « PLAYTIME. L’architecture fait son cinéma » à la Galerie Poirel à Nancy

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© Les Galeries Poirel

L’idée est donc moins de faire une exposition sur les liens entre architecture et cinéma que de réconcilier le grand public avec l’architecture, « plus volontiers subie qu’aimée », déplore Caroline Leloup. « L’exposition, que l’on souhaite inclusive et joyeuse, a été pensée dans le cadre des dix ans du Festival du film d’architecture. La Ville de Nancy nous a proposé la galerie Poirel, une belle opportunité pour notre petite association ! On s’est donc dit qu’on allait fabriquer l’exposition avec des panneaux décors, comme sur un tournage. » Afin de proposer une expérience de l’espace renouvelée, rafraîchie, amusante, qui convoque l’excuse du cinéma pour mieux faire comprendre toute l’importance d’une porte ou d’une fenêtre sur un récit – sur une vie, en somme.

Intrigue dans une cour d’immeuble

Caroline Leloup, à qui l’on demande quels sont les films qui ont le plus influencé sa réflexion sur l’architecture au cinéma, détaille : « Je pense à Marius et Jeannette de Robert Guédiguian (1997) dont l’action se déroule à Marseille ; l’intrigue ne pourrait pas être transposée ailleurs que dans cette petite cour… Ici, l’architecture n’est pas forcément exceptionnelle, c’est un lieu où il y a des usages, une vie. Mais quand les personnages sont dans cette cour, qu’ils y vivent, qu’ils se parlent par les fenêtres, on a tous les éléments pour raconter une histoire ! »

Pour ceux qui toutefois voudraient approfondir le sujet de l’architecture et du cinéma, on pourra recommander différentes choses. Déjà, les épisodes que l’émission « Blow Up » sur Arte a consacrés à la fenêtre, à la porte et à l’escalier – des compilations extrêmement amusantes à regarder. Ensuite, l’exceptionnelle œuvre vidéo de Christian Marclay, Doors (2022), qui rassemble des extraits de portes ouvertes et fermées dans des films, formant un continuum de déplacements dans différents espaces domestiques au cinéma (absolument bluffant !).

Scénographie et décors de studio conçus dans le cadre de l’exposition
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Scénographie et décors de studio conçus dans le cadre de l’exposition

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© Les Galeries Poirel

Quelques documentaires ont été consacrés à des architectes ; on pourra penser à Aalto de Virpi Suutari (2020) [ill. en une], à How Much Does Your Building Weigh, Mr Foster ? de Carlos Carcas et Norberto López Amado (2010), ou encore à Big Time. Dans la tête de Bjarke Ingels de Kaspar Astrup Schröder (2017). Certains bâtiments jouent eux aussi avec l’histoire du cinéma : dans le 14e arrondissement de Paris, Éric Lapierre a conçu une résidence universitaire truffée de références à Chris Marker. Enfin, côté décors, on pourra se plonger dans l’ouvrage récemment paru de Jean-Pierre Berthomé, Le Décor de film. De D. W. Griffith à Bong Joon-ho (2023, éd. Capricci). Mais surtout, on l’aura compris : ouvrez l’œil, puisque dans chaque film, l’architecture – même discrète – est présente, et joue un rôle de premier plan.

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Playtime. L'architecture fait son cinéma

Du 11 septembre 2024 au 7 décembre 2024

poirel.nancy.fr

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