Frac Sud Marseille

Pourquoi l’artiste Hamish Fulton a passé sa vie à marcher…

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Publié le , mis à jour le
Il marche depuis un demi-siècle. Partout dans le monde, la plupart du temps seul, parfois en groupe. Le Britannique Hamish Fulton a fait de la marche son médium artistique, et poursuit par ce biais un travail écologique et politique d’observation des bouleversements du monde. On fait le point, à l’occasion de son exposition au Frac Sud de Marseille.
Hamish Fulton lors d’une performance réunissant 1400 personnes dans le cadre de l’exposition “Walking on and off the Path” à la Fundación Cerezales Antonino y Cinia, Cerezales del Condado en Espagne
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Hamish Fulton lors d’une performance réunissant 1400 personnes dans le cadre de l’exposition “Walking on and off the Path” à la Fundación Cerezales Antonino y Cinia, Cerezales del Condado en Espagne, 2016

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© Jean-Marc Manson

« Souvent, on me considère comme un sculpteur ou comme un artiste du Land art. Je ne suis ni l’un ni l’autre. Je suis un artiste qui marche. » Né en 1946, Hamish Fulton n’est pas un artiste facile à cerner. Formé à Londres au sein du Hammersmith College of Art, de la Saint Martins et du Royal College of Art, il produit peu, comme en témoigne son exposition au Frac Sud : essentiellement de grandes peintures murales, où textes et images dialoguent pour résumer graphiquement des journées entières de marche et des nuits de camping sauvage, mais aussi quelques photographies et autres sculptures minimalistes.

Ses œuvres plastiques, autrement dit tout ce qu’il crée en dehors de ses « artistic walks », sont d’une grande variété de matériaux… Mais obéissent toujours à un minimalisme et un dépouillement héritiers de l’art conceptuel, quitte à dérouter un peu. Les textes courts de ses peintures murales, tout comme les lignes droites qu’il utilise pour figurer des chaînes entières de montagnes, apparaissent en effet bien secs par rapport à la sensibilité immense de sa démarche (sans mauvais jeu de mots !).

Hamish Fulton, Disappearing Lake. A 21 Day Cross Country Walking Journey Guided and Resupplied in the Wrangell Saint Elias Region of Alaska Late Summer
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Hamish Fulton, Disappearing Lake. A 21 Day Cross Country Walking Journey Guided and Resupplied in the Wrangell Saint Elias Region of Alaska Late Summer, 1999

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Photographie, impression jet d’encre • 43,5 × 57 cm • © Hamish Fulton – Courtesy de l’artiste et 1 Mira Madrid

« Quand on marche, on est mouillé et puis on a froid […]. Ça a donc un réel effet sur la pensée, ce qui n’est pas le cas lorsqu’on est assis dans une bibliothèque. »

Pour mieux comprendre l’artiste, il faut donc ouvrir le livre paru cette année chez l’éditeur Arnaud Bizalion, et se plonger dans les entretiens qu’il accorde à différents commissaires et écrivains, comme l’essayiste Camille de Toledo : « Quand j’étais plus jeune, lui explique-t-il, je voulais explorer comment l’acte de la marche modifiait l’esprit, les pensées. Quand on marche, on est mouillé et puis on a froid, et il faut se débrouiller avec ce froid et cette eau. Ça a donc un réel effet sur la pensée, ce qui n’est pas le cas lorsqu’on est assis dans une bibliothèque ou qu’on fait une recherche sur internet. La marche met en mouvement le rapport corps-esprit. La Nature, ou ce que nous appelons « nature », est présente et en marchant j’entre dans ce qui existe. »

Un excellent moyen d’observer des luttes politiques, des injustices

Hamish Fulton, Turkic Uyghur. 20 Days Walking 19 Nights Camping. East Turkestan August
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Hamish Fulton, Turkic Uyghur. 20 Days Walking 19 Nights Camping. East Turkestan August, 2006

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Dessin, crayons de couleur sur papier • 24,5 × 31 cm • © Hamish Fulton – Courtesy de l’artiste et 1 Mira Madrid

C’est là un aspect fondamental de sa pratique artistique. Hamish Fulton marche partout dans le monde, non par souci de performance, ni même par envie de voyager pour découvrir d’autres paysages que le sien, mais pour vivre la nature, entrer en contact avec elle. Et ainsi faire de ces moments d’immersion l’occasion d’observer ses changements, de les ressentir profondément. « Je connais les animaux qui ne sont plus là, je connais les oiseaux qui ne sont plus là », ajoute-t-il plus loin. Il est donc l’homme qui marche, l’homme qui existe par la marche, et ce depuis 1973 : pas un sportif, mais un artiste en quête de pensée et de philosophie (« Marcher est la meilleure manière de se rendre disponible aux influences de la Nature »). Et surtout pas un représentant du Land art, dont il analyse que ses artistes « utilisent la Nature. Ils la transforment » : « Dans ma pratique, je ne veux pas utiliser la Nature. Je ne veux en tirer aucun bénéfice… »

Hamish Fulton, À gauche, “35 Walks 1971-2019. Walking. Coast to Coast. Coast to River. River To Coast. River to River. Unlike a Drawn Line a Walked Line Can Never Be Erased” (2019). À gauche, “A View from the Highest Point in North America […] / A View from the Highest Point in South America […]” (2004)
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Hamish Fulton, À gauche, “35 Walks 1971-2019. Walking. Coast to Coast. Coast to River. River To Coast. River to River. Unlike a Drawn Line a Walked Line Can Never Be Erased” (2019). À gauche, “A View from the Highest Point in North America […] / A View from the Highest Point in South America […]” (2004)

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Impression jet d’encre / pphotographie, impression jet d’encre • 68,9 x 67,5 cm / 63 x 50 cm • © Hamish Fulton - Courtesy de l’artiste et 1 Mira Madrid

Il est aussi l’homme qui observe l’empire grandissant des constructions multipliées par l’Homme sur les territoires, et sa pratique est par essence écologique, dans le sens où elle lui permet de mettre en évidence les désastres en cours. En 2022, pour préparer sa future exposition au Frac (qui se doublait jusqu’au 2 juillet dernier d’un accrochage au Cairn de Digne-les-Bains), il a ainsi organisé une grande marche dans le parc national du Mercantour. Et constaté la sécheresse alarmante qui touchait alors la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. « Durant ma marche de 21 jours et 21 nuits de camping, j’ai connu quatre journées de pluie non consécutives. Ce que j’ai vu, c’est que ces précipitations ne faisaient pas le poids face au processus de sècheresse. De mes propres yeux, j’ai constaté qu’un petit étang ou un modeste cours d’eau disparaissait très vite. »

Hamish Fulton, A Guided and Sherpa Assisted Climb of Mount Everest Nepal
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Hamish Fulton, A Guided and Sherpa Assisted Climb of Mount Everest Nepal, 2009

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Peinture sur bois, texte manuscrit, 7 éléments • 11 × 24 cm • © Hamish Fulton – Courtesy de l’artiste et 1 Mira Madrid – Photo Olivier Gaulon

Marcher apparaît enfin comme un excellent moyen d’étudier des luttes politiques, des injustices. En 2000, il observe par exemple les Tibétains fuyant le contrôle de la Chine, puis crée en 2007 des peintures murales autour des investissements de l’économie chinoise réalisés « pour réduire le Tibet au silence ». C’est précisément ce pourquoi il ne se contente pas de marcher pour travailler en tant qu’artiste (auquel cas son art se rapprocherait davantage de la performance), mais produit des œuvres plastiques : « l’art a le potentiel d’identifier, de réinterpréter et de condenser des enjeux complexes existant dans le monde, y compris le besoin du sanctuaire d’un art abstrait sans mot. L’art a la capacité de présenter la diversité, pas le totalitarisme. FREEDOM (liberté) est un mot de sept lettres. » Comme « Walking » (marcher), donc.

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Hamish Fulton. A Walking Artist

Du 25 mars 2023 au 29 octobre 2023

fracsud.org

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