Article réservé aux abonnés

En images

Les 1 001 nuances de la gravure au musée du Louvre

Par

Publié le , mis à jour le
La gravure, un art du noir et blanc ? Avec son exposition « Gravure en clair-obscur », le musée du Louvre déjoue les idées reçues et raconte comment, dès les XVIe et XVIIe siècles, de l’Allemagne à l’Italie, certains artistes se sont lancés dans la production d’images colorées. Découverte de ce pan méconnu de l’histoire de l’art.
Lucas Cranach l'Ancien, Saint Georges et le dragon
voir toutes les images

Lucas Cranach l'Ancien, Saint Georges et le dragon, 1507

i

Une course à la couleur

Moins d’un siècle après la révolution de la gravure, qui permet la production en masse d’images, un nouveau phénomène apparaît au début du XVIe siècle. Dans le sud de l’Allemagne, les cours de Saxe et d’Augsbourg s’affrontent par graveurs interposés : qui sera le premier à mettre au point l’impression de gravures en couleur ? Au Saint Georges bleu, noir et or de Lucas Cranach l’Ancien (1507), Hans Burgkmair l’Ancien réplique la même année avec son Empereur Maximilien à cheval. Véritable innovation, la technique permet d’obtenir la couleur au moment même de l’impression et de se libérer du fastidieux coloriage à la main.

Gravure sur bois sur papier coloré en bleu • 23,4 x 16 cm • Coll. The British Museum, Londres • © The Trustees of the British Museum

Hans Baldung Grien, Les Sorcières
voir toutes les images

Hans Baldung Grien, Les Sorcières, 1510

i

Mise en scène dramatique

Plutôt que d’être appliquées par zones, les différentes couleurs permettent de révéler les volumes de la composition par un jeu de contraste : le fameux clair-obscur. Une formule qui se prête particulièrement aux apparitions fantastiques de Hans Baldung Grien. Avec Les Sorcières, un chef-d’œuvre du genre, l’artiste invite le spectateur au cœur d’une scène hallucinée, dont le mystère se trouve renforcé par les variations abruptes entre les teintes et les accents de lumière. Une perception qui peut néanmoins varier suivant que la couleur du fond soit verte, orange ou brune. Une variation qui permet, déjà au XVIe siècle, d’adapter l’œuvre d’art multiple à une clientèle variée.

Gravure sur bois • 37,4 x 26 mm • Coll. & © BnF, aris

Hendrik Goltzius, Hercule tuant Cacus
voir toutes les images

Hendrik Goltzius, Hercule tuant Cacus, 1588

i

Une technique de haut vol

Si le procédé permet une production à grande échelle, sa mise en œuvre exige une grande précision technique. Étape une : une première matrice de bois (la planche de teinte) est légèrement gravée pour permettre au blanc du papier d’apparaître en réserve et figurer les rehauts de blanc. Elle sera ensuite imprimée en couleur, comme le montre le Hercule de Hendrik Goltzius. Étape deux : sur une deuxième planche, le graveur creuse autour des contours de son motif, qui apparaîtra en noir. Imprimées l’une à la suite de l’autre sur un même papier, celles-ci doivent se superposer parfaitement pour obtenir l’effet voulu ; un véritable tour de force ! Si les artistes se limitaient le plus souvent à deux matrices, il était possible d’obtenir une palette infinie de nuances avec l’adjonction de planches de teintes intermédiaires, mais rendant l’impression chaque fois plus complexe…

41,1 x 33 cm • Coll. & © Rijksmuseum, Amsterdam

Mair von Lanshut, Une dame et un cavalier conversant sur le seuil d’une maison gothique
voir toutes les images

Mair von Lanshut, Une dame et un cavalier conversant sur le seuil d’une maison gothique

i

Gravure versus dessin, une frontière ténue

Les dessins exécutés sur papier à la pointe de métal et rehaussés à la gouache connaissent une grande vogue à la fin du XVe siècle. Si bien que, pour répondre à une demande toujours grandissante, le même type d’image en version gravée se développe. À cela s’ajoute les recherches sans cesse renouvelées des artistes vers de nouvelles techniques. Avec sa maison gothique, Mair von Landshut propose une œuvre qui combine à la fois dessin et gravure – donnant ainsi l’illusion d’une œuvre unique. L’artiste a-t-il voulu proposer une nouvelle alternative aux deux techniques ou tromper le collectionneur sur la nature de son œuvre ?

plume, lavis, réhauts d'or • 22,5 x 16,7 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © RMN-GP

Ugo da Carpi, Diogène
voir toutes les images

Ugo da Carpi, Diogène, 1527-1530

i

Le clair-obscur : du Nord au Sud

Apparu au nord des Alpes, le clair-obscur ne tarde pas à gagner l’Italie pour y faire fortune sous le nom de chiaroscuro et y être même revendiqué, en 1516, comme une invention locale par Ugo da Carpi. L’Italien collabore avec les artistes les plus célèbres de son temps, à l’instar du Parmesan, qui, au lieu de fournir un dessin au graveur, aurait peut-être tracé lui-même les contours de ce Diogène. La fluidité du dessin, le dynamisme des formes, comme le savant effet de camaïeu bleu-vert, participèrent au très grand succès de cette estampe, imprimée encore longtemps après la mort du graveur.

Gravure sur bois • 48 x 34,9 cm • Coll. & © Fondation Custodia, Paris

Joos Gietleughen, d'après Frans Floris, Les chasses
voir toutes les images

Joos Gietleughen, d'après Frans Floris, Les chasses, 1555

i

Un ancêtre pour le papier peint

La gravure en clair-obscur entre aussi en concurrence avec la peinture et en particulier la fresque. Car à partir de 1550 les gravures de grands formats apparaissent comme un moyen moins onéreux de décorer les intérieurs. De son voyage en Italie le peintre flamand Frans Floris importe le format panoramique, encore inédit dans le Nord. En collaboration avec le graveur Joos Gietleughen, il réalise Les Chasses, gravure longue de plus de deux mètres et ayant nécessité l’usage d’au moins douze plaques !

43,1 x 262,5 cm • Coll. & © BnF, Paris

Abraham Bloemaert, impression par: Frederik Bloemaert, Het Tekenboek
voir toutes les images

Abraham Bloemaert, impression par: Frederik Bloemaert, Het Tekenboek, 1650-1656

i

Derniers essais…

Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, la gravure en clair-obscur brille de ses derniers feux. Exécutée à partir de bois gravés, la technique en taille d’épargne tombe peu à peu en désuétude face à l’emploi prédominant de la taille-douce et du support en métal. Et les tentatives de quelques graveurs comme Abraham Bosse en France ou les Bloemaert à Utrecht, qui tentent d’insuffler un nouvel élan au procédé en substituant à la planche de trait en bois une matrice à l’eau-forte sur cuivre, restent sans lendemain.

Gravure • 30,5 x 22,3 cm • Coll. The British Museum, Londres • © The Trustees of the British Museum

Arrow

Gravure en clair-obscur. Cranach, Raphaël, Rubens...

Du 18 octobre 2018 au 19 janvier 2019

Retrouvez dans l’Encyclo : Lucas Cranach

Vous aimerez aussi

Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...

Visiter la boutique
Visiter la boutique

À lire aussi