Honoré Daumier, Intérieur d’un omnibus, XIXe siècle
lithographie • 24,3 x 32,8 cm • © Paris Musées / Maison de Balzac
Les petits employés, les commerçants, les cuisinières, les concierges, les rentiers, les notaires… Nul n’a jamais aussi bien décrit les Parisiens du XIXe siècle que ces deux Honoré-là : d’un côté Balzac (1799–1850), l’immense écrivain et, de l’autre, Daumier (1808–1879), génial caricaturiste, graveur et peintre.
Et pourtant, « rien n’atteste qu’ils se soient rencontrés », souligne d’emblée Yves Gagneux, directeur de la Maison de Balzac, à Paris, pensant tout de même qu’ils se sont « probablement croisés dans les journaux ou chez les éditeurs avec lesquels ils travaillaient tous deux ».
Honoré Daumier, Le Feu d’artifice (détail), XIXe siècle
lithographie
« La véritable gloire et la vraie mission […] de Daumier ont été de compléter Balzac. »
Charles Baudelaire
Qu’ils se soient connus ou non, l’ancienne demeure à Passy du père de La Comédie humaine est actuellement le théâtre d’un rapprochement entre ces deux monstres de l’art ayant en commun d’avoir porté un regard acéré sur la société parisienne du XIXe siècle. « Une parenté spirituelle », résume Yves Gagneux, commissaire de cette exposition qui réunit le dessin et la littérature, et dresse un saisissant portrait de la société parisienne.
« La véritable gloire et la vraie mission […] de Daumier ont été de compléter Balzac », écrira Charles Baudelaire qui tenait Daumier pour « l’un des hommes les plus importants […] pas seulement de la caricature, mais encore de l’art moderne ». Du rez-de-chaussée au sous-sol de la maison occupée par Balzac de 1840 à 1847, une soixantaine de gravures offrent ainsi un dialogue savoureux entre les observations de l’écrivain et celle du caricaturiste « commentateur », toujours selon Baudelaire. « Avec La Comédie humaine, nous rappelle un cartel dans le parcours, Balzac propose une classification des espèces sociales comparable aux travaux menés sur les végétaux et les animaux au siècle précédent. »
Honoré Daumier, Les Joueurs d’échecs, 1863–1867
huile sur panneau • 24,8 × 32 cm • © Paris Musées / Petit Palais
Force est de constater que la description toute balzacienne fait écho aux lithographies de Daumier que nous croisons aux murs. Certains types, comme ces voyageurs qui font la tête dans les transports parisiens, n’ont d’ailleurs guère pris une ride ! Pas plus que l’image de ce célibataire endurci en pyjama avec son vieux chat, cliché étonnement actuel.
Robabée, Le bistrot des conversations, 2021
dessin • 29,7 × 29,9 cm • Courtesy Galerie Art-Maniak, Paris / © Robabée
Pour enfoncer le clou, la Maison de Balzac a eu l’idée (pas toujours réussie) de convier huit dessinateurs des années 2000 (notamment Coco, Fabrice Erre, Gab, Robabée…) ayant croqué eux aussi la physionomie des Parisiens, entre travaux interminables dans la capitale et flâneries sur les boulevards… yeux rivés sur un téléphone portable.
Pour conclure, on ne saurait manquer la salle dévolue aux peintures de Daumier, rarement exposées de son vivant, montrant l’acuité avec laquelle il a su capter la psychologie de ses contemporains, qu’ils soient joueurs d’échecs ou violonistes amateurs : preuve d’un artiste à la vision profondément humaine.
Balzac, Daumier et les Parisiens - De La Comédie humaine à la comédie urbaine
Du 22 novembre 2023 au 31 mars 2024
Maison de Balzac • 47 Rue Raynouard • 75016 Paris
www.maisondebalzac.paris.fr
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