Ernest Cole, House of Bondage, années 1960
© Ernest Cole/Magnum Photos
Alors que l’excellent documentaire de Raoul Peck Ernest Cole, photographe est toujours diffusé dans quelques salles de cinéma en France, le travail poignant du photographe sud-africain est aussi mis en lumière à la galerie Magnum à Paris, où est exposée une sélection de tirages d’époque extraits de son grand œuvre House of Bondage, seul livre publié du vivant de Cole, en 1967. Par une alternance d’images et de textes écrits par le photographe, ce dernier documente les difficiles et aberrantes conditions de vie des Noirs sous le régime de l’apartheid, qui a régi la société sud-africaine de 1948 au début des années 1990.
Organisée en collaboration avec la galerie Goodman et le Ernest Cole Family Trust l’exposition, qui sera ensuite présentée dans les locaux de la galerie Goodman au Cap, met en regard les clichés d’Ernest Cole avec les mots d’artistes et de critiques d’art d’aujourd’hui. Une façon de renouveler la lecture de l’œuvre du photographe et de transmettre son héritage. Celui-ci est d’autant plus considérable que plus de 60 000 négatifs conservés dans une banque suédoise (et pour la plupart inédits) ont été redécouverts en 2017.
Rien ne prédestinait le jeune Ernest Cole, né en 1940 dans le township d’Eersterust (situé non loin de Pretoria), à devenir photographe. Il montre néanmoins une appétence pour le médium dès son plus jeune âge, lorsqu’un ecclésiaste lui offre pour ses huit ans un appareil photo. Devenu balayeur dans un studio photo de Johannesburg, il finit par se lancer en indépendant, épaulé par Jürgen Schadeberg, fondateur du mythique magazine Drum pour lequel Cole collabore régulièrement.
Ernest Cole, House of Bondage, années 1960
© Ernest Cole/Magnum Photos
Ernest Cole dénonce les horreurs de la ségrégation dans son livre House of Bondage, publié en 1967 alors qu’il n’était âgé que de 27 ans.
Bien que ses images soient censurées par la plupart des publications, Ernest Cole photographie sans relâche la vie quotidienne des Noirs en Afrique du Sud, marquée par la violence, les humiliations, l’exploitation, l’extrême précarité. En parvenant à se faire classifier comme « coloured » plutôt que « black » auprès de l’administration, il parvient à accéder à nombre de lieux qui lui étaient jusque-là interdits, comme pour la plupart des Sud-Africains.
Admirateur de l’œuvre d’Henri Cartier-Bresson, Ernest Cole montre sans détour, et parfois au péril de sa vie, l’abjecte réalité de la ségrégation raciale, les conditions de travail des mineurs ou des domestiques employées dans des familles blanches, les contrôles d’identité aléatoires, les démolitions de townships et les déplacements forcés des populations noires… Autant d’horreurs qu’il dénonce dans son livre House of Bondage, publié en 1967 alors que le photographe n’était âgé que de 27 ans. Récemment réédité chez Aperture, l’ouvrage est désormais devenu culte.
Ernest Cole, House of Bondage, années 1960
© Ernest Cole/Magnum Photos
L’année précédente, Ernest Cole avait, face aux pressions incessantes, quitté l’Afrique du Sud pour les États-Unis. À New York, il s’associe un temps à Magnum Photos et reçoit une bourse de la fondation Ford pour documenter la vie des communautés noires, sans que ce nouveau projet de livre n’aboutisse (quelques tirages de cette brève période sont également présentés sur les cimaises de la galerie Magnum).
Cet exil marque le début d’une longue descente aux enfers pour le jeune homme, qui abandonne la photographie au début des années 1970. Dès lors, il mène une vie d’errance entre les États-Unis et la Suède avant de décéder à seulement 49 ans d’un cancer du pancréas, en 1990. Quelques jours plus tôt, Nelson Mandela sortait de prison, ouvrant une parenthèse d’espoir en Afrique du Sud. Jamais Ernest Cole n’a revu son pays.
House of Bondage: Vintage Prints from the Ernest Cole Family Trust - Part II
Du 22 janvier 2025 au 29 mars 2025
Galerie Magnum Photos • 68 Rue Léon Frot • 75011 Paris
www.magnumphotos.com
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