STREET ART

Sous le périph à Paris, la résurrection d’un spot mythique du graffiti : le « mausolée » de Lek & Sowat

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Publié le , mis à jour le
À Paris, Porte de la Villette, nous avons visité un mois avant son ouverture au public un temple mythique de l’art urbain investi par une vingtaine de signatures, pionniers et pointures en devenir. Treize ans après sa fermeture, le « Mausolée » du duo d’artistes Lek & Sowat se révèle. Un livre d’or du graffiti dans un supermarché désaffecté à découvrir avant sa liquidation.
Lek & Sowat & Dem189 & Seth, Le Mausolée
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Lek & Sowat & Dem189 & Seth, Le Mausolée, 2020

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Photo Marchand & Meffre

Sortie du métro Porte de la Villette, la pluie n’arrange pas le tableau. Il faut avoir envie de passer sous l’échangeur du périph où vrombissent les moteurs et stationnent des vendeurs à la sauvette, avant de débouler 1, boulevard de la Commanderie. Rongée par le temps, la porte métallique ne laisse toujours rien transparaître de l’aventure qui vous attend à cette adresse longtemps demeurée secrète.

Cachée sous le bitume se trouve une immense cathédrale d’art urbain : des couloirs tapissés de fresques, d’immenses salles aux couleurs saturées, un flot d’écritures déstructurées… Vous venez d’entrer dans le « Mausolée » des artistes Lek & Sowat.

Lek & Sowat dans le Mausolée
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Lek & Sowat dans le Mausolée, 2020

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Photo Nicolas Gzeley

Après treize ans de fermeture, ce spot clandestin, considéré comme l’un des saints des saints du street art parisien, se révèle au public en pleine lumière. Ou plutôt à la lueur d’une lampe torche, car l’exploration de ces quarante mille mètres carrés d’art urbain se fait dans la pénombre par petits groupes de 19 personnes (maximun) en suivant un médiateur, gratuitement. Le tout avec un timing éphémère de quelques semaines seulement, du 1er octobre au 7 novembre 2025. Une paire de basket aux pieds, nous avons pu profiter en avant-première d’une visite guidée façon urbex, entre détritus, bris de verres, odeurs de poussière et de béton froid.

De la clandestinité à la reconnaissance

Il y a en effet ici quelque chose qui rappelle Lascaux ou Chauvet, ces grottes révélées par hasard puis figées dans le temps.

L’histoire du « Mausolée » de la porte de la Villette commence sous le sceau de la discrétion. Le 12 août 2010, Mathieu Kendrick (alias Sowat) et Frédéric Malek (alias Lek) s’engouffrent par une fenêtre et explorent ce supermarché désaffecté de l’enseigne Casino. L’épiphanie est totale : « des murs vierges par centaines sur plusieurs étages ! », s’exclame le duo avant de nous entraîner dans l’un des trois étages ouverts à la visite. Le binôme y convient d’un pacte avec une vingtaine d’artistes qu’ils mettront au parfum, au fil du temps : investir les étages en silence, sans jamais révéler l’adresse, sans photos publiques. Pendant deux ans, le secret le mieux gardé de Paris devient un laboratoire artistique, entre résidence sauvage et carnet de styles où viennent bomber une constellation de signatures venues de tous les horizons.

Lek & Sowat & Bom.k & Jaw, Le Mausolée
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Lek & Sowat & Bom.k & Jaw, Le Mausolée, 2010

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Photo Thias

Rien n’a bougé, ou presque, depuis que Lek & Sowat ont quitté les lieux. « C’est comme si on entrait dans une grotte pariétale contemporaine », affirment les graffeurs. Il y a plusieurs années, en condamnant progressivement les accès, la Ville de Paris, propriétaire du bâtiment, a, sans le vouloir, préservé les strates de peinture. Il y a en effet ici quelque chose qui rappelle Lascaux ou Chauvet, ces grottes révélées par hasard puis figées dans le temps.

Paris rouvre les portes du mythe

« Nous n’avons pas la volonté de sanctuariser le bâtiment, encore moins de le muséifier. L’éphémère fait partie de l’histoire de l’art urbain », affirme François Dagnaud le maire du 19e arrondissement de Paris, qui a permis cette réouverture exceptionnelle, avec le bureau des arts visuels de la Ville, le concours de l’association RStyle, le mécénat du Fonds Renault pour l’art et la culture et le soutien d’Explore Paris. À moyen terme, le site en friche est promis à la destruction, absorbé par un vaste projet de réaménagement de la Porte de la Villette.

Swiz & Fléo & Lek & Sowat, Le Mausolée
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Swiz & Fléo & Lek & Sowat, Le Mausolée, 2020

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Photo Nicolas Gzeley

En attendant, la mythique caverne des writers s’expose au grand jour. Au fil des couloirs sombres, ou dans le parking noirci par un incendie, le visiteur admire les calligraphies géométriques et architecturées, typiques du duo Lek & Sowat. On contemple aussi des œuvres de figures encore montantes dans la première décennie 2000, comme cet enfant, à la tête ailleurs, de Seth. Les pionniers sont également dans la place, d’une fresque de O’Clock à une autre de JayOne, membre fondateur du groupe de graffeurs BBC (Bad Boys Crew) dans les années 1980.

Une mémoire vivante des cultures urbaines

Lek & Sowat & Dem189 & Seth, Le Mausolée
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Lek & Sowat & Dem189 & Seth, Le Mausolée, 2018

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Photo HIT THE ROAD

Stratifié par endroit comme un palimpseste, le « Mausolée » est de l’avis des spécialistes un « livre d’or de l’art urbain » : à coup de bombes, les couches de peinture se répondent, elles se recouvrent, et témoignent des générations successives qui se sont appropriées ce terrain.

À sa fermeture en 2012, le projet donnera naissance à un livre (aux Éditions Alternatives) révélant l’adresse et à un film culte pour les amateurs de graffiti mis en musique par Phillip Glass, et toujours visible en ligne. « Ce mausolée, explique Lek, c’est un monument vivant, un lieu où les fresques respirent avec la ville. » Cette aventure souterraine a servi de matrice aux artistes, lesquels ont en quelques années fracassé les portes du graffiti et tracé leur sillon jusqu’aux institutions, du Palais de Tokyo à la Monnaie de Paris, en passant par la Villa Médicis, le Moyen Orient et l’Asie. En 2024, à l’instar de pionniers de l’art urbain tels Miss.Tic ou Gérard Zlotykamien, leurs œuvres se sont infiltrées dans les collections du Centre Pompidou.

Derniers feux avant extinction : près de quinze ans après sa naissance clandestine, le « Mausolée » vit son crépuscule. Comme souvent avec l’art urbain, la disparition fait partie de l’œuvre. Rassurez-vous sous le périphérique, dans les interstices oubliés, le graffiti ne meurt jamais.

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Le Mausolée de Lek & Sowat

Du 1 octobre 2025 au 7 novembre 2025

exploreparis.com

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