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Côte d'Azur

La vision du sud idyllique réinterrogée à Cannes dans l’expo inaugurale d’un nouveau centre d’art

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Publié le , mis à jour le
À Cannes, après d’importants travaux, La Malmaison vient de rouvrir rénovée, agrandie et transformée en un nouveau centre d’art contemporain international. Pour fêter son inauguration, une exposition contrastée réunit 129 œuvres de 56 artistes. Des amateurs historiques du sud, comme Matisse, Bonnard et Camoin, y entrent en collision avec des artistes contemporains parfois peu connus, pour bousculer les codes et réinterroger notre vision idéalisée du Midi.
Pierre Bonnard, L’été
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Pierre Bonnard, L’été, 1917

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Huile sur toile • 260 x 340 cm • Coll. Fondation Maeght, Saint-Paul-de-Vence • Photo Archives Fondation Maeght, Saint-Paul-de-Vence

Quoi de mieux qu’un parcours sur le thème du sud pour inaugurer un nouveau lieu sur la Croisette ? L’exposition « Luxe, calme et volupté » marque en effet la réouverture de La Malmaison, une villa blanche à colonnades bâtie en 1863 puis modifiée en 1901 – l’un des plus anciens bâtiments de Cannes encore debout.

Jadis petit lieu d’exposition surmonté de bureaux défraîchis, le lieu a été entièrement rénové par l’architecte Nelson Wilmotte, et transformé en un centre d’art contemporain international qui présentera trois expositions par an. D’un coût total de onze millions d’euros, les 18 mois de travaux ont multiplié sa surface d’exposition par trois, offrant désormais 600 m² sur trois étages, ainsi qu’une librairie-boutique, un espace pour les enfants et un nouveau toit-terrasse avec salon de thé offrant une vue imprenable sur la mer, les palmiers et la ville de Cannes.

Un paradis pour artistes

Le titre de l’exposition, « Luxe, calme et volupté », emprunté au célèbre tableau d’Henri Matisse peint en 1904 sous le soleil radieux du sud alors qu’il s’essayait au divisionnisme, évoque tout de suite le sud idéal. On songe à la lumière scintillante du soleil sur la mer et les pinèdes idylliques aux tons flamboyants qui ont charmé les peintres à partir de la fin du XIXe siècle, faisant du Midi un véritable lieu de pèlerinage pictural, recherché pour sa douceur de vivre, sa lumière unique et sa palette vive et festive.

Ce sud idéal et mythique de l’histoire de l’art est notamment représenté dans l’exposition par un superbe tableau monumental de Pierre Bonnard, L’Été (1917), grand décor où se prélassent deux femmes nues dans une clairière, mais aussi par les charmants Lola à l’ombrelle jaune (1920) et L’Atelier de Saint-Tropez (1963) de Charles Camoin, ou encore par une petite ferme ensoleillée peinte par Auguste Renoir. Le parcours est également essaimé de petites toiles de Paul Cezanne, Raoul Dufy et Henri Matisse. Sans oublier deux tableaux impressionnistes de Claude Monet peints lors d’un rare séjour sur la Riviera, dont le merveilleux, irradiant et quasiment abstrait Monte-Carlo vu de Roquebrune, impression (1883), issu de la collection du prince Albert de Monaco.

Claude Monet, Port de Monaco (Aurore)
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Claude Monet, Port de Monaco (Aurore), non daté

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Huile sur toile • 60 × 73 cm • Collection Nouveau Musée National de Monaco

La première partie, intéressante, réfléchit à ce rapport au paradis rêvé, avec le sud des vacances et des souvenirs d’enfance, représenté par Adrien Belgrand (Calanques, 2018), celui des baignades, des pique-niques et des apéros au bord de l’eau (avec une grande toile réaliste de 1891 signée du peintre montpelliérain Max Leenhardt, qui participa aux décors du Train bleu dans la gare de Lyon). Autant d’images mises en relation avec des paysages idylliques qui s’inspirent des bacchanales antiques, comme un dessin préparatoire à L’Âge d’or par Jean-Auguste-Dominique Ingres (1842) et La Danse des nymphes de Camille Corot (1860).

Casser les clichés

« J’ai souhaité montrer aussi le côté âcre, rocailleux, venteux, le sud des terres et des villages reculés, et le sud intérieur, celui de la chambre, de l’atelier, de l’intime. »

Amélie Adamo

Mais le titre de l’exposition est volontairement trompeur. « J’ai voulu remettre en cause le cliché du sud comme lieu du soleil, des paillettes et des bulles », explique la commissaire Amélie Adamo. Le parcours réinterroge et bouscule en effet cette Arcadie peinte par Matisse. « J’ai souhaité montrer aussi son côté âcre, rocailleux, venteux, le sud des terres et des villages reculés, et le sud intérieur, celui de la chambre, de l’atelier, de l’intime ». Sans oublier la réalité du Midi touristique contemporain, avec son côté moins glamour, comme en témoignent une vue de la mer depuis la fenêtre aseptisée d’un TGV (Siège avec vue d’Adrien Belgrand), une poubelle sur une plage saisie en 2023 avec un réalisme photographique par Thomas Lévy-Lasne, et des motos dans le sable sous un soleil de plomb, peintes par Vincent Bioulès (1982).

Adrien Belgrand, Siège avec vue N°2
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Adrien Belgrand, Siège avec vue N°2, 2024

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Acrylique sur panneau de bois • 30×30 cm • © Adrien Belgrand

Un grand tableau de deux mètres sur trois peint en pleine nature méridionale en 2024 par l’artiste contemporain Axel Pahlavi, représentant de la végétation et des rochers brossés sur fond orange, fait réfléchir à la question du sud confronté au changement climatique et à la transformation du paysage, car l’artiste, lorsqu’il est retourné sur les lieux, a découvert que « toute la végétation avait disparu, emportée par une inondation ».

Une exposition déconcertante

L’exposition frappe surtout par son accrochage osé, parfois esthétiquement discutable, qui télescope des grands peintres du passé et des artistes contemporains (pas tous de talent égal) avec de fortes dissonances de style et de couleurs qui rebuteront les plus conservateurs et les adeptes de l’harmonie. Les yeux piquent parfois, et ce dès la première salle, où la vulgarité assumée d’un Robert Combas jouxte le vert acide d’une version revisitée du Déjeuner sur l’herbe de Manet par Abel Pradalié (2023). Dans la deuxième, le grand Bonnard, placé sur le côté et non au centre, entre en collision avec les couleurs crues des Joueurs d’échecs de Cristine Guinamand (2024), les tons terreux de l’apocalyptique Tas mental de Simon Pasieka (2023) et un personnage sculpté par Martial Raysse.

Robert Combas, Portrait de Geneviève ma fiancée en princesse
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Robert Combas, Portrait de Geneviève ma fiancée en princesse, 1987

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Acrylic sur toile • 195 × 230 cm • © Adagp, Paris, 2025

Passé ce choc visuel, on repère cependant de fines correspondances de compositions et des rapprochements de fond pertinents. Un lien inattendu s’instaure entre La Danse des nymphes de Corot et Concert champêtre de Ronan Barrot. Dans une salle réussie, les deux Monet aux bleus lumineux dialoguent entre autres avec un irradiant tableau jaune (D’un été l’autre – Grand Jaune de Gérard Traquandi, 2023) et de poétiques taches de soleil par Carole Benzaken (2021). Montrant ainsi comment la lumière éblouissante du sud devient un sujet à part entière qui, isolé comme un échantillon, mène les artistes vers l’abstraction.

L’exposition a le mérite de provoquer un débat, car elle bouscule les règles de présentation habituelle de nos grands peintres du passé, en les exposant au côté d’artistes contemporains parfois peu connus. Sur le même principe que « Le Jour des peintres », présenté en 2024 au musée d’Orsay, le parcours chamboule les hiérarchies d’époque, de style et de notoriété, et désacralise les grands noms.

En somme, l’exposition est à l’image de Cannes, « ville la plus contrastée de France », selon son maire David Lisnard. Une cité où le luxe et les paillettes cohabitent avec la précarité, où le classique chic jouxte le kitsch, le populaire et le tapageur. Une ville dans laquelle tous les mélanges sont possibles pour le meilleur et pour le pire, mais qui, notamment à travers son mythique festival de cinéma et sa fameuse Croisette, continue de faire rêver le monde entier !

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Luxe, calme et volupté

Du 1 février 2025 au 20 avril 2025

www.cannes.com

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