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Maître incontesté du néon, Dan Flavin (1933–1996) est l’un des principaux représentants de l’art minimal, au même titre que Donald Judd, Sol LeWitt et Carl Andre. En interaction avec l’espace, ses installations lumineuses, phosphorescentes et immersives captivent la rétine et attirent le regard. Il peut s’agir d’un simple néon posé au sol ou d’installations complexes occupant tout un espace. Immatérielles, insaisissables, impalpables, les œuvres de Dan Flavin ont une présence unique qui métamorphosent l’architecture des lieux. Elles sont à la fois lumière et couleurs.
Portrait de Dan Flavin en 1963
© Fred W. McDarrah / Getty
« On peut ne pas considérer la lumière comme un phénomène objectif, mais c’est pourtant ainsi que je l’envisage. »
Destiné à devenir prêtre
Né dans l’État de New York, Dan Flavin est destiné à la prêtrise par son père. Il obtient son diplôme d’études secondaires au séminaire préparatoire de Brooklyn. Dans le cadre de son service militaire, Flavin s’engage dans l’US Air Force. En Corée, il commence à étudier la météorologie et l’histoire de l’art grâce à un programme universitaire. Revenu aux États-Unis, Dan Flavin s’inscrit à l’Université Columbia et débute une pratique personnelle du dessin et de la peinture, encore sous l’influence de l’expressionnisme abstrait.
Une obsession pour la lumière
Gardien de musée pour assurer son quotidien, Dan Flavin développe un intérêt obsessionnel pour la lumière au cours des années 1960. Sur le thème des icônes, il associe des volumes peints à des ampoules fluorescentes et des néons. Dès 1963, l’artiste réalise des œuvres en posant sur le sol ou en accrochant des tubes de néons inclinés sur les murs. Il s’agit de néons de couleur standard, issus du commerce et utilisés pour concevoir les enseignes publicitaires. Dan Flavin est influencé par les ready-made de Marcel Duchamp, et voit dans le néon un matériau industriel, banal, facile d’accès et combinable à l’infini. Comme Donald Judd, Flavin dépasse les catégories traditionnelles de peinture et de sculptures pour créer des « objets spécifiques » en trois dimensions dans l’espace mais sans volonté d’illusionnisme, de subjectivité, et réinterrogeant les liens entre l’œuvre et le spectateur.
Métamorphoser l’espace
À partir de 1968, Dan Flavin réalise des installations (grilles, lignes lumineuses, positionnées de manière systématique) pour des espaces spécifiques, révélant leur singularité, métamorphosant leur géographie et leur identité par le prisme de la lumière. Les œuvres de Flavin ont un caractère immersif. L’artiste développe l’habitude de souligner les enjeux, les contradictions, les lignes de l’architecture par le recours aux néons. La circulation du spectateur est affectée par ces interventions, parfois même entravée. Le succès venant à l’artiste, il crée des installations toujours plus monumentales.
Une quête de transcendance
Poétiques, parfois brutales, toujours économes de moyens, les œuvres et installations de Dan Flavin peuvent sembler déployer certaines symboliques religieuses (motif de la croix, références à des de termes tels que icônes ou extase, interventions dans des églises), une quête de transcendance, bien que l’artiste affirme avoir renoncé à toute métaphore ou narrativité.
Dan Flavin, Diagonal of Personal Ecstasy (the Diagonal of May 25, 1963), 1963
Lumière fluorescente jaune • 244 cm • Coll. Dia, New York • © Adagp, Paris 2024 / Photo Billy Jim, New York
Diagonal of Personal Ecstasy (the Diagonal of May 25, 1963), 1963
Véritable point de départ de l’œuvre minimaliste de Dan Flavin, cette installation se compose d’un seul tube phosphorescent jaune, présenté sur un mur selon une inclinaison de 45°. La diagonale est, selon l’artiste, une ligne dynamique d’une extrême puissance. Elle est dédiée au sculpteur roumain Constantin Brancusi, précurseur dans l’usage des formes modulaires, comme le veut l’habitude que Flavin développe de dédicacer ses œuvres à des amis proches, des personnalités qu’il admire.
Dan Flavin, Monument for V. Tatlin, 1964–1965
vue d’installation à la Fondation Louis Vuitton, Paris, Lumière fluorescente blanche froide • 244 cm • © Adagp, Paris 2024
« Monument » 1 for V. Tatlin, 1964
Rendant hommage à un monument inachevé du sculpteur constructiviste russe Vladimir Tatline, cette installation célèbre l’union utopique de la technologie et de l’art. La lumière froide produit un effet troublant, anesthésiant sur le spectateur. Flavin, en effet, se montre peut-être légèrement ironique. S’il admire la dimension révolutionnaire du projet de Tatline, Flavin travaille plutôt avec des matériaux ordinaires, rejetant la haute technologie. Par ailleurs, c’est un monument d’une temporalité paradoxale : les néons n’étant pas faits pour durer dans le temps, ils doivent être régulièrement changés.
Dan Flavin, Sans titre (en l’honneur de Harold Joachim) 3, 1977
Lumière fluorescente rose, jaune, bleue et verte • 244 cm • Coll. Dia, New York • © Adagp, Paris 2024 / Photo Billy Jim, New York
Sans titre (en l’honneur de Harold Joachim) 3, 1977
Placée dans un coin d’une pièce, à l’image d’une icône, cette installation prend la forme d’une grille lumineuse bicolore. Des néons verts sont positionnés vers le mur et l’éclairent, des néons roses et jaunes sont tournés vers le spectateur. Dan Flavin joue ici avec l’immatérialité de l’espace et de l’œuvre. N’étant pas posé au sol mais suspendu entre deux murs, le dispositif semble flotter dans l’espace. L’œuvre est dédicacée à Harold Joachim, un philosophe idéaliste britannique à l’origine de la théorie de la cohérence, réflexion sur la nature du vrai.
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