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Lyon

Le rêve, star d’une exposition XXL au musée des Confluences

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Publié le , mis à jour le
Le saviez-vous ? On passe un tiers de notre vie à dormir… Et le rêve est l’une des expériences sensibles qui nous occupe le plus ! Riche de ce constat, le musée des Confluences à Lyon a souhaité explorer les contrées du rêve et du cauchemar, réunissant des témoignages, des analyses scientifiques, des objets issus de cultures extra-occidentales, des œuvres d’art ancien et contemporain, des extraits de films, des bandes dessinées… Un panorama singulier et passionnant, qui s’étend sur 1 000 mètres carrés d’exposition.
Vue de l’exposition “Le temps d’un rêve” au musée des Confluences
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Vue de l’exposition “Le temps d’un rêve” au musée des Confluences

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© Musée des Confluences - Bertrand Stofleth

Tout commence avec une pieuvre. Car il s’agit d’abord de tenter une définition du rêve, le parcours s’ouvre sur une pieuvre en train de dormir, filmée en 2019 ; sa peau ne cesse de changer de couleurs, et son corps de bouger, comme si elle était en train de rêver… Mais cette hypothèse est impossible à vérifier, précise d’emblée Yoann Cormier, chef de projet de l’exposition « Le temps d’un rêve » au musée des Confluences. « On n’a jamais accès au rêve, seulement à son récit », précise celui qui invite tout un chacun à noter le plus possible ses songes nocturnes, pour mieux les apprivoiser.

Alors cette première pieuvre, toute agitée qu’elle soit, offre une introduction prudente à cette vaste exploration. La scénographie a été pensée comme un décor de théâtre dont on verrait les coulisses ; il s’agit ici d’aborder l’envers du décor, d’entrer dans la nuit noire et de tâcher d’ouvrir les yeux sur les signaux oniriques, aussi insaisissables qu’un savon mouillé. D’ailleurs, la scénographie est truffée d’« anomalies », nous dit le commissaire, éloge du mouvement, des métamorphoses, qui se confirment dans des projections sur le haut des murs, visions sans queue ni tête créées par une intelligence artificielle.

Du rêve à son récit

L’exposition entend tourner autour du rêve pour en proposer une expérience totale.

Sur les murs, des citations littéraires. Comme celle, sublime, de Marguerite Yourcenar dans ses Mémoires d’Hadrien (1951) : « L’inévitable plongée hasardée chaque soir par l’homme nu, seul et désarmé, dans un océan où tout change, les couleurs, les densités, le rythme même du souffle, et où nous rencontrons les morts. » De temps à autre, un divan, sur lequel on s’allonge pour écouter d’autres textes, lus par des comédiens. Pour faire ainsi la jonction entre le chapitre du rêve et celui de son récit (l’exposition étant divisée en deux grandes parties), un mur de réveille-matin, dont la simple vision provoque un résonnement bruyant.

Vue de l’exposition « Le temps d’un rêve » au musée des Confluences
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Vue de l’exposition « Le temps d’un rêve » au musée des Confluences

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© Musée des Confluences – Bertrand Stofleth

On l’aura compris : avec ce décor soigneusement pensé, l’exposition entend tourner autour du rêve pour en proposer une expérience totale… Mais aussi sérieuse : la première salle du parcours est scientifique, avec l’intervention de la chercheuse en neurosciences Perrine Ruby, laquelle a accepté de répondre à différentes questions (« Le rêve est-il le propre d’Homo sapiens ? »). On y voit aussi un flamant rose naturalisé en plein sommeil, venu du Muséum d’Histoire naturelle de Paris, un passage du Horla (1886) de Guy de Maupassant, un extrait du Cabinet du docteur Caligari réalisé par Robert Wiene en 1920, des impressions 3D de rêves d’astronautes signées de la plasticienne Justine Emard…

Jeux vidéo et collections anthropologiques

Transdisciplinaire, le parcours n’hésite pas ensuite à illustrer un passage sur les temples d’incubation – où l’on se rendait dans l’Antiquité pour dormir, rêver et surtout guérir grâce à une vision nocturne – par un passage du jeu vidéo Assassin’s Creed, dans lequel on peut voir le sanctuaire d’Asclépios à Épidaure… Un site reconstitué avec un sérieux d’historien, appuie le commissaire, qui n’a rien à envier en termes de détails à la toile d’Ernest Auguste Gendron qui lui fait face, Offrande à Esculape (1873).

Auguste Ernest Gendron (1817-1881), Offrande à Esculape
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Auguste Ernest Gendron (1817–1881), Offrande à Esculape, 1873

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Huile sur toile • 94,5 × 142,5 cm • Musée de Tessé, Le Mans • © Musées du Mans

Puis l’on s’attarde sur des objets rituels venus du monde entier. Comme un masque ariaso de Papouasie-Nouvelle-Guinée, qui témoigne du rêve comme « espace d’interaction avec les esprits de la forêt ». Des peintures réalisées par des Aborigènes d’Australie donnent, quant à elles, à voir différentes facettes du célèbre mythe fondateur, traduit par le « Rêve » et étroitement associé à une représentation cartographique de leurs terres.

Des appuie-nuque de toutes sortes, qui sont bien souvent associés à des cultures où les hommes et les femmes portent d’impressionnantes coiffes que la nuit ne saurait froisser, originaires des quatre coins du globe (Chine, Éthiopie, Fidji), et dont les formes sont dictées par différentes croyances (en forme de tigre, l’appuie-tête chinoise éloignerait les mauvais esprits). Ou encore d’authentiques capteurs de rêves (ou dream catchers), dont l’origine remonte aux nations autochtones d’Amérique du Nord et qui n’ont rien à voir avec les objets de décoration vendus un peu partout aujourd’hui…

Les artistes rêvent aussi

« Beaucoup d’artistes puisent dans le rêve une nourriture intense. »

Yoann Cormier

Ces objets rituels laissent place à un ballet de « visions d’artistes », avec quelques pépites. Telle une installation sculpturale du génial Hans Op de Beeck, qui figure une jeune fille endormie sur un lit flottant au beau milieu de nénuphars (2019)… Mais aussi d’intrigantes Gravures de rêves (1847) signées du fameux dessinateur Grandville, des planches de l’incontournable Little Nemo in Slumberland (1905) de Winsor McCay, des peintures surréalistes de Victor Brauner, une vidéo du plus rêveur des cinéastes contemporains, Invisibility (2016) d’Apichatpong Weerasethakul, une sculpture de Marie de Rolla endormie (1891) par Eucher Girardin, inspirée d’un poème d’Alfred de Musset…

Carte postale « Clef des songes »
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Carte postale « Clef des songes », XXe siècle

Le rêve a inspiré plus d’un artiste, cela est certain, et son interprétation aussi. Après nous avoir invités dans le cabinet du père de la psychanalyse Sigmund Freud à Vienne, reproduit en miniature par le génie du genre Charles Matton, l’exposition se termine sur une grande salle blanche… Comme un réveil après la nuit. Ici s’enchaînent les récits de rêves, d’anonymes, de détenus, mais aussi d’artistes comme Federico Fellini ou l’autrice de bandes dessinées Rachel Deville. Yoann Cormier le confirme : « Beaucoup d’artistes puisent dans le rêve une nourriture intense. »

On apprend ainsi que le « Yesterday » de Paul McCartney lui a été soufflé en rêve, tout comme le rythme du « Satisfaction » des Rolling Stones l’a été au guitariste Keith Richards. Même le physicien Niels Bohr a affirmé avoir visualisé endormi la structure des atomes qui lui ont permis d’être récompensé du prix Nobel de physique en 1922 ! Le commissaire le redit en riant : « Je fais du prosélytisme autour de moi, j’invite tout le monde à noter ses rêves. »  Leur sens, affirme-t-il, leur richesse sont des compagnons de premier plan… Une astuce ? Racontez-les à voix haute avant même d’ouvrir les yeux !

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Le temps d’un rêve

Du 18 octobre 2024 au 24 août 2025

museedesconfluences.fr

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La Fabrique du rêve. Songe et représentation au seuil de la modernité

Par Victor Ieronim Stoichita

Éd. Hazan • 280 p. • 110 €

Hasard du calendrier, les éditions Hazan publient ce 30 octobre un exceptionnel ouvrage autour de la représentation du rêve dans l’histoire de l’art, qui n’est donc pas le catalogue de l’exposition mais lui offre un superbe complément. Écrit par le critique d’art Victor Ieronim Stoichita, l’ouvrage est illustré de 150 œuvres d’art signées de Giorgione (Vénus endormie, c. 1510), du Titien, de Pollock (Portrait and a dream, 1973), de Vermeer, de Füssli (Le Cauchemar, 1781), de Dürer ou encore de Piero della Francesca (Le Songe de Constantin, c. 1460), et enrichi de nombreuses références littéraires. Un livre érudit, et magnifiquement conçu.

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