Léon Bonnat, Portrait de l’artiste, 1855
Huile sur panneau • 46 x 37,5 cm • musée d’Orsay, Paris • © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
Paul Cézanne, Portrait de l’artiste, vers 1875
Génie renfrogné
Dans ce portrait très cru de sa période dite « couillarde », qui précède son style le plus connu, Paul Cézanne (1839–1906) ne cherche pas à se mettre en valeur ! Posant devant un tableau d’Armand Guillaumin représentant la Seine, l’artiste barbouille la toile en quelques gestes pour se représenter un peu grognon sous sa tignasse et sa barbe désordonnée qui lui couvre la bouche. Laissant deviner son caractère grincheux et introverti, mais aussi sa simplicité, qui transparaît pleinement dans la visite de son atelier rustique d’Aix-en-Provence.
Huile sur toile • 64 x 53 cm • musée d’Orsay, Paris • © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski
Claude Monet, Coin d’atelier, 1861
Portrait chinois
L’autoportrait peut prendre des formes inattendues. Physiquement absent du tableau, le jeune Claude Monet (1840–1926), alors âgé de 21 ans, se représente à travers des objets disposés dans un coin de son atelier : palette, pinceaux, livres… Au fond, des armes à feu accrochées au mur évoquent le service militaire de 7 ans auquel il a échappé grâce à sa tante qui, selon une pratique légale à l’époque, lui a payé un remplaçant. La toile est un manifeste de sa vocation d’artiste, et un pied-de-nez à son père, qui lui avait fait subir un chantage : il n’aurait payé le remplacement qu’à condition qu’il ne devienne jamais peintre…
Huile sur toile • 180 x 130 cm • musée d'Orsay, Paris • © Bridgeman Images / Photo Josse
Jean Carriès, Le Guerrier, 1881
Artiste en armure
Bien que la peinture y soit majoritaire, l’exposition intègre quelques sculptures, dont ce buste en plâtre patiné de Jean Carriès (1855–1894), qui se représente sous les traits d’un guerrier de la Renaissance, paradoxalement fragile dans son armure de fer. L’œuvre montre comment l’autoportrait peut permettre de se réinventer en se créant un personnage, et de s’interroger par l’imaginaire sur sa condition d’artiste…
Plâtre patiné • 44 x 61 x 36 cm • musée des Beaux-Arts de Lyon • © Lyon MBA / Photo Laurent Sully-Jeaulmes
Vincent Van Gogh, Portrait de l’artiste, 1887
Introspection rayonnante
Auteur d’une quarantaine d’autoportraits, Vincent Van Gogh (1853–1890) pratiquait cet art sans calcul et sans relâche, à la fois comme un exercice de style, et un moyen de sonder son âme tourmentée. Star de l’exposition, ce joyau du musée d’Orsay fascine par son intensité, sa texture et son mouvement. Composée d’une multitude de petits traits de couleurs vives apposés lestement, l’œuvre rayonne et semble se créer sous nos yeux. La peau, la chevelure et la barbe de l’artiste évoquent un paysage vivant, comme si des herbes folles poussaient sur son visage…
Huile sur toile • 44 x 35,5 cm • musée d’Orsay, Paris • © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt 23
Charles Laval, Portrait de l’artiste, 1889
Talent méconnu
Représentant du synthétisme dont certains paysages aux couleurs éclatantes, composés de larges aplats colorés cernés de noir, ont été longtemps attribués à tort à son célèbre ami Paul Gauguin, Charles Laval (1861–1894) se dépeint ici en homme fiévreux, les pommettes rouges. Atteint de plusieurs maladies, dont la tuberculose, cet artiste injustement méconnu mourra cinq ans plus tard, à l’âge de seulement 33 ans…
Huile sur toile • 46,5 x 38,2 cm • musée d’Orsay, Paris • © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski
Émile Bernard, Autoportrait au tableau “Baigneuses à la vache rouge”, vers 1889
Duo rougeoyant
Lui aussi proche de Gauguin et associé à l’école de Pont-Aven, Émile Bernard (1868–1941) se représente ici devant une toile importante de sa carrière (Baigneuses à la vache rouge, 1887), dont les couleurs semblent avoir contaminé son visage. Cet autoportrait est exposé aux côtés d’un autre surprenant du même artiste, dit « symbolique » et peint suite à une rupture amoureuse : celui-ci le montre triste et maladif, hanté par des figures féminines rougeâtres dispersées tout autour de sa tête – une matérialisation de ses pensées digne d’une bande dessinée. « Parce qu’il n’y a pas de commanditaire derrière qui impose ses vues, l’autoportrait constitue un genre plus libre, et donc plus moderne » commente Christophe Leribault, président du musée d’Orsay.
Huile sur toile • 54,2 x 44,8 cm • musée d'Orsay, Paris • © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
Gustave Caillebotte, Portrait de l’artiste, vers 1892
Modestie touchante
Brossé avec dextérité, cet autoportrait nous livre un Gustave Caillebotte (1848–1894) touchant et plus vrai que nature, deux ans avant sa mort prématurée. Sans concession ni artifice, l’œuvre émeut par l’expression vulnérable du peintre, qui semble s’interroger sur sa propre valeur. On y devine l’homme meurtri par les deuils familiaux, mais aussi le peintre modeste et discret qui, proche du réalisme et de l’impressionnisme, mais détenteur d’un style à part, ne se considérait pas comme un vrai artiste, préférant s’effacer au profit de ses amis…
Huile sur toile • 40,5 x 32,5 cm • musée d’Orsay, Paris • © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Martine Beck-Coppola
Clémentine-Hélène Dufau, Portrait de l’artiste, 1911
Une artiste accomplie
L’omniprésence des hommes dans cette sélection vous frappe ? Maud Leyoudec, conservatrice du musée et commissaire de l’exposition, en est bien désolée : ce tableau de Clémentine-Hélène Dufau (1869–1937) s’avère être le seul et unique autoportrait féminin conservé au musée d’Orsay ! Au-delà de cet amer constat, on se réjouit face à l’assurance de cette artiste féministe qui se représente en pied, souriante, vêtue d’un costume conçu pour le ballet russe Shéhérazade de Rimski-Korsakov. La peintre et affichiste, qui reçoit de nombreux prix et commandes de décors monumentaux, notamment pour la Sorbonne et la villa d’Edmond Rostand, se montre en élégante originale, fière de ses accomplissements.
Huile sur toile • 181 x 70 cm • musée d'Orsay, Paris • © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski
Alexis Axilette, Portrait de l’artiste, 1907
Fauvisme flamboyant
C’est l’une des grandes surprises de cette exposition. Méconnu, Alexis Axilette (1860–1931) était un peintre plutôt académique avant de se lancer, en 1906–1907, dans une courte période fauve qu’il aurait dû poursuivre, tant cet autoportrait se révèle flamboyant, surprenant et contrasté : sur un fond orange qui semble rétro-éclairé, l’artiste y apparaît diabolique avec ses yeux rouges perçants et ses cernes vertes. Une œuvre intense et hypnotique !
Huile sur toile • 61 x 50 cm • musée d’Orsay, Paris • © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski
Autoportraits. De Cézanne à Van Gogh
Du 29 avril 2023 au 17 septembre 2023
www.musee.patrimoine.lepuyenvelay.fr
Musée Crozatier • 2 Rue Antoine Martin • 43000 Le Puy-en-Velay
www.musee.patrimoine.lepuyenvelay.fr
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Douceur romantique
Portraitiste reconnu de la Troisième République, Léon Bonnat (1833–1922) revient très inspiré de son séjour à Madrid, où il étudie la peinture terreuse et intense des grands maîtres espagnols. Âgé d’une vingtaine d’années, le beau ténébreux livre ici un autoportrait d’inspiration romantique, d’une grande douceur mêlée de gravité. Bien que posés sur nous, ses yeux semblent perdus ailleurs, plongés dans son monde intérieur. Car si l’autoportrait permet de se mettre en scène, il est aussi, souvent, un exercice introspectif…