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Geneviève Asse, Sans titre (détail), 1970
Huile sur toile • 200 x 160 cm • Fonds De Dotation Genviève Asse, Paris • © Catalogue Raisonné - Laurentin
Geneviève Asse (1923–2021) au musée Soulages ? Le rapprochement entre le maître de l’Outrenoir et la prêtresse du bleu-gris est loin d’être artificiel : les deux artistes, de la même génération, se connaissaient et s’estimaient.
Si leurs travaux sont extrêmement différents, on y trouve une même ascèse, un même silence et une même place accordée à la lumière. Aussi, à quelques pas des grandes salles exposant les pièces maîtresses de Pierre Soulages, on peut admirer jusqu’au 18 mai une sélection d’œuvres de la peintre bretonne qui nous a quittés en 2021 à l’âge canonique de 98 ans.
Portrait de l’artiste peintre Geneviève Asse
© Fina Gomez
Née dans le golfe du Morbihan, Geneviève Asse s’y imprègne du bleu du ciel et de la mer avant de venir faire des études d’art à Paris. Là, entre deux cours à l’École du Louvre et aux Arts décoratifs, elle file au musée du Louvre copier les tableaux de Jean Siméon Chardin. Ses premières œuvres sont d’ailleurs des natures mortes au style dépouillé, dont émane déjà une présence silencieuse.
La guerre interrompt ses recherches. Asse est en première ligne. Résistante en 1943 puis, après la Libération, conductrice-ambulancière à la Croix Rouge, elle contribue à la libération du camp de Terezín, non loin de Prague. Un souvenir fort qui la marquera longtemps, et dont témoigne un des dessins exposés à Rodez.
À son retour, elle participe à des expositions collectives : la première salle en présente quelques archives, dont des affiches où elle est souvent l’un des seuls noms féminins. C’est aussi l’époque où elle commence à remplir des carnets, de gracieux leporello couverts de notes, de dessins et de bleu : fille d’éditeurs, elle accordera toute sa vie une grande importance aux livres et aux carnets, un lieu d’expérimentation privilégié où elle théorise son art.
L’exposition, plus thématique que chronologique, s’articule en différents espaces qui présentent, souvent, des œuvres moins attendues d’Asse. Après cette première salle dédiée aux carnets, aux livres et à son amour pour la gravure et la poésie, deux espaces se consacrent aux natures mortes.
Geneviève Asse, Boîtes bleues, 1948–1950
Huile sur toile • 73 × 93 cm • Don de Geneviève Asse / Coll. musée des Beaux-arts, Lyon
Si aujourd’hui, le nom d’Asse est étroitement associé à une certaine nuance bleu-gris, inspirée par le ciel et la mer de Bretagne, l’artiste aura mis du temps à la trouver.
Ces dernières, très sobres, montrent l’influence de Giorgio Morandi (dont elle visite l’atelier en 1961), de Paul Cezanne et des bodegones du Siècle d’or. On y retrouve déjà une palette très restreinte de gris, de blancs et de bleus, avec quelques striures rouges. Déjà aussi, des perspectives redressées et des compositions très compartimentées, où les ouvertures et les encadrements des portes, des placards et des fenêtres annoncent les futurs grands tableaux bleus emblématiques de l’artiste.
Un lien souligné par le co-commissaire, le directeur du musée Soulages Benoît Decron : « Ces boîtes vont devenir des grands aplats de peintures […] Je crois que c’est intéressant, non pas d’opposer, mais d’associer ces natures mortes avec ses grandes peintures plus connues. » C’est pourquoi il a choisi de disposer ces deux espaces dédiés aux natures mortes au milieu de l’exposition, « comme deux poumons », à partir desquels rayonnent les autres salles où figurent les grands camaïeux. La proximité entre les deux permet d’envisager avec un œil neuf les toiles plus abstraites – « informelles », préfèrent les commissaires – de Geneviève Asse, où se perçoit en filigrane une ossature très architecturée.
Geneviève Asse, Composition, 1970
Huile sur toile • 218×160 cm • Fonds de dotation Geneviève Asse, Paris
Progressivement, à partir des années 1960, la lumière envahit ses tableaux et dissout les formes des objets. Puis, de blanches, ses toiles deviennent de plus en plus bleues. Si aujourd’hui, le nom d’Asse est étroitement associé à une certaine nuance bleu-gris, inspirée par le ciel et la mer de Bretagne, l’artiste aura mis du temps à la trouver.
L’exposition révèle à travers plusieurs œuvres judicieusement choisies le cheminement de l’artiste vers cette teinte : toute la palette des bleus y passe, de l’outremer le plus soutenu au céruléen le plus pâle. Ce, pendant des années, jusqu’à trouver « son » bleu : « Cette couleur est venue spontanément à moi. Il y a toujours eu du bleu dans ma peinture, mais il a grandi à partir des années 1970. Il est venu me chercher, puis il s’est graduellement répandu […] Petit à petit, j’ai trouvé mon bleu », se souvient Asse dans le bel ouvrage d’entretiens que lui a consacré sa compagne Silvia Baron Supervielle, également prêteuse et autrice d’un des essais du catalogue.
Vue de l’exposition « Geneviève Asse. Le bleu prend tout ce qui passe » au musée Soulages de Rodez, 2025
À gauche : Composition, 280 × 165 cm, v. 1985. Fondation Gandur pour l’art, Genève
À droite : Stèle n°3 ; 4 ; 5, 1995–96, huile sur toile, 280×120 cm, don de l’artiste en 2012 Centre Pompidou, Paris. Musée national d’art moderne – Centre de création industrielle
© Thierry Estadieu
À partir des années 1980, le bleu s’impose. Comme le rappelle le titre de l’exposition, tiré d’une citation de l’artiste de 2003 : « L’air possède une couleur bleu : il prend tout ce qui passe. » Ses toiles se font plus atmosphériques, plus transparentes, avec un fort pouvoir d’évocation. L’exposition se conclut sur plusieurs grands formats, dont un imposant triptyque au bleu minéral zébré d’un éclair blanc. Ces immenses stèles silencieuses clôturent ce voyage bleu, au cœur de l’œuvre d’une artiste à la fois discrète et absolument incontournable.
Geneviève Asse. Le bleu prend tout ce qui passe
Du 25 janvier 2025 au 18 mai 2025
Musée Soulages • Jardin du Foirail Avenue Victor Hugo • 12000 Rodez
musee-soulages-rodez.fr
Geneviève Asse, carnets
Du 18 février 2025 au 25 mai 2025
BnF • Quai François Mauriac • 75013 Paris
www.bnf.fr
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