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KUNSTMUSEUM Bâle

Les œuvres iconiques de Dan Flavin irradient au Kunstmuseum de Bâle

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Publié le , mis à jour le
À Bâle, le Kunstmuseum consacre une magistrale exposition à Dan Flavin, figure incontournable de l’art minimal. Un hommage qui rassemble quelques-unes de ses œuvres les plus importantes et met en lumière le goût de l’artiste pour la dédicace.
Dan Flavin, Sans titre (à vous, Heiner, avec admiration et affection)
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Dan Flavin, Sans titre (à vous, Heiner, avec admiration et affection), 1973

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Lumière fluorescente verte • 122 x 122 cm • Coll. peintures de l'État bavarois et d'Art moderne de la Pinakothek der Moderne Munich • © Stephen Flavin / ADAGP, Paris, 2024 / Photo © Florian Holzherr

À Bâle, Dan Flavin (1933–1996) est pour ainsi dire chez lui. Depuis 1975, date à laquelle fut organisée une double exposition de l’artiste à la Kunsthalle Basel et au Kunstmuseum, l’une de ses œuvres diffuse ses halos de lumières colorées dans la cour intérieure du musée. Spécifiquement créée pour le lieu et dédicacée à un artiste suisse de la Renaissance dont Flavin s’est pris de passion lors de son séjour bâlois, Untitled (in memory of Urs Graf) fait partie des rares œuvres pérennes de l’Américain sur le Vieux Continent. Un parfait préambule à cette grande exposition que consacre le Kunstmuseum à cet artiste majeur de l’art minimal – la première depuis douze ans en Suisse – qui rassemble 58 de ses travaux, dont certains sont présentés pour la première fois dans le pays.

Pour Josef Helfenstein, Olga Osadtschy et Elena Degen, qui orchestrent cette importante monographie, « le moment est venu de redécouvrir cet artiste radical ». Pour ce faire, les commissaires ont pris le parti de mettre en lumière, dans un parcours à la fois thématique et chronologique, les dédicaces que Flavin a adressées via ses œuvres à des artistes ou des événements – un procédé récurrent dans son travail, que cet autodidacte qui se destinait d’abord à la prêtrise met en place dès ses débuts.

Des dédicaces à Matisse et Donald Judd

Dan Flavin, Sans titre (à Barnett Newman)
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Dan Flavin, Sans titre (à Barnett Newman), 1971

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Lumière fluorescente jaune, rouge et bleue • 244 × 122 × 18 cm • Coll. Carré d’Art-Musée d’art contemporain de Nîmes • © Stephen Flavin / ADAGP, Paris, 2024 / Photo © Florian Holzherr

En 1963, Flavin fait en effet une entrée remarquée sur la scène artistique américaine en exposant The Diagonal of May 25, 1963 (to Constantin Brancusi) : un simple néon fluorescent décrivant, sur les cimaises de la Green Gallery à New York, un angle de 45°. Tout l’esprit de l’œuvre de Flavin est ici résumé – l’utilisation délibérée et objective d’objets manufacturés, l’amour de la lumière mêlé à celui de la couleur et le recours quasi systématique à la dédicace.

Les propriétés esthétiques de ses assemblages géométriques de tubes fluorescents, que l’artiste trouve facilement dans n’importe quelle quincaillerie, ne l’intéressent guère. Comme les peintres de la modernité avant lui, Henri Matisse en tête, Dan Flavin cherche avant tout à libérer la couleur en la transposant dans une réalité tridimensionnelle. L’environnement se trouve alors subtilement modifié par toutes sortes de halos lumineux. L’œuvre est là, dans ces espaces impalpables où l’invisible se pare tantôt de bleu, de jaune, de vert ou de rose – une palette minimaliste dictée par l’offre standardisée du commerce.

Dan Flavin, Sans titre (à Don Judd, coloriste) 1-5
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Dan Flavin, Sans titre (à Don Judd, coloriste) 1–5, 1987

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Lumière fluorescente • 137,16 × 121,9 × 10 cm • Coll. Panza, Mendrisio • © Stephen Flavin / ADAGP, Paris, 2024 / Photo © Florian Holzherr

Des références qui confèrent au médium industriel de Flavin un soupçon d’humanité.

Au fil du parcours de l’exposition, qui s’ouvre sur The Diagonal of May 25, 1963 (to Constantin Brancusi) et s’achève avec une magistrale série de 1990, réalisée six ans avant la disparition de l’artiste, se dévoilent en creux, à la lecture des titres des œuvres, les affinités de Flavin avec d’autres grands noms de la scène américaine : Jasper Johns, Sol LeWitt, ou encore Donald Judd, chantre du minimalisme avec qui il cultivera toute sa vie une profonde amitié.

L’artiste rend aussi hommage à des artistes historiques : Henri Matisse, Otto Freundlich, Vladimir Tatline ou encore John Heartfield… Autant de références qui confèrent au médium industriel de Flavin un soupçon d’humanité. Parmi ces grands noms émerge aussi celui de Sonja, son épouse, qui dans l’ombre a largement contribué à l’œuvre de son mari.

Une œuvre vouée à disparaître ?

Si Dan Flavin a toujours refusé toute lecture symbolique de son œuvre, l’artiste laisse néanmoins deviner, à travers certains titres, ses affinités politiques : il s’oppose ouvertement à la guerre du Vietnam avec Monument 4 for those who have been killed in ambush (to P.K. who reminded me about death), présentée en 1966 au sein de l’importante exposition « Primary Structures » à New York. Plus tard, il se range du côté de George McGovern, candidat démocrate à la présidence contre Richard Nixon en 1972, et lui dédie une série.

Dan Flavin, Sans Titre (à un homme, Goerge McGovern) 2
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Dan Flavin, Sans Titre (à un homme, Goerge McGovern) 2, 1972

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Lumière fluorescente blanc chaud • 305 × 305 × 10 cm • Coll. Guggenheim Abu Dhabi • © Stephen Flavin / ADAGP, Paris, 2024 / Photo © Florian Holzherr

Éminemment fragiles, les œuvres de Dan Flavin ne sont pas éternelles. Les tubes employés par l’artiste dans les années 1960 ont bien sûr depuis claqué : les œuvres présentés au Kunstmuseum sont des reconstitutions réalisées à partir de néons récents, soigneusement choisis et agencés sous la houlette d’une équipe mandatée par les ayants droit de l’artiste. Or, il ne sera sans doute bientôt plus possible de se procurer son médium de prédilection : parce qu’ils contiennent du mercure, dangereux pour l’environnement, ces tubes fluorescents sont déjà interdits à la vente en Europe. Une raison supplémentaire de plonger à corps perdu dans la lumière de Dan Flavin, d’autant plus féérique qu’elle est vouée, comme les étoiles, à s’éteindre.

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Dan Flavin. Dédicaces en lumière

Du 2 mars 2024 au 18 août 2024

kunstmuseumbasel.ch

Retrouvez dans l’Encyclo : Minimalisme Dan Flavin

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