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Giandomenico Tiepolo, La Malvasia, vers 1791 - 1800
Plume, encre brune et lavis brun • Coll. Beaux-Arts de Paris, Paris • © Beaux-Arts de Paris
Cette exposition est exceptionnelle à plus d’un titre. Non seulement par la qualité des œuvres présentées, mais aussi par leur rareté : en effet, les Beaux-Arts de Paris possèdent dix feuilles de Tiepolo père, soit la deuxième collection publique de dessins de cet artiste en France (après celle du musée Atger de Montpellier, qui en abrite 23), et reste la seule du pays à comprendre également des dessins de ses fils – dix de Giovanni Domenico, dit Giandomenico ; deux de Lorenzo. Pour couronner le tout, ces trésors parisiens n’avaient pas été montrés ensemble depuis 34 ans !
Né à Venise en 1696, Giovanni Battista, dit Giambattista Tiepolo, aidé de ses deux fils artistes Giandomenico et Lorenzo, connaît un grand succès. En pleine apothéose artistique de la Sérénissime, dans laquelle fleurissent alors les églises et palazzi richement décorés, et où l’imprimerie se développe de façon spectaculaire, permettant à des dessins appréciés d’être diffusés sous la forme d’estampes, la famille s’enrichit rapidement. Devenu président de l’Académie des beaux-arts de Venise en 1755, Giambattista sera même appelé à la cour d’Espagne en 1762.
Lorenzo Tiepolo, Étude d’après le buste de Palma il Giovane, vers 1750–1753
Pierre noire et sanguine • Coll. Beaux-Arts de Paris, Paris • © Beaux-Arts de Paris
Si la France n’est pas riche en œuvres de Tiepolo, c’est en partie parce que le style rococo, qui a fait suite au mouvement baroque au XVIIIe siècle, y a longtemps été méprisé, car jugé trop frivole, pompeux, ornemental et licencieux – d’où son remplacement par la sobriété solennelle du néoclassicisme, inspiré de l’art de la Rome antique –, expliquent les commissaires Hélène Gasnault et Giulia Longo.
Mais aujourd’hui, il y a foule pour admirer la fresque de Giambattista Tiepolo au musée Jacquemart-André à Paris, ainsi qu’au Ca’Rezzonico de Venise, pour s’y délecter de son plafond orné de la très originale et cocasse Balançoire des polichinelles (1793) – de robustes personnages masqués de la commedia dell’arte faisant de la balançoire sur une corde tendue entre deux arbres, et que le visiteur observe par en-dessous, en contre-plongée. Comme un remplacement comique et populaire des traditionnels putti volant dans les ciels bleus des plafonds italiens !
Ces personnages sont les stars d’un truculent chef-d’œuvre situé au cœur de cette exposition : les très divertissants Polichinelles faisant la cuisine (1735), griffonnés à la plume, encre brune et lavis brun par Tiepolo père. Ventrus et bossus, vêtus de blanc, coiffés de hauts chapeaux semblables à des tours, et portant des masques aux longs nez crochus, ces personnages sont des figures mythiques du répertoire de l’artiste, qui leur donne lui-même cette apparence spécifique, que de nombreux peintres copieront ensuite.
Giovanni Battista Tiepolo, Les Polichinelles faisant la cuisine, vers 1735
Plume, encre brune et lavis brun • Coll. Beaux-Arts de Paris, Paris • © Beaux-Arts de Paris
La scène est inspirée du Carnaval de Vérone et d’une fête précédant le Carême : le venerdi gnoccolare. Tels les membres d’une comique (et un peu inquiétante) société secrète, les douze compères avinés attendent avidement autour d’une marmite rappelant la forme de leur chapeau et dans laquelle ils préparent des gnocchis, l’un d’eux étant en train d’en piquer un avec une fourchette pour en vérifier la cuisson. Certains, déjà ivres, sont allongés ou recroquevillés au sol. Une caricature à la fois sévère et amusée des travers humains !
Parmi les autres feuilles remarquables de Giambattista exposées dans le parcours figurent un faune et une faunesse alanguis, campés en quelques traits vifs sur un fond pur, une très belle Sainte Famille (un thème dont il tira 67 dessins), deux caricatures (parmi les 200 qu’il réalisa), et des figures d’hommes orientaux coiffés de turbans, très justement rapprochés de gravures de Rembrandt, artiste que Tiepolo admirait et collectionnait.
Giandomenico Tiepolo, Idées pittoresques sur la fuite en Égypte (Idee pittoresche sopra la fugga in Egitto), vers 1750–1753
Eau-forte • Coll. Beaux-Arts de Paris, Paris • © Beaux-Arts de Paris
Des images dont certaines sont très modernes, avec des compositions épurées et asymétriques.
Les œuvres de Giandomenico Tiepolo (le plus doué des deux fils artistes de Giambattista, et celui qui vécut le plus longtemps) sont, elles aussi, pleines de vitalité et d’une qualité exceptionnelle. On se délecte d’un ange souriant griffonné à la plume, d’une saisissante Annonciation, d’un centaure s’enfuyant avec une satyresse qui l’enlace en souriant, et d’amusants dessins mettant en scène une famille de satyres en promenade (avec notamment un bébé satyre coiffé de cornes) ou dînant dans une cuisine !
S’y ajoutent, toujours de Giandomenico, 27 estampes à l’eau-forte représentant des variations autour du thème de la fuite en Égypte – des images dont certaines sont très modernes, avec des compositions épurées et asymétriques, et des personnages principaux de dos – ou encore des reproductions en eau-forte des plus célèbres fresques religieuses de son père. De Lorenzo, on ne verra en revanche que deux dessins de têtes, dont un d’un homme moustachu, réalisé à l’âge de seulement quinze ans d’après une sculpture, à laquelle il parvient à donner vie comme si le portrait avait été fait d’après nature.
Fransesco Guardi, Projet de plafond, vers 1770–1780
Plume, encre brune, lavis brun et aquarelle • Coll. Beaux-Arts de Paris, Paris • © Beaux-Arts de Paris
Outre Rembrandt, l’exposition n’oublie pas les autres artistes qui ont inspiré ce trio vénitien. Comme Giovanni Battista Piazzetta, dont on découvre une tête de jeune garçon à la pierre noire, très vivante. Ou encore Francesco Guardi (beau-frère de Tiepolo père) et Pietro Novelli, dont on admire deux très beaux projets de plafonds décorés – des dessins nerveux à la plume, rehaussés à l’aquarelle de quelques pointes de couleurs fraîches. Un petit parcours riche en pépites !
Les Tiepolo. Invention et virtuosité à Venise
Du 22 mars 2024 au 30 juin 2024
Beaux-arts de Paris • 13 Quai Malaquais • 75006 Paris
www.beauxartsparis.fr
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