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Fondation Luma

Sculptures parfumées, bulles de verre… Les prouesses plastiques de la Coréenne Koo Jeong A à la fondation Luma à Arles

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Publié le , mis à jour le
Métaphysique et déconcertant, l’univers plastique de la Coréenne Koo Jeong A investit cet été deux étages de la fondation Luma à Arles. Un art-expérience où se rencontrent des sculptures parfumées, des bulles de verre en équilibre, des visions phosphorescentes dans l’obscurité… À vivre avec le corps tout entier.
Exposition de Koo Jeong A “Land of Ousss [Kangse]” à Luma Arles
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Exposition de Koo Jeong A “Land of Ousss [Kangse]” à Luma Arles

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© Victor&Simon - Grégoire d’Ablon /

Elle est là depuis le début. Koo Jeong A (née en 1967) est l’une des amies proches de la grande « famille de Luma », nous souffle-t-on. Elle fait même partie des murs, puisqu’elle a signé pour l’ouverture de la fondation privée en 2021 l’une des œuvres permanentes du parcours, un skate park à ciel ouvert sur l’une des terrasses du bâtiment de Frank Gehry.

Avec ses courbes profondes et sa peinture phosphorescente qui le fait briller d’un vert intense la nuit, celui-ci invite les sportifs aguerris à faire une expérience complète et immersive d’une œuvre de dimension monumentale. Et donne un bel avant-goût de ce que l’on verra dans « Land of Ousss [Kangse] », sa première grande exposition en France.

Dérouter les sens

« Il s’agit de choses invisibles qui travaillent au-delà de la matérialité. »

Eimear Martin, co-commissaire de l’exposition.

Lors de la visite inaugurale, Koo Jeong A, pourtant présente, ne prendra pas la parole. Discrète, peut-être, mais surtout insaisissable – comme le parfum qui émane de certaines de ses œuvres –, elle indique sur son site « Lives & Works Everywhere » (« Vit et travaille partout »), et semble se dissocier de tout ancrage. De fait, il y a dans le travail de cette artiste d’origine sud-coréenne, diplômée des Beaux-Arts de Paris, quelque chose de flottant, d’aérien, d’impalpable. « Il s’agit de choses invisibles qui travaillent au-delà de la matérialité », nous dit Eimear Martin, co-commissaire de l’exposition.

Koo Jeong A, Kangse SpSt
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Koo Jeong A, Kangse SpSt, 2024

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Bronze, contreplaqué, métal, peinture phosphorescente, diffuseur d’odeurs, parfum, capteur • © Victor&Simon – Grégoire d’Ablon

Dès l’entrée de la fondation, un prodigieux corps en bronze sombre surgit sur un socle, en lévitation, les bras en l’air. Déjà présenté à la Biennale de Venise en 2024, où l’artiste représentait la Corée, KANGSE SpSt (2024) tient uniquement sur le bout de son orteil, et ressemble à un bébé grandi trop vite, avec sa grosse tête nue et ronde. Un peu manga dans ses formes exagérées, il diffuse par ses narines un parfum léger, qui imprègne les lieux et nous plonge dans l’évocation évanescente de souvenirs de l’artiste.

Autour de cette première sculpture, des sculptures en bois en forme de rubans de Möbius entraînent le regard dans une torsion impossible, tandis que de grosses pierres illusionnistes en bronze imitent des roches d’une île volcanique en Corée ([EVER] [VAST], 2025), et convoquent la mémoire d’un temps infiniment ancien au cœur de la fondation, tout en glissant un clin d’œil aux Alpilles toutes proches. D’emblée, le ton est donné : l’artiste joue de surprises, malaxe nos impressions, induit un changement de regard. Elle sollicite le corps, la vue, l’odorat, pour mieux les étonner, les dérouter.

Koo Jeong A, [Ever][Vast]
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Koo Jeong A, [Ever][Vast], 2025

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Bronze coulé • © Victor&Simon – Grégoire d’Ablon

« Par de subtils changements de perception, analyse Eimear Martin, elle ouvre la possibilité de penser le monde différemment. Alors, il est difficile de parler d’un aspect politique de son travail, mais il n’est pas pure abstraction. » Et de confier, en souriant : « Depuis que je travaille avec elle, je vois moi-même le monde différemment. Je sens le vent d’une autre façon, par exemple. » Dans une salle d’un rose intense, les commissaires jubilent : non, la pièce n’est pas rose, seul le sol l’est, puissamment. La lumière qui l’éclaire diffuse la couleur jusqu’au plafond, et nous plonge littéralement dans une impression fushia.

Perturber le spectateur

Portrait de Koo Jeong A
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Portrait de Koo Jeong A

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© Kim Je Won. Courtesy PKM Gallery, Seoul, and Pilar Corrias, London.

Sur les murs, 222 dessins tout simples, format A4, font contraste. Tout à coup, l’artiste qui travaillait jusqu’ici avec tant d’effets et de techniques dévoile ici des feuilles simplement crayonnées, qui laissent apparaître une fantaisie douce, un humour même, et donne (enfin) l’impression d’approcher d’un peu plus près l’artiste, de déchiffrer une sorte de journal. Créés en 2007 lors d’une résidence à Aspen, ceux-ci sont accrochés au niveau du regard mais aussi très haut et très bas, parfois hors de portée. Un accrochage perturbant (voire frustrant), mais qui a été pensé par l’artiste, nous dit la commissaire, comme un « dessin géométrique » en lui-même, forme composée avec les cadres alignés.

De gros bulles de verre sont également exposées ici, posées au bord d’étagères trop petites pour les contenir entièrement ([SUBTLE MIND], 2013). Elles ont été faites au Centre international de recherche sur le verre et les arts plastiques (Cirva) à Marseille. Et semblent témoigner d’une double dynamique, à la fois du besoin de l’artiste de travailler avec l’artisanat le plus concret, et son envie de rester en équilibre, de perturber le spectateur… qui regarde les œuvres en craignant qu’elles tombent, tout en se perdant dans les reflets de leur translucidité. Mais c’est l’ultime salle, au niveau inférieur, qui est la plus troublante, la plus forte plastiquement.

Koo Jeong A, Seven stars
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Koo Jeong A, Seven stars, 2020

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Pigment phosphorescent, peinture acrylique sur toile • © Victor&Simon – Grégoire d’Ablon

On y entre au compte-goutte, et les gardiens préviennent : les œuvres sont très fragiles, gardez vos sacs contre vous. On s’intrigue… En entrant, on découvre d’intenses monochromes blancs suspendus sur des rideaux immaculés ([SEVEN STARS], 2020). C’est beau, très apaisant. Et, d’un coup, la lumière s’éteint. Là, merveille : en s’habituant petit à petit à l’obscurité, le regard voit surgir sur les toiles des constellations d’étoiles phosphorescentes. Un clin d’œil encore une fois discret au contexte arlésien, lié pour toujours à La Nuit étoilée (1889) de Van Gogh, qui dit aussi la capacité de l’artiste à aller d’une pratique à l’autre pour embrasser le trouble des perceptions. En émoi, le visiteur reste là, attend le retour de la lumière, puis de l’obscurité et ses étoiles à nouveau, un peu sous le choc. Le dispositif est pourtant simple, mais il relie cette petite salle à l’immensité du cosmos – vertigineux.

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Koo Jeong A. Land of Ousss [Kangse]

Du 5 juillet 2025 au 4 janvier 2026

www.luma.org

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