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Karel Masek, La Prophétesse Libuse, entre 1868 1927
Huile sur toile • 193 x 193 cm • Coll. Musée d'Orsay, Paris • © Dist RMN-Grand Palais / Photo Hervé Lewandowski
Au commencement était la fin. Car pour comprendre pourquoi les artistes se sont inspirés des moyens qu’ont employés les hommes pour prédire leur avenir, il faut d’abord se pencher sur l’obsession de ces derniers pour les récits de fin des temps – des récits dont regorge la Bible, de la prédiction de la chute de Jérusalem par le prophète Ézéchiel dans l’Ancien Testament à l’Apocalypse selon Saint-Jean, et qui ont abondamment abreuvé l’imaginaire des artistes, de Dürer à Rodin en passant par Foujita. C’est lui qui, justement, ouvre le parcours de l’exposition avec un prodigieux triptyque, foisonnant de détails insolites qui rappellent la fantaisie d’un Jérôme Bosch.
Riche de plus de 70 œuvres datant du Moyen Âge au XIXe siècle, l’exposition se poursuit avec un volet contemporain présenté dans l’espace dédié à l’art contemporain H2M, situé dans le centre-ville de Bourg-en-Bresse. Prophètes, pythies, Sybilles, cartomanciennes, astrologues et diseuses de bonne aventure peuplent ce parcours très ambitieux (au risque parfois de semer le visiteur), qui met en lumière les représentations de prophéties divines comme de pratiques divinatoires profanes et résonne avec nos inquiétudes contemporaines liées notamment au dérèglement climatique, aux guerres ou aux pandémies.
À partir de la Renaissance, qui remet l’Antiquité au goût du jour, les artistes se passionnent d’abord pour des figures de la mythologie gréco-romaine, à l’image de Cassandre qui, se refusant à Apollon, fut condamnée par ce dernier à pouvoir prédire les plus grandes catastrophes sans jamais être crue – y compris sa propre mort. Tirésias, l’aveugle capable de voir l’avenir, ou encore la pythie de Delphes ponctuent également le parcours.
Atelier Messin, Clef de voûte ; La Prophétie de la Sibylle de Tibur à l’Empereur Auguste, 1374
Pierre de Jaumont • 56 × 16 cm • Coll. Musée de la Cour d’Or, Metz • © Eurométropole de Metz / Photo Laurianne Kieffer
Outre la figure du prophète et de l’ange, l’exposition s’attarde sur les sybilles, vierges venues d’un Orient fantasmé et dotées d’un don de divination. Parce qu’elles auraient prédit la naissance du Christ, elles sont christianisées au Moyen Âge et s’imposent dès lors dans les représentations occidentales. Popularisées en Italie au XVe siècle par un écrit de Filippo Barbieri, qui compte douze sybilles, elles sont souvent mises en parallèle avec les prophètes masculins (également au nombre de douze). Au Monastère royal de Brou, on peut ainsi admirer les silhouettes des douze sybilles qui ornent le tombeau de Philibert le Beau, époux de Marguerite d’Autriche, et font face aux prophètes, quant à eux représentés sur le jubé.
Contrairement à l’astrologie, considérée jusqu’au XVIIe siècle comme une science mathématique, la pratique de la divination est vivement condamnée par l’Église mais elle demeure courante, et ce dans les milieux populaires comme aisés. À partir du XVIIe siècle, la diseuse de bonne aventure se fait une place en peinture. Tirage de cartes, lecture des lignes de la main… Ces scènes abondent à mesure que la peinture de genre gagne ses lettres de noblesse, donnant lieu à des représentations à la dramaturgie souvent exacerbée.
En témoigne Les Saltimbanques de Gustave Doré (1832–1883), qui avec un réalisme tragique dépeint la mort imminente d’un jeune acrobate de cirque grièvement blessé – un funeste présage annoncé par les cartes déposées au pied de sa mère. Plus loin, Claude Bonnefond (1796–1860) peint l’inquiétude d’une jeune femme dans l’attente du verdict de la tireuse de carte – une sorcière échevelée et sale –, tandis que derrière elles se déploie le décor majestueux de la baie de Naples nimbée de brume…
Gustave Doré, Les saltimbanques, 1874
Huile sur toile • 224 × 184 cm • Coll. Musée d’art Roger-Quilliot, Clermont-Ferrand • © Ville de Clermont-Ferrand / Photo Florent Giffard
Le parcours chronologique du Monastère de Brou s’achève sur un XIXe siècle qui se passionne pour les récits littéraires et les mythes plus lointains. Immortalisée par la plume de Chateaubriand, la prophétesse celte ou germanique Velléda a autant inspiré Alexandre Cabanel que Jules-Eugène Lenepveu, qui représente la jeune femme chantant au clair de lune. Clou de la visite : la monumentale Libuše de l’artiste tchèque Karel Vítězslav Mašek, prophétesse et fondatrice de la ville de Prague, dont la tunique brodée d’or et la posture hiératique évoquent l’univers de Gustav Klimt. Un chef-d’œuvre symboliste auréolé de mystère, duquel émane une force quasi surnaturelle. Que nous prédit-elle ? Seul l’avenir nous le dira !
Prédictions, les artistes face à l'avenir
Du 30 mars 2024 au 23 juin 2024
Monastère royal de Brou • 63, boulevard de Brou • 01000 Bourg-en-Bresse
www.monastere-de-brou.fr
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