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PARIS

Le fabuleux cabinet de curiosités de l’empereur Rodolphe II exposé au Louvre

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Publié le , mis à jour le
Instruments scientifiques, dessins méticuleux d’animaux et de plantes, fabuleux objets d’art en pierres naturelles… Au Louvre, une exposition rassemble certaines des pièces les plus exquises du légendaire cabinet de curiosités de l’empereur Rodolphe II (1552–1612), grand mécène féru d’art et de sciences, qui fut à la tête du Saint Empire romain germanique. Des trésors qui témoignent, au crépuscule de la Renaissance, de l’avènement d’une nouvelle manière d’appréhender la nature et le monde.
Hans Hoffmann, Lièvre entouré de plantes (détail)
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Hans Hoffmann, Lièvre entouré de plantes (détail), v. 1584

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Aquarelle et gouache sur parchemin monté sur bois • 57 x 49 cm • Coll. Gallerie Nazionali di Arte Antica, Roma • © Gallerie Nazionali di Arte Antica, Roma (MiC) / Bibliotheca Hertziana, Istituto Max Planck per la storia

Dès l’entrée, l’œil butine de trésor en trésor. Cadran solaire, sphère armillaire, compendium astronomique… De précieux instruments témoignant d’une curiosité raffinée vis-à-vis des mystères du monde côtoient des œuvres exquises où arts et sciences s’entremêlent. Parmi elles, une grande aquarelle virtuose représentant poil par poil un lièvre sur fond de plantes et d’insectes détaillés, de précieuses miniatures de poissons et de papillons, ou encore une scène des Métamorphoses d’Ovide divinement sculptée dans de l’ivoire, où s’immisce une petite souris à la signification érudite…

Les objets et œuvres présentés ici ont presque tous appartenu à une seule personnalité fascinante : l’empereur Rodolphe II de Habsbourg (1552–1612), qui régna à partir de 1576 sur le Saint Empire romain germanique et la Bohême, ainsi que sur les royaumes de Hongrie et de Croatie. Peu intéressé par les conquêtes et la gestion de ses affaires, ce fils de Maximilien II et petit-fils de Charles Quint était en revanche un prodigieux mécène, très ouvert aux sciences et aux arts, qui commandait de nombreuses œuvres. Un gouvernant insolite qui délaissait l’exercice du pouvoir politique pour se plonger dans la contemplation des étoiles, des fleurs et des insectes !

Attiré par l’alchimie, la magie et le surnaturel

Erasmus Habermel, Cadran solaire avec cercle équatorial
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Erasmus Habermel, Cadran solaire avec cercle équatorial, v. 1600

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Laiton doré et gravé • 38,5 × 26,3 × 26,3 cm • Coll. Uměleckoprůmyslové museum, Prague • © Ondřej Kocourek, The Museum of Decorative Arts in Prague

Dans sa cour, d’abord installée à Vienne, puis à Prague à partir de 1583, Rodolphe II s’entoure d’hommes de sciences et d’artistes aux fortes personnalités et aux opinions diverses, venus de toute l’Europe, qui y débattent dans une ambiance foisonnante et informelle. « Beaucoup de clichés ont circulé sur lui. On racontait qu’il était un personnage neurasthénique, à moitié fou, qui régnait sur une cour décadente remplie d’alchimistes et de prostituées. Mais sa cour reflétait simplement les mutations à l’œuvre en Europe » expliquent les commissaires de l’exposition, Philippe Malgouyres et Olivia Savatier Sjöholm.

Cet empereur excentrique est attiré par l’alchimie, la magie et le surnaturel, qui se mêlent allègrement à son amour des sciences et du Cosmos, toutes ces disciplines ayant un seul et même but : percer les mystères du monde, déverrouiller ses mécanismes secrets. Cette ouverture scientifique teintée de fantaisie est vue d’un mauvais œil par les obscurantistes, qui mettent en place une Inquisition pour la combattre. Mais, dans sa cour-laboratoire en pleine ébullition, Rodolphe II protège ses savants. Ainsi, c’est sous son aile, à la cour de Prague, que l’Allemand Johannes Kepler fonde l’astronomie moderne, à une époque où toutes les observations se font encore à l’œil nu.

Le plus beau cabinet de curiosités d’Europe

Très réputé, le cabinet de curiosités (« Kunstkammer ») de l’empereur est considéré par ses contemporains comme le plus beau d’Europe. Méticuleusement classés et rangés dans des placards, des boîtes et des coffres, les objets qui y sont conservés sont faits pour être sortis de leurs tiroirs, afin d’être manipulés et contemplés de très près.

Joris Hoefnagel, Le Printemps, de la série des Quatre Saisons et quatre âges de l’homme
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Joris Hoefnagel, Le Printemps, de la série des Quatre Saisons et quatre âges de l’homme, 1589

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Aquarelle, gouache et or sur vélin, doublée sur papier et montée sur un fin panneau de bois • 12,5 × 18,5 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © Musée du Louvre, dist. GrandPalaisRmn / Martine Beck-Coppola

Figurant parmi les tous premiers souverains à s’intéresser à l’histoire naturelle, Rodolphe II regroupe autour de lui des artistes s’intéressant à l’observation directe, et à ce qui n’avait pas encore été estimé digne d’être représenté : un escargot, une mouche velue, un rocher aux formes accidentées… Dans l’exposition, on se délecte du raffinement des aquarelles et gouaches sur vélin de l’enlumineur Joris Hoefnagel (1542–1600), premier artiste connu à avoir pratiqué la lépidochromie – c’est-à-dire à avoir collé des ailes de papillons sur le parchemin pour ensuite dessiner et peindre le corps de l’insecte, rendant difficile la distinction entre nature et peinture.

Roelandt Savery, Orphée charmant les animaux
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Roelandt Savery, Orphée charmant les animaux, 1625

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Huile sur toile • 55 × 85 cm • Coll. Národní galerie Praha, Prague • © National Gallery Prague

Une sensibilité émouvante se dégage également d’une reprise virtuose par le peintre allemand Hans Hoffmann du fameux lièvre d’Albrecht Dürer, artiste adulé de Rodolphe II [ill. en Une]. Sur cette grande aquarelle et gouache sur parchemin de 1583–1585, l’adorable animal, représenté poil par poil, lève vers nous un œil rond et doux, entouré de plantes et d’insectes détaillés avec poésie et délicatesse. Plus loin, on découvre des tableaux de fleurs et d’animaux par Roelandt Savery : pionnier du genre, cet artiste est l’auteur en 1603 du tout premier bouquet de fleurs daté de l’art des anciens Pays-Bas.

Un portrait en fruits, légumes et fleurs

Au centre du parcours, tous les regards convergent vers une huile sur bois colorée de l’artiste italien Giuseppe Arcimboldo : un portrait grotesque de Rodolphe II composé entièrement de fruits, de légumes et de fleurs (Vertumne, 1590). Dans le même esprit que ses fameuses Quatre Saisons (1563–1573), qu’il avait offertes au père de Rodolphe, Maximilien II, celui-ci présente l’empereur en dieu romain des saisons, du changement et de la croissance des plantes.

Giuseppe Arcimboldo, Portrait de Rodolphe II en Vertumne
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Giuseppe Arcimboldo, Portrait de Rodolphe II en Vertumne, v. 1593

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Huile sur bois • 68 × 56 cm • Coll. Statens historiska museer, Skokloster – château de Skokloster • © Skoklosters slott/SHM (PDM)

Une poire en guise de nez, des épis de blé figurant les sourcils, des pommes rebondies pour les joues, une bogue de châtaigne hérissée servant de menton… Plein d’humour et d’ingéniosité, ce portrait exprime un sentiment d’abondance et de prospérité, tout en impressionnant par la précision du rendu des différents produits de la nature. À cette époque, les frontières entre arts et sciences sont encore très poreuses : Arcimboldo est considéré comme un botaniste, et l’enlumineur Hoefnagel comme un zoologiste, lui dont les dessins si précis ont permis l’identification de plusieurs espèces de poissons exotiques !

L’Art nouveau avec plusieurs siècles d’avance

Parmi les trésors de Rodolphe II figurent également de précieux objets d’art (tableaux en pierre dure, coupes, vases…) réalisés à partir de pierres naturelles comme l’agate et le jaspe, qui mettent en avant les taches et les irrégularités présentes à leur surface. Jadis considérées comme impures, ces pierres deviennent, à la cour de l’empereur, prisées pour leurs petits détails témoins de la complexité et des métamorphoses permanentes de la nature.

Nikolaus Pfaff, Coupe
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Nikolaus Pfaff, Coupe, XVIe siècle

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Corne de rhinocéros • H. 29,6 cm • Coll. Kunsthistorisches Museum, Kunstkammer, Vienne • © KHM-Museumsverband

Telle une fleur soutenue par des personnages féminins aux bras constitués de branches de corail, une sidérante coupe en corne de rhinocéros de Nikolaus Pfaff annonce l’Art nouveau avec plusieurs siècles d’avance. En mettant en valeur les motifs naturels présents à la surface des pierres dans lesquels ils sont sculptés, les superbes vases du lapidaire italien Ottavio Miseroni évoquent quant à eux des œuvres abstraites. Sa Grande nef en héliotrope présente des formes mouvantes, vivantes, magnifiant l’imprévisibilité de la nature.

Au lieu de chercher à dompter cette dernière pour la faire entrer dans un moule artificiel et en fournir une vision idéalisée, les artistes de la cour de Rodolphe II laissent toute sa beauté irrégulière et complexe s’exprimer, jusqu’à la moindre sauterelle ou herbe folle. Empreintes d’un profond respect pour les merveilles du monde, leurs œuvres témoignent d’une nouvelle souplesse de vue. En cherchant à asseoir son pouvoir non par la force (en terrassant la nature), mais par la connaissance (en l’étudiant dans ses moindres détails), leur commanditaire s’érige en passionnant précurseur des Lumières.

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L'expérience de la Nature. Les arts à Prague à la cour de Rodolphe II

Du 19 mars 2025 au 30 juin 2025

www.louvre.fr

Retrouvez dans l’Encyclo : Albrecht Dürer Arcimboldo
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