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Vue de l’exposition “Campo di Marte” de Nathalie du Pasquier, 2022
Mrac Occitanie Sérignan • © Aurélien Mole
Portrait de Nathalie du Pasquier
Photo Ilvio Gallo
« En trente ans de création, personne ne s’était intéressé à mon travail » déclare d’emblée Nathalie du Pasquier du haut de ses soixante-cinq années assumées avec modernité, cheveux grisonnant coupés au carré et bleu de travail en guise de veste. Longuement ignorée par les musées alors que ses motifs ont incarné l’esprit du célèbre collectif de design Memphis, elle n’avait jamais, dit-elle, pensé à un projet d’exposition. Mais a relevé le défi avec brio, d’abord au MACRO de Rome puis désormais au MRAC (Musée Régional d’Art Contemporain) de Sérignan, en pensant sa scénographie comme une œuvre d’art totale, une « symphonie silencieuse » dit-elle.
L’idée ? Agencer ses œuvres en ne respectant aucune hiérarchie ou chronologie, mais en les faisant résonner les unes avec les autres comme des instruments de musique. Les murs sont peints ou recouverts de papiers colorés et parfois même les tableaux n’y sont pas accrochés mais simplement posés sur des objets, sans titre ni légende. Pour créer des espaces clos et isoler quelques pièces, la designer a aussi inventé des « cabines » faites de panneaux assemblés à la manière d’un kit Ikea, peints ou recouverts de motifs. Une manière de prôner un « art plus démocratique » nous explique-t-elle, dénonçant les prix exorbitants de l’art contemporain. Place alors aux éléments basiques : les carreaux, les briques ou encore les papiers découpés qui habillent les parois de l’exposition.
Nathalie du Pasquier, Vue d’exposition « Campo di Marte » de Nathalie du Pasquier
Huile sur toile, huile sur bois, bois peint • Musée d’imagination préventive, Macro 2021
« J’ai dessiné des meubles, des objets et beaucoup d’autres choses qui n’ont jamais été réalisées » écrit-elle dans son livret d’exposition.
Devant ses vases en céramiques, ses calices qui rappellent les objets du designer Ettore Sottsass – chef de file du mouvement Memphis au style pop et décalé – elle évite soigneusement d’évoquer leur collaboration à laquelle, sans doute, elle ne souhaite pas être réduite. L’aventure débute en 1981 lorsque, récemment installée à Milan après avoir parcouru le monde, elle se met à dessiner de nombreux tissus, tapis et affiches pour le collectif italien désormais célébrissime, apparu en réaction au rationalisme venu d’Allemagne. « J’ai dessiné des meubles, des objets et beaucoup d’autres choses qui n’ont jamais été réalisées » écrit-elle avec un soupçon d’amertume dans son livret d’exposition. C’est pourtant le début d’un langage visuel détonnant, composé de couleurs vives, de motifs africains, de lettres découpées… reflétant son talent unique pour l’assemblage.
MRAC 2022. Vue d’exposition “Campo di Marte” de Nathalie du Pasquier
© Aurélien Mole
Puis en 1987, sa pratique bascule. « J’ai peint mes premiers tableaux et ma vie a changé. » Dans son atelier milanais, elle rassemble soigneusement ciseaux, pinces, carafe, lessive, cendrier, maquettes et volumes géométriques, qu’elle peint pour en faire des natures mortes à la manière du peintre italien Giorgio Morandi. « Ma cierto ! » (« Tout à fait ! ») répond-elle avec un parfait accent italien, lorsqu’on lui prononce ce grand nom de l’histoire de l’art, ainsi réjouie de la comparaison. Mais son travail prend rapidement une autre tournure – celle de l’abstraction. Ses toiles se radicalisent, combinent des aplats colorés, des perspectives, des « blocs » agencés comme des immeubles. « J’aime les villes, l’architecture », justifie-t-elle.
Mrac 2022. Vue d’exposition « Campo di Marte » de Nathalie du Pasquier
© Aurélien Mole
En 2019, lors de sa carte blanche accordée par la société Mutina spécialisée dans la céramique, elle imagine sept constructions édifiées de briques colorées, pleines ou perforées, qui font naître d’étonnants quadrillages. Là encore, il s’agit d’élaborer des systèmes modulaires que l’utilisateur pourra ensuite s’approprier librement. Récemment, toujours chez Mutina, elle a mis au point une collection de carreaux de céramique (intitulée « Mattonelle Margherita ») peints à la main, à assembler selon son bon vouloir. Le client peut jouer avec une quarantaine de motifs qu’elle aurait dessinés en seulement dix jours !
« Il n’y a pas vraiment besoin d’explications » répète-t-elle, puisqu’elle se laisse guider par ses envies, ses évolutions, son besoin de créer.
Designer, peintre, sculptrice, céramiste… Nathalie du Pasquier est une artiste polyvalente, à l’approche instinctive. Certaines de ses peintures se révèlent d’ailleurs étonnement symbolistes et imaginatives, comme cet autoportrait confrontant une lionne inspirée de l’art naïf, qu’elle présente comme le point de départ d’une conversation avec d’autres œuvres. Ou cette cabine, « l’intérieur de ma tête dans laquelle sont installées des choses que j’aime » : des cartes postales, des photos d’œuvres inspirantes, une broderie faite à la campagne… « Il n’y a pas vraiment besoin d’explications » répète-t-elle, puisqu’elle se laisse guider par ses envies, ses évolutions, son besoin impérieux et enfantin de créer.
Vue d’exposition « Campo di Marte » de Nathalie du Pasquier
© Aurélien Mole
Le titre de son exposition ? « Campo di marte », ou « Champs de mars » en italien, évocation de la mythique avenue parisienne juxtaposant des blocs, une immense allée qui ouvre la voie vers tous les possibles… Prochaine étape : la villa Savoye, icône moderniste de Le Corbusier, qu’elle investira en juin prochain de ses toiles et constructions en bois pour en faire vibrer les murs bétonnés. L’occasion de se laisser à nouveau embarquer par son univers fantasque et ses harmonies colorées à savourer comme des bonbons.
Nathalie Du Pasquier – Campo di Marte
Du 16 avril 2022 au 18 septembre 2022
Mrac Occitanie • 146 Avenue de la Plage • 34410 Sérignan
mrac.laregion.fr
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