Vincent Munier, Renard polaire, Norvège, 2013
Tirage papier en édition limitée à 30 exemplaires • Dimensions variables • © Vincent Munier
« Je ne suis pas un artiste. Je pose simplement mon regard sur ce qui est déjà une œuvre d’art : la nature », nous confie Vincent Munier (né en 1976) dans l’une des salles de son exposition, chemise de bûcheron et chaussures de randonnée aux pieds. S’il ne se proclame pas artiste, ses photographies, elles, ressemblent à des paysages impressionnistes ou à des estampes japonaises aux lueurs irréelles chauffant les ailes d’une mésange à l’aube, auréolant un renard polaire, dorant la silhouette d’un caïman noir… Vincent Munier est à des années-lumière de la photographie animalière telle qu’on la connaît dans les livres et les revues – de simples images d’illustration.
Ses animaux sont des rencontres. Parfois, ils sont une silhouette dans un grand paysage, se fondent entre les roches brunes, se devinent dans la brume quand ailleurs ils plantent leurs pupilles noires dans l’objectif, museau baissé dans un décor enneigé, à la manière de ces superbes loups blancs arctiques immortalisés en 2008. Surnommés « les fantômes de la toundra », ces derniers n’avait pas été photographiés depuis 25 ans. Ainsi, son métier est non seulement celui d’un photographe et d’un zoologiste hors pair, mais aussi celui d’un pisteur, discret et patient, à l’affût de la moindre trace.
« Je me souviens parfaitement de ma première photo. »
Vincent Munier
« Je me souviens parfaitement de ma première photo. » Vincent Munier n’a que douze ans lorsque sa vocation l’appelle. En novembre 1988, son père, naturaliste engagé et photographe, le laisse seul sous un filet de camouflage pendant plusieurs heures dans la forêt de Chamagne. « Au bout d’une heure ou deux, j’entends croustiller les feuilles d’automne tout près de moi. » Un petit chevreuil qu’il réussit à capturer, en témoigne la photo exposée à l’entrée du parcours. « Ce jour-ci, mon destin a basculé. »
Vincent Munier, Imperator. Panthère des neiges, Tibet, 2016
Tirage papier en édition limitée à 30 exemplaires • Dimensions variables • © Vincent Munier
La suite, il la passe dehors à tenter de revivre « ce moment magique ». Il boude son baccalauréat puis enchaîne les jobs d’ouvrier ou de maçon pour se payer son premier appareil photo Nikon et ses pellicules. Après avoir remporté le concours du BBC Wildlife Photographer of the Year trois éditions de suite, en 2000, 2001 et 2002, les magazines se l’arrachent. Mais le photographe privilégie son indépendance, intégrant des galeries et éditant des ouvrages. En 2010, il créé sa propre maison d’édition Kobalann pour imprimer ses « photos d’émotion » épurées, jamais retouchées.
Vincent Munier, Ours polaire, Manitoba, Canada, 2010
Tirage papier en édition limitée à 30 exemplaires • Dimensions variables • © Vincent Munier
Souvent, elles relèvent du miracle : c’est une soudaine apparition après une éternité d’attente et de solitude – un instant fugace où l’animal se fait motif dans le paysage. Car Munier choisit des espèces rarement vues par l’homme – il lui faut donc redoubler d’effort et de recherches, parcourir les hauts plateaux tibétains à la recherche de la panthère des neiges (accompagné de l’écrivain Sylvain Tesson), traverser la taïga russe pour saisir l’ours brun du Kamtchatka, passer des nuits entières blotti sous un vieux sapin pour déceler les indices qui le mèneront au grand tétras, oiseau menacé vivant dans les forêts de conifères. « Et si vous ne deviez n’en retenir qu’un ? », lui demande-t-on par curiosité. Le photographe se tourne vers un plumage graphique saisi dans la neige : « La grue de Mandchourie pour sa gestuelle, sa grâce, sa danse dans la neige. Quand on l’entend claironner, c’est toute la trompette de l’évolution qui nous submerge. »
Vincent Munier, Lion, Masaï, Kenya, 2012
Tirage papier en édition limitée à 30 exemplaires • Dimensions variables • © Vincent Munier
Sa poésie n’a d’égale que son humilité face au monde sauvage. Devant son premier loup, se rappelle-t-il, « j’étais trop ému, je n’ai pas pu photographier. J’en ai pleuré de joie. » Certains souvenirs le hantent encore, comme celui de s’être relevé à l’approche d’une panthère trop curieuse. « J’aurai dû rester à terre pour voir jusqu’où elle serait allée ». En résulte une image poignante où le félin, intrigué, fixe l’objectif positionné à sa hauteur, prêt à renifler le photographe dans un dramatique clair-obscur.
Coûte que coûte, s’effacer, s’en remettre au destin sans céder à la peur. « Il n’est pas question de performance ou d’obligation de résultats », poursuit-il, alarmé par les réseaux sociaux qui « banalisent la beauté » par la profusion d’images. Désormais, il privilégie les films documentaires pour davantage retranscrire l’atmosphère de ses expéditions, les sons, les ambiances…
Vue de l’exposition « À l’affût » ; photographies de Vincent Munier à la Saline royale d’Arc-et-Senans
© Saline Royale d’Arc-et-Senans / Photo Yoan Jeudy
Son prochain long-métrage prendra place au cœur des forêts vosgiennes de son enfance. L’aventurier engagé (il défend plusieurs associations et collectifs de protection de l’environnement) est en plein montage, soucieux de véhiculer au grand public toute son admiration et sa fascination pour le monde vivant.
À l’affût
Du 4 mai 2024 au 9 mars 2025
Saline royale d’Arc-et-Senans • Grande Rue • 25610 Arc-et-Senans
www.salineroyale.com
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